Articles avec le tag ‘retraites’

Retraites : les dix changements clefs – Les Echos – 10 novembre 2010.

Validée mardi par le Conseil constitutionnel, la loi de réforme des retraites a été promulguée quelques heures plus tard. Les premiers effets se feront sentir dès le 1 er  juillet 2011. Age de départ, durée de cotisation, surcote : les conséquences clefs d’une réforme historique qui concerne tous les assurés.

Qu’on l’applaudisse ou qu’on la fustige, c’est une des réformes les plus importantes du système de retraite français. Elle vient d’être validée par le Conseil constitutionnel (lire page 5) et promulguée dans la foulée par le président de la République. En décalant de deux ans l’âge du départ pour tous les assurés, dans le privé comme dans la fonction publique, Nicolas Sarkozy a remis en cause l’une des principales réformes du premier septennat de François Mitterrand, la retraite à 60 ans. Rappel, en dix points, des principales modifications apportées par la loi, qui produiront leurs effets dès le 1er juillet prochain.

1 – L’âge d’ouverture des droits passe de 60 à 62 ans

C’est la mesure phare de la réforme, celle qui concerne le plus d’assurés. L’âge d’ouverture des droits à la retraite, fixé à 60 ans depuis 1982, va être relevé à 62 ans d’ici à 2018, au rythme de quatre mois par génération. Autrement dit, la règle générale stipule que personne ne pourra prendre sa retraite avant cet âge-là. Les premiers concernés par la réforme sont les assurés nés à partir du 1er juillet 1951 (voir graphique). Les effets seront massifs, les deux tiers des assurés partant aujourd’hui à 60 ans ou avant.

Les dérogations resteront cependant nombreuses : chaque année, 160.000 assurés (sur 700.000 départs annuels) pourront continuer à prendre leur retraite à 60 ans ou plus tôt au titre de la pénibilité, des carrières longues, des catégories actives de la fonction publique ou d es régimes spéciaux (lire plus loin). D’autres ne seront pas affectés par le relèvement des bornes d’âge, parce qu’ils auraient de toute façon été obligés de partir après 60 ans, même sans réforme, faute de disposer d’une durée de cotisation suffisante. Ainsi, un assuré qui a commencé à travailler dans les années 1960 à 21 ans devra cotiser 41,5 ans pour bénéficier d’une pension à taux plein, ce qui l’aurait amené au-delà de 62 ans même avec la réglementation actuelle. Sauf à partir au prix d’une décote.

2 – L’âge d’annulation de la décote : 67 ans en 2023

L’âge du taux plein, ou d’annulation de la décote, va progressivement passer de 65 à 67 ans, au même rythme que l’âge d’ouverture des droits, entre 2016 et 2023. Il s’agit de l’âge auquel on peut toucher une pension à taux plein quelle que soit la durée cotisée, c’est-à-dire sans décote. Cela n’empêche pa s le montant de cette pension d’être calculé au prorata du nombre de trimestres cotisés.

3 – Durée de cotisation : 41,5 ans en 2020

La réforme de 2010 confirme le principe de celle de 2003. La durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une pension à taux plein continuera à progresser en fonction des gains d’espérance de vie à 60 ans : les deux tiers de ces gains vont à l’allongement de la durée d’assurance et le tiers restant à l’accroissement de la durée de la retraite. Actuellement fixée à 40,5 ans, la durée nécessaire passera à 41 ans en 2012, 41,25 en 2014 et devrait atteindre 41,5 ans en 2020. Rien n’est dit pour après.

4 – Surcote, décote : des conséquences importantes

Les règles ne changent pas pour la surcote et la décote, qu i modulent le montant de la pension selon que l’on part plus ou moins tard à la retraite. Les deux mécanismes seront donc décalés de deux ans avec les bornes d’âge, ce qui aura des conséquences sur le niveau des pensions.

A partir de 62 ans (au lieu de 60 aujourd’hui), les assurés qui prolongent leur activité au-delà de la durée de cotisation nécessaire bénéficieront d’une surcote de 1,25 % par trimestre. Autrement dit, un salarié qui a la durée de cotisation requise et qui décide de travailler un an au-delà du nouvel âge légal de 62 ans, jusqu’à 63 ans, améliorera le montant de sa pension de 5 % (1,25 % multiplié par quatre trimestres). Avec les règles actuelles, il aurait bénéficié d’un « bonus » de 15 % en partant au même âge (douze trimestres de surcote entre 60 et 63 ans).

Même raisonnement pour la décote : un assuré qui prend sa retraite sans avoir cotisé suffisamment ve rra sa pension amputée d’un certain pourcentage selon le nombre de trimestres manquants. Le barème reste inchangé, mais il faudra désormais attendre 67 ans pour voir cette décote annulée quelle que soit la durée cotisée, au lieu de 65 ans aujourd’hui.

5 – Des aménagements pour ceux qui ont commencé jeune…

La réforme prolonge le dispositif des « carrières longues », mis en place en 2003. Il permet aux assurés qui ont commencé à travailler jeune de partir avant l’âge légal, à condition d’avoir cotisé deux ans de plus que les autres. Le dispositif est élargi aux personnes qui ont démarré à 17 ans -il s’arrêtait à 16 ans auparavant -, mais les âges de départ sont progressivement décalés. Ce sera 58 ou 59 ans pour les assurés qui ont commencé leur activité professionnelle à 14 ou 15 ans, et 60 pour ceux qui ont commencé à 16 ou 17 ans.

6 … pour les métiers pénibles…

Les salariés justifiant d’un taux d’incapacité de 20 % à la suite d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail pourront continuer à partir à la retraite à 60 ans. Ils toucheront une pension à taux plein quel que soit le nombre de trimestres cotisés. Concession parlementaire : les salariés (et les agriculteurs) ayant un taux d’incapacité compris entre 10 % et 20 % pourront aussi saisir une commission qui devra établir « le lien de cause à effet entre l’incapacité reconnue et l’exposition à un facteur de pénibilité ». Si cette double mesure crée un nouveau droit pour les salariés, les syndicats le jugent inadapté. Ils ont réclamé, sans succès, une prise en compte des effets différés de la pénibilité sur l’espérance de vie (travail de nuit, exposition aux produits toxiques…). A l’inverse, satisfait que le sujet soit circonscrit à un examen individuel du salarié et à une incapacité avérée, le patronat a accepté sans sourciller le financement (sur cotisation patronale) par la branche accidents du travail-maladies professionnelles de la Sécurité sociale.

La mise en oeuvre du dispositif reste floue. La composition et le fonctionnement de la commission interdisciplinaire restent à préciser et un décret indiquera le nombre d’années minimum pendant lesquelles le salarié devra avoir été exposé aux facteurs de risque professionnel. Au total, le dispositif devrait concerner de 20.000 à 30.000 personnes par an, estime le gouvernement.

7 … et pour certaines mères de famille

Pour les mères de trois enfants nées avant 1956, l’âge d’annulation de la décote restera bloqué à 65 ans. Quelque 130.000 femmes sont concernées par cette mesure transitoire, qui satisfait, notamment, une partie de la majorité parlementaire.

8 – Fonctionnaires : les cotisations salariales alignées sur le privé

Les fonctionnaires vont devoir mettre la main à la poche. Leur taux de cotisation salariale, aujourd’hui fixé à 7,85 %, va être aligné sur celui du privé (10,55 %) d’ici à 2020. La hausse sera linéaire, de 0,27 point par an, à compter de l’année prochaine. Cet alignement représentera pour les agents, en moyenne, une hausse de cotisation de 6 euros par mois chaque année (4 euros pour les agents de catégorie C, 5 euros pour les B et 7 euros pour les A).

Le texte aligne également sur le privé les conditions requises pour bénéficier du minimum garanti de retraite : les agents devront désormais avoir tous leurs trimestres ou atteindre l’âge du départ à taux p lein. Le montant de ce minimum (1.067 euros), plus élevé que dans le privé, reste inchangé. La réforme acte aussi et surtout la fin des possibilités de départ anticipé après 15 ans de service pour les mères de trois enfants, un dispositif très prisé des infirmières et des enseignantes.

Enfin les 900.000 fonctionnaires en « catégorie active » qui bénéficient de départs à 50 ans (Police nationale, contrôleurs aériens…) ou 55 ans (pompiers, douaniers…) verront ces âges de départ décalés à 52 et 57 ans.

9 –  Les régimes spéciaux préservés jusqu’en 2017

Concernés, pas concernés ? La réponse est intermédiaire. Les salariés de la SNCF, de la RATP ou encore d’EDF ne verront pas leur âge légal de départ relevé à partir du 1er juillet 2011, comme ce sera le cas pour tous les autres. D’autres modi fications des règles prévues par la réforme de 2008 sont en effet en cours de mise en oeuvre jusqu’en 2016 (montée en charge des surcotes et décotes, durée de cotisation relevée à 41 ans, etc.). A terme, néanmoins, les différents âges d’ouverture des droits, qui varient de 50 ans pour les conducteurs de train ou de métro à 55 ou 60 ans pour les autres catégories de salariés, seront bien décalés de deux ans à partir de 2017, au même rythme que celui imposé aux salariés du privé et aux fonctionnaires (soit quatre mois par génération). Mais cela doit être confirmé par un décret, dont le contenu n’a pas été dévoilé, ce qui inquiète les syndicats.

10 – égalité hommes-Femmes : négociation obligatoire

Pour corriger les inégalités de pension entre hommes et femmes, il faut corriger les inégalités de carrière, et non pas créer des exceptions à la réforme des retrait es. Tel a été le cap qu’a tenu le gouvernement. Sous les feux de la critique, il a durci le dispositif de pénalisation financière censé s’attaquer au coeur du problème dans les entreprises. Au départ, ne devaient être soumis à l’amende que les employeurs qui n’auraient pas fait le rapport de situation comparée exigé chaque année par le Code du travail. Au final, il faudra avoir négocié un accord ou, à défaut, élaboré un plan d’action pour réduire les inégalités pour l’éviter. Faute de quoi, l’entreprise devra payer une amende de 1 % de sa masse salariale, a annoncé Eric Woerth, le ministre du Travail. En fait, ce pourcentage est un plafond. Est-ce un progrès ? Non, si l’on prend la lettre de la loi de 2006, qui imposait d’arriver à l’égalité salariale d’ici à la fin de 2010. Oui, dans la mesure où l’obligation était dépourvue de sanctions, rendant cette épée de Damoclès purement virtuelle.

SERVICE FRANCE, Les Echos

Quelques réflexions sur la réforme des retraites.

Le bras de fer entre les syndicats et le gouvernement sur la question des retraites nous surprend et étonne. Le candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy a présenté et explicité  un programme  économique et social. Ce programme  a été  énoncé et débattu avec les autres candidats pendant de longues semaines devant nos concitoyens. Nicolas Sarkozy a été élu.

Le gouvernement a donc la tâche d’appliquer les choix économiques déterminés  pendant la campagne .La crise financière qui a frappé le monde a mis exergue l’absolue nécessité d’une mise en œuvre de  réformes, incontournables, rapidement.

La retraite en est une, constamment et régulièrement  repoussée depuis 30 ans, car difficile  et symbolique. Avec une espérance de vie de 83 ans en moyenne, est-il si inconvenant d’admettre un rallongement de la durée de cotisation ? Sachant qu’il y a maintien du taux plein ? Que le niveau de nos retraites est un des plus élevés d’Europe ? Qu’une mise à plat plus importante encore sera discutée dès 2013, pendant plusieurs années, avec tous les représentants de notre société ?

Cette « habitude » bien française  de faire descendre la rue plutôt que de faire comprendre une inéluctable réforme nous donne l’impression que les syndicats  jouent sur la masse et non sur la forme.  Est-il donc si surprenant qu’un  chef de gouvernement et son ministre,  dans les règles démocratiques, veuillent mettre en place un projet de loi ? Est-il si étonnant, connaissant sa détermination, que le Président  applique son programme électoral ?  Est-il si singulier qu’un Président fasse ce pour quoi il a été élu ?  Tout ceci est d’autant plus regrettable que  d’autres pays européens ont repoussé l’âge de la retraite, déjà. (En Angleterre aujourd’hui les hommes partent à 65 ans, les femmes à 60 ans, en 2020 ce sera 66 ans pour tous. En Allemagne des accords inter – syndicaux  et gouvernementaux mettent en place des mesures aussi drastiques. ) Est-ce que  nous ne soyons pas capables de jugement, de lucidité, de discernement ?  Pas à même de regarder consciemment  les avantages et les chances que nous donnent cette réforme ?  Comme nos voisins ?

Les syndicats ne mettent en avant que le corporatisme, l’individualisme  de notre société, le glorieux droit acquis.

L’élargissement de cette grève, sur ce thème, aux collégiens (!!!), aux lycéens,  à tout secteur social, à la paralysie économique recherchée est néfaste non seulement à notre économie , qui n’en a vraiment pas besoin. Mais aussi, aux  responsables  syndicaux qui en se laissant déborder par la base  s’abaissent  à un obscurantisme  vieillissant, à montrer une France  incapable  de se réformer dans l’intelligence du dialogue, à  détourner  nos enfants de leur vrai rôle économique et politique. Plus, cette réforme qui a été votée et sera mise en place, même si tout porte à croire qu’elle sera modifiée dans les années à venir,  va  mettre à mal le rôle essentiel des syndicats :  Comment, après tous ces excès, faire accepter  à ceux qui sont descendus dans la rue, que finalement, oui  le recul de l’âge de la retraite est une évidence ?  Que, quel que soit la couleur politique de celui qui propose cette mutation, oui, elle est douloureuse ?  Que le temps de la réflexion en profondeur,  nécessaire, pour préparer l’avenir doit dominer notre esprit, maintenant ?

Connaissant le rôle essentiel  des syndicats dans notre démocratie, ces débordements, cette attente déçue,  ne sont pas les moindres des paradoxes de cette réforme.

Isabelle Kaplan

Psychodrame de défiance – Claude Imbert, Le Point, 21 octobre 2010.

Depuis longtemps le peuple français, le plus pessimiste d’Europe, broie du noir. Le conflit des retraites en remet une sacrée couche.

Dans ce psychodrame de la dépression française, les syndicats courent d’abord derrière une base indocile, puis derrière une opinion gagnée par le malaise. Et, pour finir, ils courent derrière une jeunesse malade de son avenir. Spectacle pitoyable qu’encense le jeunisme, marqueur des sociétés flageolantes.

Quant au pouvoir, acculé par la menace d’une faillite nationale, il court, lui aussi, derrière une rigueur inéluctable. Il la concède par lambeaux, empêtré par la sarkophobie déferlante des maîtres-penseurs et des saltimbanques. Dans cette foire d’empoigne, les maquignons de la chose publique se disputent les enchères de la colère et du chagrin. C’est le grand charivari avec sa volée de casseurs et son envolée de slogans en baudruche : Mai 68 s’enflait de l’utopie libertaire ; octobre 2010 s’enfle de l’utopie égalitaire (les  » riches  » paieront). L’illusion qui a poignardé le XXe siècle !

Un vice envahit la démocratie française : celui du pouvoir de la rue sur celui des urnes. En agitant la comptabilité débile des défilés, une doctrine rampante oppose la  » légitimité  » populaire à la légalité d’un pouvoir élu. Et – vieux tambour maurrassien ! – le pays réel au pays légal. Malgré la mandature raccourcie du quinquennat, des apprentis sorciers se gargarisent – avec du  » peuple  » plein le gosier – d’une sorte d’appel souverain qui abolirait les décisions entérinées par le vote. N’y aurait-il donc qu’un peuple en France, celui des grévistes ? Celui qui assèche les pompes à essence et rêve d’un coma économique national ? Celui de l’insoumission à la volonté nationale au gré d’une fièvre d’opinion ? Allons donc ! Derrière ces trompe-l’oeil, l’aventure rôde en coulisses.

De gros malins suggèrent benoîtement l’usage du référendum. Outre que les textes le régissant ne sont pas promulgués, on voit bien que, sur une réforme des retraites, la technique manichéenne – oui ou non – du référendum patinerait. Pourquoi ? Parce que la majorité des opposants à la réforme proclament eux-mêmes la nécessité d’une réforme, mais d’une autre… Laquelle ? Comment soumettre à ce  » oui ou non  » un débat par nature complexe ? Si le Parlement existe, avec ses deux chambres dont on vient de renforcer les pouvoirs, c’est justement parce que le peuple lui confère moyens et capacités de comparer, discuter, amender les perspectives d’un projet exécutif.

On n’oubliera pas, de surcroît, la propension française de moins répondre, par référendum, à la question posée que pour ou contre le pouvoir en place. En plein accès de fièvre antiréformiste, nul doute que les Français ne voteraient pas comme des Suisses qui, sur la durée du travail ou l’assurance-maladie, rejetèrent la démagogie : ils voteraient contre Sarkozy. Alors, adieu la réforme ! Et bonjour les précipices !

Ce débat inquiétant et de moins en moins oiseux sur la légitimité du pouvoir légal lève un sacré lièvre : celui de l’empire anarchique de l’opinion. Le pouvoir légal ne respire, lui, qu’avec un oxygène : la confiance maintenue dans les institutions. Or de bons esprits (1) s’inquiètent de découvrir, chez nous, les germes d’une  » société de défiance généralisée « . Et les signes d’une tension dangereuse pour l’équilibre démocratique.

D’un côté, le citoyen use de plus en plus des facultés critiques de l’individualisme croissant. De l’autre, il se trouve de plus en plus dépendant des autres dont il subit l’empire dans la complexité scientifico-technique de nos sociétés. Comme dans la complexité législative, administrative, économique et financière des démocraties développées.

Ainsi le citoyen développe-t-il, dans son exubérance critique, le droit de tout juger par lui-même. Tandis qu’il maîtrise de moins en moins les ressorts multiples et complexes de la machinerie sociale. Une contradiction périlleuse dont tous les visionnaires de l’avenir démocratique pressentirent le risque. D’un côté la tentation d’une dénonciation radicale de l’autorité et, de l’autre, la pression multiforme d’un intérêt collectif mal compris. Et dévalué par la médiocrité ou l’exhibitionnisme indécent de ceux qui le représentent.

Dans l’affaire des retraites – un cas d’école ! -, l’individu, affranchi d’une confiance consentie à l’autorité élue, refuse les évidences mathématiques du mécanisme de répartition. Mais d’abord parce que sa confiance dans les politiques, les économistes, les juges, les médias n’a cessé de s’éroder. Or la confiance est le fondement démocratique de l’ordre social et national. Les élus doivent en être dignes. Les individus doivent ne pas la refuser par emportement. La démocratie est un privilège précaire de la civilisation : elle se mérite.

Claude Imbert

1. Dominique Schnapper, et  » Le contrat de défiance « , de Michela Marzano (Grasset).

L’obsession française de la retraite à 60 ans – La chronique de Jean-Marc Vittori – Les Echos – 26 octobre 2010.

Mai s pourquoi donc les Français sont-ils si acharnés à défendre la retraite à 60 ans ? Car il ne faut pas s’y tromper. Si les dirigeants des syndicats, des partis de gauche et de la presse d’opposition réclament une réforme plus juste, évoquant tour à tour le sort des femmes, la pénibilité ou la taxation du capital, la grande majorité des Français s’en moque. Quand on se glisse dans les cortèges, quand on lit les banderoles, quand on écoute les slogans, quand on se plonge dans la masse des reportages sur le terrain, les manifestants ont une idée en tête, des gamins aux papys : « Objectif retraite à 60 ans » ! C’est d’ailleurs pour cette raison que Ségolène Royal fut la première des éléphants socialistes à dire que l’âge légal de la retraite serait ramené à cette barre fatidique, en cas de victoire de la gauche en 2012, elle qui est la championne des courts-circuits avec l’opinion publique.

Pour comprendre les racines de cette ét range obsession française, il suffit d’écouter. Même si les Français savent bien, au fond, que le prochain épisode s’appellera « On a marché sur la retraite à 60 ans », ils résistent, avec parfois l’énergie du désespoir, pour une raison simple : ils sont persuadés que le travail, c’est l’enfer. Et c’est vrai que le travail est devenu plus dur au fil des décennies. La dernière enquête sur les conditions de travail remonte à 2005, mais elle montre la tendance. En vingt ans, les salariés restant « longtemps dans une posture pénible » sont passés de 16 à 34 % du total. Plus de la moitié ont « un rythme de travail imposé par une demande extérieure à satisfaire immédiatement », une proportion qui a, là aussi, doublé. Le fait de « devoir porter ou déplacer des charges lourdes » concerne désormais 39 % des salariés au lieu de 21 %. Ces tendances sont confirmées par les observations médicales, avec par exemple la montée des TMS - troubles musculo-squelettiques.

Le mouvement est plus marqué en France qu’ailleurs, car le travail y a été concentré, comme du jus d’orange. Et le dialogue social y est médiocre, étouffant les initiatives qui permettraient une amélioration bénéfique pour l’employeur et l’employé. Depuis trente ans, tout se passe comme s’il y avait un accord implicite entre les salariés, les entreprises et l’Etat : on travaille moins mais plus dur. Le temps passé en entreprise a été réduit comme peau de chagrin - études plus longues, semaine écourtée, départ à la retraite plus tôt. Mais, en échange, le travail est désormais un jus hautement concentré, au point d’en être devenu corrosif. Voilà pourquoi il semble inimaginable à beaucoup de Français de continuer « plus longtemps que prévu ».

Pour aller au-delà de 60 ans, il faudra changer le travail. Réorganisation d’un chantier pour qu’un maçon senior puisse trav ailler sans porter des sacs de 50 kilos, formation des salariés même après 45 ans, transmission des savoirs, gestion des carrières, aménagement des grilles de salaire pour casser les augmentations automatiques à l’ancienneté qui poussent les entreprises à éjecter leurs chers seniors… Les dirigeants d’entreprise en panne d’idées ont largement de quoi s’inspirer dans les pays où l’âge effectif de la retraite approche, voire dépasse les 65 ans.

Les entreprises ont également un levier formidable à actionner. Car les Français sont schizophrènes sur la question, comme sur bien d’autres. Ils sont convaincus que le travail est un enfer, mais ils savent aussi qu’il peut constituer pour beaucoup d’entre eux, n’ayons pas peur de le dire, un petit bout de paradis. Dans les relations avec les collègues, mais aussi par l’implication dans un projet collectif ou tout simplement dans l’accomplissement personnel. Il suffit (et il faut) q u’un collège brûle au Mans pour entendre soudain des professeurs parler du bonheur qu’ils avaient à y enseigner. Oui, du bonheur  ! Une idée neuve en entreprise…

Si les employeurs ne travaillent pas sur le travail, leurs employés continueront de se battre, d’une manière ou d’une autre, pour y rester le moins longtemps possible. L’autre voie est connue. Pour combler un trou qui approcherait les 50 milliards d’euros en 2020, selon les calculs du Conseil d’orientation des retraites établis sur des hypothèses qui peuvent paraître aujourd’hui optimistes (7 % de chômage en 2020, 1,5 % de progrès annuel de productivité d’ici là), il faudrait relever les cotisations de 0,7 % par an, soit la moitié de la progression espérée du pouvoir d’achat. Il n’est pas sûr que les Français préfèrent cette solution.

Entreprises, salariés : le coût du conflit social – Nord Eclair – 24 octobre 2010.

Depuis une semaine les entreprises doivent composer avec le mouvement social. Une situation de désorganisation généralisée qui pourrait peser sur les bilans financiers dans les semaines à venir.

Près de 500 000 E. C’est l’estimation de la perte économique sur le chantier du Louvre-Lens après quatre jours de blocage. « La semaine est morte. Et le retard va être difficile à rattraper », explique Joël Jakuboszczak. Il a relancé le chantier jeudi, mais le planning a été chamboulé : des livraisons de béton, coffrages et poutres ont été renvoyées, voire « annulées ». Sur le chantier du Grand stade, à Lezennes, on craint aussi la pénurie de carburant et le retard des livraisons. « Mais il n’y a aucune gêne significative pour l’instant », assure Bertrand D’Hérouville, président de la société concessionnaire Elisa. Même réflexion chez Roquette, le producteur d’amidon basé à Lestrem, pourtant touché par des blocages, mardi : chaque jour, 5 à 7 trains approvisionnent l’usine en matières premières, et 600 camions exportent les produits finis vers les entreprises agroalimentaires. Le roulement est « plus difficile » , reconnaît Marie-Laure Empinet, porte-parole de Roquette : « on doit trouver chaque jour des solutions pour contourner la grève » . Quitte à passer par les transporteurs et routes belges…

Un coût difficile à chiffrer

Ce sont les questions de logistiques qui mobilisent le plus les énergies. « À part ça, il est difficile de chiffrer les pertes économiques », expliquent de concert les patrons de Cap Gemini et de Awak’it. Les deux entreprises, hébergées à Euratechnologies, sont confrontées aux problèmes en cascade : rendez-vous parisiens manqués, clients bloqués dans les gares, salariés en retard, Antoine Senecaut, patron d’Incinéris, spécialisée dans la collecte et l’incinération de déchets spéciaux auprès des cliniques vétérinaires, résume : « nous sommes pris entre la contrainte sanitaire, qui nous oblige à collecter les déchets dans un temps donné, la contrainte sociale, qui fixe les règles de repos des chauffeurs, et la contrainte commerciale, avec des clients parfois mécontents ». À Lezennes, au siège social de l’entreprise, qui compte 150 salariés en France, il a mis en place une « hot line » interne à destination des chauffeurs. « Ils appellent pour savoir où trouver du gasoil, connaître les points de blocage ou réserver un hôtel s’ils sont bloqués pour une nuit ». Il s’inquiète des conséquences à moyen terme, jugeant que « la désorganisation de nos structures, cette semaine, aura un impact encore pendant plusieurs jours ». Concrètement, le coût est difficile à mesurer. Antoine Senecaut cite, pêle-mêle : les heures supplémentaires, les kilomètres parcourus en quête d’essence, les nuits d’hôtel, et « le prix du carburant qui a augmenté. »
« Les plus fragiles
vont payer les premiers »

Patron des patrons de la région, Jean-Pierre Guillon juge que ce conflit tombe au plus mauvais moment. Encore groggy par la crise, « l’économie présentait depuis trois mois un début de reprise », qui « serait remis en cause si les perturbations devaient perdurer.
(…) Ce sont les plus faibles qui vont payer en premier », soit les secteurs industriels déjà fragilisés. J.-P. Guillon n’hésite pas à avancer la possibilité du « chômage technique dans certaines entreprises ». C’est l’impact en terme d’image qui l’inquiète. « On crée des images négatives » qui, ajoutées aux blocages, « aggravent le problème de la compétitivité des entreprises. Il y a des gens qui hésitent à passer commande à des entreprises françaises ». La Confédération générale des PME, elle aussi, tire la sonnette d’alarme : « des centaines de milliers de PME tournent au ralenti tandis que d’autres sont sur le point de cesser leur activité ».
L’organisation patronale rejoint Jean-Pierre Guillon sur un autre point : le durcissement du rapport de force « se traduira en perte de chiffre d’affaires et les entreprises les plus fragiles risquent de disparaître entraînant des pertes d’emplois. » La FNTR Nord (Fédération nationale du transport routier) insistait également, jeudi, sur les perturbations dans le secteur du transport.
« Sans carburant, le transport routier ne peut plus assurer sa mission d’approvisionnement des usines et des magasins. » Une perspective qui, pour l’instant, n’est encore qu’une crainte en cas de maintien des actions de blocages sur les réseaux routiers et ferroviaires.

Côté grévistes, comme côté commerces : les comptes ne seront pas bons

Ce matin-là, devant le MIN de Lomme, c’est un peu « la France qui se lève tôt » face à « la France qui grève tôt », l’envie de faire son boulot ou de défendre sa retraite. Avec une question, partagée : combien tout ça va coûter, au final ? Il est 5 h30, dehors, un froid de gueux. 12 jours de grève dans les jambes pour certains, la fatigue de la lutte contre la réforme. De l’autre côté des braseros, des camions à l’arrêt, des petits pains en stand-by et des côtes de boeuf sur le flanc. Mélange de sympathie mutuelle et de tension. Chacun a ses motivations. Et s’il est difficile de prédire la tournure du conflit, une chose est acquise, il va laisser des traces sur les comptes en banques et sur les bons de commandes. Olivier est logisticien au port de Lille. « J’en suis à mon 4e jour de grève. À 65 E par jour, sur un salaire de 1 300, vous savez compter. Je vais arriver à 1 000 E. Là, la prochaine fois je vais peut-être m’abstenir, quitte à revenir après dans le mouvement ». Il y a des traites à payer, des besoins auxquels subvenir, faire bouillir la marmite. « Plus rien à perdre » « C’est clair qu’il va falloir se serrer la ceinture », témoigne pour sa part Nathalie, salariée d’une société de nettoyage à Seclin. Elle travaille à temps partiel, pour 960 E par mois et vient d’enchaîner 5 jours de grève. Pas des jours gâchés pour autant. « On doit le faire. On doit aller jusqu’au bout. On gagne pas lourd. Mais c’est pour notre avenir et celui de nos enfants qu’on se bat ». Le coeur militant bat fort, mais le coeur de maman n’est pas loin. « On dort pas beaucoup, c’est sûr. On préférera se priver nous, manger des pâtes ou du riz, mais nos gosses ne manqueront de rien. Mais il faut qu’on gagne. De toute façon, on n’a plus rien à perdre ». Christiane, cheminote à son 9e jour de grève, reconnaît que le sacrifice financier n’est pas mince. « En avril, j’ai déjà fait grève 15 jours. Ca m’a coûté 750 E et j’ai mis trois mois à m’en remettre. Bon là, c’est l’automne, il y a les impôts locaux. On va devoir s’arranger avec la banque ». « Ou on paiera plus tard ! On sait qu’on va prendre 10 %. Mais on s’en fout. C’est la galère toute l’année de toute façon… », lance un autre salarié, bravache. « Risque de perte sèche » De l’autre côté, dans son petit bureau, Gérard Masse, patron de Lille Volailles, jongle avec son téléphone. « On est obligé de dire à nos clients de retarder leur venue, nos livreurs font des détours pour éviter le blocage… On perd du temps et de l’argent. Mais honnêtement c’est plus nos nerfs que ça enquiquine ». Yannick, de Lomme Boulangerie, est plus inquiet. « On accumule des retards de livraison et nos matières premières n’arrivent pas. Or c’est pour le week-end qu’on produit le plus. Le risque, c’est la perte sèche. Or notre situation économique n’est pas brillante. On n’a pas beaucoup de trésorerie ». Didier Delmotte, élu PS de Lomme et directeur du MIN est pris entre deux feux. « Je comprends les manifestants. Mais je comprends aussi mes commerçants. Le contexte n’est pas brillant, et on sait que la nourriture est devenue une variable d’ajustement pour les gens. La perte occasionnée par ce genre d’action est difficile à chiffrer. Mais notre chiffre d’affaires de 2009 (1,8 milliard d’euros) devrait être en baisse ». Et les blocages n’arrangent rien, selon le responsable du MIN. Ce matin-là, à Lomme, la France qui se lève tôt et la France qui grève tôt pouvaient s’entendre sur une chose : les actions « coups de poings » ont un coût qui tombe tout sauf à point.

Pour les syndicats aussi, la grève a un coût

Les organisations syndicales sont mobilisées depuis plusieurs mois contre le projet de réforme des retraites. Et l’action commence à peser aussi sur le budget revendicatif de celles-ci. Du coup, de ce côté-ci aussi, on compte… «On a explosé notre compte revendicatif ». Pour Pascal Catto, le responsable régional de la CFDT, comme pour tous ses alter ego syndicaux de la région, le constat est le même : la mobilisation a généré, depuis le mois de mai, des coûts non-négligeables. Difficile d’obtenir des chiffres précis en la matière toutefois. « Je ne sais pas dire combien, mais entre les bus, 600-700 E, pour les manifestations, les tracts, oui, ça fait des sommes importantes. Mais on a le budget prévu pour cela et s’il le faut, on s’organise différemment », témoigne Vincent Delbar de la CGT Nord. « La seule chose qu’on a bien rentabilisée, c’est la banderole intersyndicale », sourirait presque Pascal Catto. « Le matériel de manif, les drapeaux, ça, on les a depuis un moment, explique Fabian Tosolini, de la CFDT-Cheminots. Après, pour ce qui est tracts, environ 2 500 par parution, on s’organise… C’est pas la mer à boire non plus. Et puis il y a Internet, et énormément de bénévolat ». À Sud-Solidaires, on commence aussi à ressentir les effets de la mobilisation. « C’est énorme à notre niveau. Du coup, on va sans doute être obligé de serrer le budget prévu pour les campagnes d’élections professionnelles à venir », témoigne Éric Santinelli, de Sud Rail. Le troisième syndicat de cheminot indique aussi avoir mis en place une caisse de grève, « pour venir en soutien, le cas échéant, aux camarades grévistes, les plus précaires ». « Mais l’idée n’est pas du tout de compenser toutes les journées perdues. Ça laisserait croire aux gens qu’ils peuvent faire grève par procuration, puisque les grévistes sont quand même payés ». Le responsable de Sud Rail dans la région parle plutôt d’une somme de 100 à 150 euros, forfaitisée « parfois pour finir le mois ». Quand la grève… grève les budgets.

SÉBASTIEN LEROY

La gaffe de Hamon, le flou du PS – Guillaume Tabard – Les Echos – 21 octobre 2010.

On comprend l’embarras des dirigeants socialistes. En plaidant ouvertement pour une renégociation de l’allongement de la durée de cotisation, Benoît Hamon a jeté le trouble sur la lisibilité et la crédibilité de la position du PS sur les retraites. Alors qu’il en est le porte-parole ! C’est comme si Frédéric Lefebvre demandait de revenir sur les barrières d’âge inscrites dans le projet du gouvernement…

Il est commode de juger simplement « regrettable » la sortie de Hamon, mardi sur RTL, comme l’a fait la députée Marisol Touraine, auteure du projet PS. Il est facile de reprocher à ce proche d’Henri Emmanuelli de vouloir faire fructifier son capital personnel à la gauche du PS. Bref, il est plus simple de pointer une gaffe que de s’interroger sur la signification et la portée d’une telle position, plus proche d’Olivier Besancenot que de Dominique Strauss-Kahn.

Si la position du PS avait été énoncée avec plus de clarté, le porte-parole du parti n’aurait pas pu s’en démarquer officiellement.

Sur les huit pages du projet en faveur d’un « système universel et personnalisé », adopté le 18 mai, il est glissé d’une simple phrase : « Jusqu’à 2020, des dispositions sont prévues concernant la durée de cotisation. » Avant d’envisager, au conditionnel et de manière restrictive, un nouvel allongement ultérieur. Autrement dit, le PS entérine le passage aux 41,5 ans de cotisation en 2020 prévu par la loi de Fillon de 2003, et qu’il avait alors promis de corriger. C’est un ralliement important mais pas suffisamment assumé. Même si, la semaine dernière dans « A vous de juger », Martine Aubry a confirmé prendre acte de ces 41,5 ans. Benoît Hamon s’est engouffré dans cette timidité pour faire entendre sa singularité.

Cette timidité s’explique aussi par la volonté du PS d’apparaître en phase avec la contestation sociale. Et dans les cortèges de rue, il est plus facile d’être accueilli en défendant le symbole du droit au départ à 60 ans, qu’en avouant qu’une retraite à taux plein ne sera pas envisageable à cet âge. Là encore, Hamon n’a fait que s’appuyer sur l’engagement de Martine Aubry, sur France 2, d’ouvrir une vraie négociation de six mois avec les syndicats. D’autant que la première secrétaire du PS n’a pas précisé si l’allongement de la durée de cotisation faisait partie ou non des sujets à négocier. Ce qui supposerait des financements supplémentaires, alors que le projet prévoit déjà des prélèvements nouveaux.

Mépris et Démagogie : de l’indécence du syndicalisme à la française – CERF – 19 octobre 2010.

Lorsque les arguments manquent, c’est bien connu, les attaques sont basses. Ainsi, les syndicats CGT et CFDT– membres à part entière du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) depuis 10 ans, est-il utile de le rappeler – se cachent derrière leur petit doigt et leurs gros pavés taxant tout réfractaire à la grève de soumis au gouvernement, au pire de fasciste. En effet, nul n’a le droit d’être en opposition avec ceux-là même qui revendiquent le droit d’être contre tout. « Pourquoi traite-t-on le privé avec autant de mépris alors que c’est nous qui finançons leur insouciance » nous lance un patron de TPE ? On pourrait croire la réponse dans la question. Mais que penser de la vindicte d’un représentant CGT SNCF, émargeant grassement à 1200 euros au CESR du Tarn en plus de son salaire, mais se masquant derrière son écharpe d’élu local aboyant : « vous êtes un syndicat patronal, et non pas « un créateur d’emploi et de richesse de France » (quelle immodestie !) ». Les patrons ne créeraient donc pas de richesses. Un marginal ? Malheureusement non.

Il faut savoir notamment que Didier Le Reste, délégué CGT SNCF (lui aussi), en pointe sur la question des blocages, criait à la France entière sur l’antenne de RTL, son indignation quant au salaire qu’il touche après 34 ans à la SNCF. Et nous ne sommes pas loin de partager son indignation. Car il est vrai qu’avec un revenu de 2300€ euros net par mois, pour moins de 35 heures, ce « partenaire social » touche plus que la moyenne des patrons (1850€/mois) qui travaillent près de 70 heures par semaine pour tenter de sauver leurs entreprises et les emplois qu’ils ont créés. Monsieur Le Reste, qui trouve qu’une journée de grève non payée coûte chère, n’imagine certainement pas, lui qui retrouvera son travail quelle que soit l’issue de la grève, ce que coûte une vie de travail à créer une entreprise, y maintenir les emplois qui la font tourner et, ce faisant, financer la solidarité. Il se moque aujourd’hui, de concert avec les autres leaders syndicaux, de ce que c’est que de tout perdre à l’occasion d’une grève, car des règlements sont bloqués dans des sacs postaux, les camions de livraison immobilisés faute de carburant, quand ce n’est pas tout simplement le rideau de fer tiré pour se protéger des casseurs !

Alors, oui ! Aujourd’hui il convient de crier à l’indécence de certains propos. A l’irresponsabilité de certaines actions. A l’hypocrisie crasse, devant l’absence de tout mea culpa, de ceux qui n’ont rien fait depuis des décennies pour préserver ce qu’ils prétendent défendre en descendant dans la rue. Et de dénoncer le manque de réel travail  syndical, lequel est inversement proportionnel au bidonnage par ces organisations, des chiffres des manifestations dévoilé par les médias.

Oui, il convient de saluer les réquisitions des personnels pour assurer que l’économie puisse tourner. Car la violence est à l’œuvre depuis trop longtemps entre les mains de ceux qui se parent de vertus dont ils sont loin d’avoir fait la démonstration.
 
Nous l’écrivions déjà en novembre 2007, à l’occasion du blocage des transports : « Si nous affirmons que le droit de grève est un droit fondamental et constitutionnel, il n’en est pas de même du droit de blocage que s’octroient quelques catégories privilégiées. Nous dénonçons donc l’abus de position dominante et l’attaque portée par les bloqueurs contre les revenus des actifs en position de dépendance et de faiblesse. » Or les leaders syndicaux participent aujourd’hui activement à la destruction de la valeur et du travail en France, sans lesquels il ne peut y avoir de solidarité et de redistribution.

Face à des actes qui s’apparentent au terrorisme économique, le Cerf demande que le gouvernement exige la clémence de l’URSSAF et des organismes sociaux, gérés par ces syndicats irresponsables, pour limiter l’hécatombe de défaillances qui risque de suivre les difficultés de règlement des charges et de TVA ce mois-ci.

Par jean-loup DUJARDIN

Marche ou grève : dommages collatéraux d’une manipulation politique.

La CGT et la CFDT ont lancé un appel à la grève reconductible (illimitée pour certaines branches) à partir de mardi 12 octobre.

Lancés dans une démarche politicienne, ces derniers se confondent même parfois avec un vrai parti et en vont de leurs prédictions et analyses politiques : pour les uns, « un gouvernement, quel qu’il soit, qui ignore à ce point un mouvement social se condamne pour les prochaines échéances électorales ». La réciproque est-elle aussi valable ? Un syndicat ignorant à ce point la chute du nombre de ses adhérents se condamnerait à coup sûr lui aussi pour ses propres échéances électorales. Heureusement pour M. Thibault, lui n’est pas élu au suffrage universel contrairement au gouvernement, et ne risque donc pas de sanction suite aux nombreuses destructions d’emplois liées aux blocages qu’il organise. Il serait par ailleurs déontologiquement questionnable et intellectuellement douteux de penser que par analogie, cette désaffection généralisée pour le gouvernement signifierait une adhésion automatique aux actions et décisions du meneur CGTiste.

Pour la CFDT, « ceux qui veulent radicaliser le mouvement, appeler à la grève générale, souvent veulent rentrer dans une démarche politique ». N’est-ce pas déjà radical d’appeler à une grève reconductible, voire illimitée ? Quand les trains, les transports et la poste bloqués, ce sont les règlements des factures qui n’arrivent pas et mettent les petites entreprises en difficulté, les soumettant notamment aux frais ponctionnés automatiquement par les banques ! N’est-ce pas radical quand dans une TPE qui équivaut à 4 emplois en moyenne, lorsqu’un collaborateur qui n’arrive pas à son travail, cela signifie une perte de capacité d’activité de 25%, en plus à répartir sur les autres – quand c’est possible ? Et pour quel résultat ?

Monsieur Thibault nous dit « nous entendons tous ceux qui nous disent qu’ils ne peuvent pas cumuler un grand nombre de jours de grève. » Mais se soucie-t-il seulement de tous ceux que ces grèves «à-qui-mieux-mieux » mettent en péril dès le premier jour ? Outre les questions de morale, d’éthique, et de responsabilité envers son prochain, ces syndicats remplissent-ils leur rôle ? Peut-on encore parler de solidarité lorsque ces syndicats se rendent responsables de la destruction de TPE, victimes collatérales, suite aux problèmes logistiques engendrés par ces blocages? Rien n’est moins sûr. Souvenons-nous l’été dernier, lorsque les centrales salariales bloquaient l’Eurostar entrainant des pertes colossales pour l’exploitant. Est-il dès lors étonnant que l’on voit par la suite Eurostar préférer Siemens à Alstom, et Alstom annoncer ensuite une suppression de 4000 emplois d’ici 2012 ? Quels choix feront les armateurs qui n’auront pas accès aux ports français ? Depuis 30 ans, Anvers, Rotterdam et Barcelone ont su en profiter au détriment de l’emploi et de l’activité économique en France.

A chaque manifestation, les syndicats espèrent faire mieux que la fois précédente. Avec un score de plus de 10 000 entreprises détruites et 40 000 emplois sacrifiés en 1995, quelle hécatombe nous promettent-ils aujourd’hui sous couvert de raisons fallacieuses ?

Dès lors, plus personne ne peut croire aux beaux discours sur une prétendue défense de l’intérêt général. Par jean-loup DUJARDIN

Sources : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/08/les-syndicats-et-le-piege-de-la-greve-reconductible_1422308_3232.html

Les syndicats réformistes ne savent pas comment sortir du conflit – Les Echos.fr – 18 octobre 2010.

La CFDT, la CGC et l’Unsa s’ inquiètent des conséquences d’une trop forte radicalisation du conflit. Mais ils ne veulent pas donner l’impression de céder face au gouvernement.

Et maintenant ? Alors qu’à l’image de la CGT, les syndicats contestataires entendent prolonger le mouvement contre la réforme des retraites au-delà du vote du Sénat, prévu mercredi, les centrales réformistes sont en plein embarras. Seule la CFTC a vraiment fait sa religion. « Ce n’est pas parce qu’une loi est votée qu’on doit s’arrêter. Souvenons-nous du CPE, résume Jacques Voisin, son président. On ne lâchera pas. »

Mais pour la CGC et l’Unsa, la tentation est grande de profiter du vote du texte par le Sénat pour sortir du conflit par le haut. « On aura montré notre opposition autant que possible tout en restant responsables », y défend-on en substance. D’autant qu’après, le calendrier est bouché. L’arriv ée des vacances de la Toussaint, à partir de vendredi soir, rend impossible l’organisation d’une nouvelle journée d’action avant trois semaines. Et les deux centrales sont très sceptiques à l’idée de s’appuyer d’ici là sur des seules grèves ou mouvements divers (blocages des routiers par exemple) dont ils craignent les conséquences sur l’économie… et sur l’image des syndicats.

La CFDT ne cache pas non plus son embarras. Pousser plus encore le mouvement, c’est s’aventurer à entretenir une radicalisation très éloignée de la culture maison et prendre le risque de perdre totalement le contrôle de la situation. « On continue de penser qu’une trop forte radicalisation risque de se retourner contre les syndicats », y explique-t-on. Mais freiner, c’est tendre la perche pour être accusée de céder et de lâcher les salariés en rase campagne… Or, pour la CFDT, « pas question de revivre 2003 ».

« Voir au jour le jour »

Dans ce contexte, la centrale de François Chérèque se replie pour l’instant dans un attentisme prudent. « Il faut voir comment cela évolue cette semaine. Si le mouvement continue de s’ancrer, il faudra le poursuivre. S’il s’effrite et tend à se résumer à des conflits très durs dans quelques secteurs isolés, on ne pourra pas le cautionner éternellement », y analyse-t-on. La centrale garde aussi espoir de trouver un juste milieu sans briser l’unité avec la CGT : « La situation est complexe pour nous mais elle l’est tout autant pour la CGT. Bernard Thibault pousse mais il ne peut pas non plus trop remettre en selle sa base la plus contestataire, qui le conteste en interne. »

C’est finalement chez FO qu’on résume le mieux la situation : « C’ est le flou. Personne ne peut dire ce qui va se passer cette semaine sur le terrain. Désormais, il faut voir au jour le jour avec les salariés jusqu’où eux sont prêts à aller. »

Mensonges syndicaux et socialistes? Marc d’Here.

Le premier « mensonge » viendrait des syndicats qui annoncent pour les manifestations des chiffres totalement farfelus, et que reprennent les journalistes qui connaissent fort bien leur côté farfelu.

Un élément de  preuve. Deux études faites par un organisme spécialisé espagnol pour France Soir et une autre de « Média part » donnent pour la manifestation de mardi dernier à Paris 80.000 participants. Or la police avait donné 89.000 et les syndicats 330.000 ! On a donc la preuve que ce sont les chiffres de la police qui sont exacts.

D’ailleurs, si l’on veut réfléchir une seconde c’est évident. On peut estimer à 300 le nombre moyen de manifestants passant à un certain point en une minute, ce qui est raisonnable quand on sait que dans toute manifestation il y a des rangs compacts mais d’autres très légers, que certains sont serrés et d’autres très, très espacés, enfin qu’il y a de nombreux moments d’arrêt. Pour parvenir aux 330.000 revendiqués par la CGT et la CFDT,  il faudrait défiler 18 heures !

Pour parvenir aux 80.000 il faut 4 heures et demie, le temps de la manifestation parisienne.

Les syndicats n’ont jamais pu compter 330.000, ce chiffre est manifestement faux,  vraisemblablement inventé de toutes pièces et mensonger !

Le second « mensonge » viendrait à la fois des syndicats et des socialistes. Ils affirment, en chœur et sur tous les tons, que le gouvernement, a refusé tout débat et qu’il fait preuve d’autisme,  en refusant  de bouger et  de modifier son projet.

Or cela ne correspond pas à la réalité. La concertation avec les partis et les syndicats s’est déroulée sur plusieurs mois, les débats très longs au Parlement sont encore prolongés au Sénat! Le texte d’origine a été largement modifié, et  des avancées importantes réalisées sur la pénibilité, les carrières longues, les handicapés, la situation particulière des femmes, sur la participation des hauts revenus au financement…

Aujourd’hui sur les 700 .000 personnes partant chaque année en retraite, plus de 200.000, continueront à pouvoir partir à 60 ans ou 65 ans sans décote…Alors prétendre que le gouvernement n’a rien voulu changer est faux et, encore une fois, vraisemblablement mensonger.

Le troisième « mensonge » est socialiste et vient notamment de Ségolène Royal (mais pas seulement).  Celle-ci qui a appelé sur TF1, les lycéens à descendre dans la rue, prétend que ce n’est pas vrai, aujourd’hui…Il y a quelques millions de téléspectateurs qui savent qu’elle l’a bien dit. Mais au-delà du « cas » particulier( !) que représente l’ancienne candidate à la Présidentielle, les socialistes affirment partout qu’ils ne font rien pour attirer les lycéens et les  faire manifester. Pas de chance,   on a aujourd’hui des témoignages en provenance du lycée Buffon, cités par le JDD.fr, qui montrent le contraire. Les Jeunes Socialistes sont venus dans ce lycée, la semaine passée, mardi et encore ce jeudi. Ils ont distribué des tracts qui jonchent l’entrée de l’établissement. Dessus, deux nombres écrits en gros 60 et 67 ans, laissant entendre que le report de l’âge l’égal de la retraite dépasse largement deux années ! « Le PS racole devant le lycée à visage découvert, commente une surveillante. C’est presque un blocus organisé clé en main! ». Ici, les jeunes socialistes ont aussi fait passer une liste en demandant aux élèves leur numéro de portable pour leur faire parvenir des informations. « On reçoit des textos », explique Luca. « Tout marche par chaîne téléphonique », confirme un autre. Ce qui n’est pas sans irriter quelques rebelles. « J’avais écrit mon numéro sur la liste avant de découvrir ’socialiste’ écrit en bas, tout en petit. Je n’ai pas apprécié », raconte Léo, 16 ans…

Voilà la conception qu’ont  les syndicats et les socialistes de la vérité !  Il s’agit d’un mépris de la démocratie et une manière insupportable de faire de la politique.. Il est vrai que pour les socialistes, ce n’est pas très surprenant quand on se souvient que c’est grâce à une fraude massive, dans sa propre fédération, celle du Nord, que Martine Aubry a pu être élue première secrétaire !

Marc d’Héré