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Entreprises, salariés : le coût du conflit social – Nord Eclair – 24 octobre 2010.
Depuis une semaine les entreprises doivent composer avec le mouvement social. Une situation de désorganisation généralisée qui pourrait peser sur les bilans financiers dans les semaines à venir.
Près de 500 000 E. C’est l’estimation de la perte économique sur le chantier du Louvre-Lens après quatre jours de blocage. « La semaine est morte. Et le retard va être difficile à rattraper », explique Joël Jakuboszczak. Il a relancé le chantier jeudi, mais le planning a été chamboulé : des livraisons de béton, coffrages et poutres ont été renvoyées, voire « annulées ». Sur le chantier du Grand stade, à Lezennes, on craint aussi la pénurie de carburant et le retard des livraisons. « Mais il n’y a aucune gêne significative pour l’instant », assure Bertrand D’Hérouville, président de la société concessionnaire Elisa. Même réflexion chez Roquette, le producteur d’amidon basé à Lestrem, pourtant touché par des blocages, mardi : chaque jour, 5 à 7 trains approvisionnent l’usine en matières premières, et 600 camions exportent les produits finis vers les entreprises agroalimentaires. Le roulement est « plus difficile » , reconnaît Marie-Laure Empinet, porte-parole de Roquette : « on doit trouver chaque jour des solutions pour contourner la grève » . Quitte à passer par les transporteurs et routes belges…
Un coût difficile à chiffrer
Ce sont les questions de logistiques qui mobilisent le plus les énergies. « À part ça, il est difficile de chiffrer les pertes économiques », expliquent de concert les patrons de Cap Gemini et de Awak’it. Les deux entreprises, hébergées à Euratechnologies, sont confrontées aux problèmes en cascade : rendez-vous parisiens manqués, clients bloqués dans les gares, salariés en retard, Antoine Senecaut, patron d’Incinéris, spécialisée dans la collecte et l’incinération de déchets spéciaux auprès des cliniques vétérinaires, résume : « nous sommes pris entre la contrainte sanitaire, qui nous oblige à collecter les déchets dans un temps donné, la contrainte sociale, qui fixe les règles de repos des chauffeurs, et la contrainte commerciale, avec des clients parfois mécontents ». À Lezennes, au siège social de l’entreprise, qui compte 150 salariés en France, il a mis en place une « hot line » interne à destination des chauffeurs. « Ils appellent pour savoir où trouver du gasoil, connaître les points de blocage ou réserver un hôtel s’ils sont bloqués pour une nuit ». Il s’inquiète des conséquences à moyen terme, jugeant que « la désorganisation de nos structures, cette semaine, aura un impact encore pendant plusieurs jours ». Concrètement, le coût est difficile à mesurer. Antoine Senecaut cite, pêle-mêle : les heures supplémentaires, les kilomètres parcourus en quête d’essence, les nuits d’hôtel, et « le prix du carburant qui a augmenté. »
« Les plus fragiles
vont payer les premiers »
Patron des patrons de la région, Jean-Pierre Guillon juge que ce conflit tombe au plus mauvais moment. Encore groggy par la crise, « l’économie présentait depuis trois mois un début de reprise », qui « serait remis en cause si les perturbations devaient perdurer.
(…) Ce sont les plus faibles qui vont payer en premier », soit les secteurs industriels déjà fragilisés. J.-P. Guillon n’hésite pas à avancer la possibilité du « chômage technique dans certaines entreprises ». C’est l’impact en terme d’image qui l’inquiète. « On crée des images négatives » qui, ajoutées aux blocages, « aggravent le problème de la compétitivité des entreprises. Il y a des gens qui hésitent à passer commande à des entreprises françaises ». La Confédération générale des PME, elle aussi, tire la sonnette d’alarme : « des centaines de milliers de PME tournent au ralenti tandis que d’autres sont sur le point de cesser leur activité ».
L’organisation patronale rejoint Jean-Pierre Guillon sur un autre point : le durcissement du rapport de force « se traduira en perte de chiffre d’affaires et les entreprises les plus fragiles risquent de disparaître entraînant des pertes d’emplois. » La FNTR Nord (Fédération nationale du transport routier) insistait également, jeudi, sur les perturbations dans le secteur du transport.
« Sans carburant, le transport routier ne peut plus assurer sa mission d’approvisionnement des usines et des magasins. » Une perspective qui, pour l’instant, n’est encore qu’une crainte en cas de maintien des actions de blocages sur les réseaux routiers et ferroviaires.
Côté grévistes, comme côté commerces : les comptes ne seront pas bons
Ce matin-là, devant le MIN de Lomme, c’est un peu « la France qui se lève tôt » face à « la France qui grève tôt », l’envie de faire son boulot ou de défendre sa retraite. Avec une question, partagée : combien tout ça va coûter, au final ? Il est 5 h30, dehors, un froid de gueux. 12 jours de grève dans les jambes pour certains, la fatigue de la lutte contre la réforme. De l’autre côté des braseros, des camions à l’arrêt, des petits pains en stand-by et des côtes de boeuf sur le flanc. Mélange de sympathie mutuelle et de tension. Chacun a ses motivations. Et s’il est difficile de prédire la tournure du conflit, une chose est acquise, il va laisser des traces sur les comptes en banques et sur les bons de commandes. Olivier est logisticien au port de Lille. « J’en suis à mon 4e jour de grève. À 65 E par jour, sur un salaire de 1 300, vous savez compter. Je vais arriver à 1 000 E. Là, la prochaine fois je vais peut-être m’abstenir, quitte à revenir après dans le mouvement ». Il y a des traites à payer, des besoins auxquels subvenir, faire bouillir la marmite. « Plus rien à perdre » « C’est clair qu’il va falloir se serrer la ceinture », témoigne pour sa part Nathalie, salariée d’une société de nettoyage à Seclin. Elle travaille à temps partiel, pour 960 E par mois et vient d’enchaîner 5 jours de grève. Pas des jours gâchés pour autant. « On doit le faire. On doit aller jusqu’au bout. On gagne pas lourd. Mais c’est pour notre avenir et celui de nos enfants qu’on se bat ». Le coeur militant bat fort, mais le coeur de maman n’est pas loin. « On dort pas beaucoup, c’est sûr. On préférera se priver nous, manger des pâtes ou du riz, mais nos gosses ne manqueront de rien. Mais il faut qu’on gagne. De toute façon, on n’a plus rien à perdre ». Christiane, cheminote à son 9e jour de grève, reconnaît que le sacrifice financier n’est pas mince. « En avril, j’ai déjà fait grève 15 jours. Ca m’a coûté 750 E et j’ai mis trois mois à m’en remettre. Bon là, c’est l’automne, il y a les impôts locaux. On va devoir s’arranger avec la banque ». « Ou on paiera plus tard ! On sait qu’on va prendre 10 %. Mais on s’en fout. C’est la galère toute l’année de toute façon… », lance un autre salarié, bravache. « Risque de perte sèche » De l’autre côté, dans son petit bureau, Gérard Masse, patron de Lille Volailles, jongle avec son téléphone. « On est obligé de dire à nos clients de retarder leur venue, nos livreurs font des détours pour éviter le blocage… On perd du temps et de l’argent. Mais honnêtement c’est plus nos nerfs que ça enquiquine ». Yannick, de Lomme Boulangerie, est plus inquiet. « On accumule des retards de livraison et nos matières premières n’arrivent pas. Or c’est pour le week-end qu’on produit le plus. Le risque, c’est la perte sèche. Or notre situation économique n’est pas brillante. On n’a pas beaucoup de trésorerie ». Didier Delmotte, élu PS de Lomme et directeur du MIN est pris entre deux feux. « Je comprends les manifestants. Mais je comprends aussi mes commerçants. Le contexte n’est pas brillant, et on sait que la nourriture est devenue une variable d’ajustement pour les gens. La perte occasionnée par ce genre d’action est difficile à chiffrer. Mais notre chiffre d’affaires de 2009 (1,8 milliard d’euros) devrait être en baisse ». Et les blocages n’arrangent rien, selon le responsable du MIN. Ce matin-là, à Lomme, la France qui se lève tôt et la France qui grève tôt pouvaient s’entendre sur une chose : les actions « coups de poings » ont un coût qui tombe tout sauf à point.
Pour les syndicats aussi, la grève a un coût
Les organisations syndicales sont mobilisées depuis plusieurs mois contre le projet de réforme des retraites. Et l’action commence à peser aussi sur le budget revendicatif de celles-ci. Du coup, de ce côté-ci aussi, on compte… «On a explosé notre compte revendicatif ». Pour Pascal Catto, le responsable régional de la CFDT, comme pour tous ses alter ego syndicaux de la région, le constat est le même : la mobilisation a généré, depuis le mois de mai, des coûts non-négligeables. Difficile d’obtenir des chiffres précis en la matière toutefois. « Je ne sais pas dire combien, mais entre les bus, 600-700 E, pour les manifestations, les tracts, oui, ça fait des sommes importantes. Mais on a le budget prévu pour cela et s’il le faut, on s’organise différemment », témoigne Vincent Delbar de la CGT Nord. « La seule chose qu’on a bien rentabilisée, c’est la banderole intersyndicale », sourirait presque Pascal Catto. « Le matériel de manif, les drapeaux, ça, on les a depuis un moment, explique Fabian Tosolini, de la CFDT-Cheminots. Après, pour ce qui est tracts, environ 2 500 par parution, on s’organise… C’est pas la mer à boire non plus. Et puis il y a Internet, et énormément de bénévolat ». À Sud-Solidaires, on commence aussi à ressentir les effets de la mobilisation. « C’est énorme à notre niveau. Du coup, on va sans doute être obligé de serrer le budget prévu pour les campagnes d’élections professionnelles à venir », témoigne Éric Santinelli, de Sud Rail. Le troisième syndicat de cheminot indique aussi avoir mis en place une caisse de grève, « pour venir en soutien, le cas échéant, aux camarades grévistes, les plus précaires ». « Mais l’idée n’est pas du tout de compenser toutes les journées perdues. Ça laisserait croire aux gens qu’ils peuvent faire grève par procuration, puisque les grévistes sont quand même payés ». Le responsable de Sud Rail dans la région parle plutôt d’une somme de 100 à 150 euros, forfaitisée « parfois pour finir le mois ». Quand la grève… grève les budgets.
SÉBASTIEN LEROY
Mépris et Démagogie : de l’indécence du syndicalisme à la française – CERF – 19 octobre 2010.
Lorsque les arguments manquent, c’est bien connu, les attaques sont basses. Ainsi, les syndicats CGT et CFDT– membres à part entière du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) depuis 10 ans, est-il utile de le rappeler – se cachent derrière leur petit doigt et leurs gros pavés taxant tout réfractaire à la grève de soumis au gouvernement, au pire de fasciste. En effet, nul n’a le droit d’être en opposition avec ceux-là même qui revendiquent le droit d’être contre tout. « Pourquoi traite-t-on le privé avec autant de mépris alors que c’est nous qui finançons leur insouciance » nous lance un patron de TPE ? On pourrait croire la réponse dans la question. Mais que penser de la vindicte d’un représentant CGT SNCF, émargeant grassement à 1200 euros au CESR du Tarn en plus de son salaire, mais se masquant derrière son écharpe d’élu local aboyant : « vous êtes un syndicat patronal, et non pas « un créateur d’emploi et de richesse de France » (quelle immodestie !) ». Les patrons ne créeraient donc pas de richesses. Un marginal ? Malheureusement non.
Il faut savoir notamment que Didier Le Reste, délégué CGT SNCF (lui aussi), en pointe sur la question des blocages, criait à la France entière sur l’antenne de RTL, son indignation quant au salaire qu’il touche après 34 ans à la SNCF. Et nous ne sommes pas loin de partager son indignation. Car il est vrai qu’avec un revenu de 2300€ euros net par mois, pour moins de 35 heures, ce « partenaire social » touche plus que la moyenne des patrons (1850€/mois) qui travaillent près de 70 heures par semaine pour tenter de sauver leurs entreprises et les emplois qu’ils ont créés. Monsieur Le Reste, qui trouve qu’une journée de grève non payée coûte chère, n’imagine certainement pas, lui qui retrouvera son travail quelle que soit l’issue de la grève, ce que coûte une vie de travail à créer une entreprise, y maintenir les emplois qui la font tourner et, ce faisant, financer la solidarité. Il se moque aujourd’hui, de concert avec les autres leaders syndicaux, de ce que c’est que de tout perdre à l’occasion d’une grève, car des règlements sont bloqués dans des sacs postaux, les camions de livraison immobilisés faute de carburant, quand ce n’est pas tout simplement le rideau de fer tiré pour se protéger des casseurs !
Alors, oui ! Aujourd’hui il convient de crier à l’indécence de certains propos. A l’irresponsabilité de certaines actions. A l’hypocrisie crasse, devant l’absence de tout mea culpa, de ceux qui n’ont rien fait depuis des décennies pour préserver ce qu’ils prétendent défendre en descendant dans la rue. Et de dénoncer le manque de réel travail syndical, lequel est inversement proportionnel au bidonnage par ces organisations, des chiffres des manifestations dévoilé par les médias.
Oui, il convient de saluer les réquisitions des personnels pour assurer que l’économie puisse tourner. Car la violence est à l’œuvre depuis trop longtemps entre les mains de ceux qui se parent de vertus dont ils sont loin d’avoir fait la démonstration. Nous l’écrivions déjà en novembre 2007, à l’occasion du blocage des transports : « Si nous affirmons que le droit de grève est un droit fondamental et constitutionnel, il n’en est pas de même du droit de blocage que s’octroient quelques catégories privilégiées. Nous dénonçons donc l’abus de position dominante et l’attaque portée par les bloqueurs contre les revenus des actifs en position de dépendance et de faiblesse. » Or les leaders syndicaux participent aujourd’hui activement à la destruction de la valeur et du travail en France, sans lesquels il ne peut y avoir de solidarité et de redistribution.
Face à des actes qui s’apparentent au terrorisme économique, le Cerf demande que le gouvernement exige la clémence de l’URSSAF et des organismes sociaux, gérés par ces syndicats irresponsables, pour limiter l’hécatombe de défaillances qui risque de suivre les difficultés de règlement des charges et de TVA ce mois-ci.
Par jean-loup DUJARDIN
Comment l’Etat et les syndicats mettent la pression sur les entreprises
L’analyse et les propositions du CERF.
Après les patrons et les actionnaires, les agences de notation sont les nouveaux bouc-émissaires de Bernard Thibault. Pour mieux cacher l’incapacité syndicale à alerter sur la crise financière et y apporter des solutions sérieuses ? Interrogé sur le cas de la Grèce, le leader de la CGT en a profité pour expliquer que « nous sommes sous la pression de ces agences (…). C’est évident que la France doit comme d’autres pays en ce moment donner des gages [sur la gestion des dépenses publiques (ndlr)] et le chantier des retraites » y participe, « parce qu’il n’y a pas une urgence manifeste éminente sur le financement des retraites. »
Comment ne pas s’interroger sur la responsabilité des syndicats dont le rôle est de faire remonter l’information du terrain et donc de contribuer à la prise de décision des politiques? Il y a deux ans, en effet, ces mêmes syndicats auraient dû alerter sur la crise, faire des propositions pour l’amortir. François Chérèque a préféré nous expliquer que la hausse du chômage, un phénomène pourtant mondial à l’époque, était due à la réforme des heures supplémentaires !!! Bernard Thibault ne l’a pas contredit… L’autre combat du moment était la lutte pour le paiement d’une prime transport… Tous nous expliquant après, que la crise, bien sûr, c’est les autres. Et de ne surtout pas s’inquiéter du nombre toujours plus faible de leurs adhérents : normal, les ressources des syndicats, tirées des prélèvements obligatoires, continuent, elles, d’augmenter.
Alors, la France sous la pression des agences ou les chiffres sont-ils simplement alarmants ? La dette publique a atteint 78% du PIB fin 2009 – près de 1500 milliards d’euros – contre 64% deux ans plus tôt. Les prévisions pour 2010 tablent sur plus de 84% du PIB. Si la France doit absolument réduire drastiquement son endettement, ce n’est pas tant pour éviter de voir sa note triple A dégradée par ces mêmes agences de notation comme le pense Bernard Thibault : en réalité, l’exécutif a le devoir de réduire ses dépenses publiques pour pouvoir baisser la pression sociale et fiscale qui étouffe l’appareil de production et empêche la création d’emplois. En effet, un Etat qui ne maîtrise pas sa dépense, en fait nécessairement porter le poids aux entreprises (employeurs et salariés) et aux ménages, et si cette dépense publique progresse plus vite que l’accroissement des richesses produites, alors l’Etat appauvrit ceux qui travaillent. Pire, cet Etat est alors obligé d’augmenter les prélèvements obligatoires et ponctionne ceux qui investissent dans l’avenir : le tissu des TPE.
La pression vient-elle donc des agences, ou Bernard Thibault participe-t-il avec les autres leaders syndicaux à cette pression constante sur l’appareil de production : une pression directe du fait de revendications déconnectées des réalités économiques et une pression indirecte, en incitant l’Etat à dépenser toujours plus pour compenser la casse sociale qu’ils ont eux-mêmes créé sans se soucier des déficits ? Ainsi, alors que la France devait faire face à la plus grave récession depuis la guerre, décimant les entreprises et les emplois, ces syndicats défilaient il y a un an pour des augmentations de salaires. Désormais ils incitent le gouvernement à indemniser les chômeurs en fin de droits, au lieu de demander une baisse du coût du travail pour favoriser leur embauche (1). Bref, au lieu de viser l’activité et la bonne santé des entreprises, en particulier des TPE qui créent des emplois, l’action des syndicats contribue à les fragiliser, donc à inciter celles qui le peuvent à délocaliser, d’autres à limiter les embauches et les investissements en France, les autres disparaissant purement et simplement. Le syndicalisme salarié, tel qu’il se pratique encore, et seulement, en France, n’a malheureusement toujours pas compris que jouer à la lutte des classes en visant les patrons, c’était en réalité s’attaquer aux entreprises et en premier lieu à ceux qui y travaillent : les salariés.
C’est pourquoi le Cerf réclame une réforme de la représentativité qui garantisse la représentation de tous les salariés au sein d’instances indépendantes élues au suffrage universel.