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Politique de la Ville : Daubresse dénonce les idées du PS – AFP – Le Figaro – 6 novembre 2010.
Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de l’UMP, a qualifié aujourd’hui « de supercherie » « les propositions pour une nouvelle société urbaine« , présentées aujourd’hui à Lille par le Parti socialiste.
« Après le ‘care’, Martine Aubry annonce le ‘new deal’. A court d’idées et ayant apparemment totalement renoncé à explorer la très grande richesse de la langue française, Martine Aubry utilise un vocabulaire anglo-saxon pour masquer la pauvreté de ses propositions », écrit le ministre de la Jeunesse dans un communiqué.
Pour M. Daubresse, lui-même élu de la banlieue lilloise, « le laboratoire du ‘vivre ensemble’ porté à Lille par Martine Aubry n’est en réalité qu’un village en carton-pâte, tels ceux que traversaient au grand galop jadis Catherine de Russie pour éviter d’affronter la contestation de son peuple ».
« Les socialistes ont laissé en 2000 un champ de ruines en matière de politique de la ville et du logement », dénonce ce proche de Jean-Louis Borloo –ministre de la Ville (2002-2004)– en vantant a contrario les réalisations opérées par la majorité grâce à « l’intervention de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) ».
« De 2002 à 2010, les efforts conjugués du gouvernement et un engagement financier sans faille de l’Etat ont permis de métamorphoser plus de 400 quartiers de ‘banlieue’ où habitent plus de 3 millions de nos compatriotes », dit-il.
Le temps des Maires.
La politique de la ville est à bout de souffle, il faut la simplifier pour la régénérer. L’architecture d’ensemble et l’illisibilité des dispositifs devient problématique pour le citoyen.
Il est indispensable de clarifier le rôle de chacun en matière sociale. Le des dispositifs est problématique pour le citoyen.
L’objectif est de mettre à plat le mille-feuilles administratif et de créer un guichet unique de recours social, rôle qui pourrait être dévolu au CCAS. La relation avec les associations, acteur central de l’action sociale, serait ainsi renforcée et clarifiée. Deux exemples :
- Selon un sondage sur les 16-25 ans lillois dans les quartiers type Moulins, le premier souci n’est pas l’emploi, mais la santé. Ils souhaiteraient trouver des lieux où poser leurs questions et trouver des réponses. Un « espace information en santé » (= ERI) répondrait à leurs attentes.
- Un ménage en difficulté se tourne d’abord vers sa mairie et son CCAS ; mais l’accès à la prestation, quelle qu’elle soit, est un parcours d’obstacle, au terme duquel les bénéficiaires reviennent souvent à la case départ, donc à la mairie pour demander des aides. M.P.Daubresse ne s’y est pas tropmé, en proposant : «des plates-formes communes réunissant CCAS, conseil général, CAF et Pôle Emploi. Une bonne partie de la solution réside dans la coordination de ces partenaires naturels ».
Faisons le pari, pourquoi pas, d’un maire plus acteur, plus réactif, plus impliqué: à lui de prendre la main pour compenser la défaillance morale de ceux qui disent :«l’état ne peut pas tout, donc je ne ferai rien». La sortie de crise pourrait ainsi être une opportunité pour la Ville de montrer qu’elle a un vrai rôle à jouer en matière sociale.
Groupe UNION POUR LILLE
B.MAUROY-La Gauche Moderne
Conférence de presse du groupe UPL-VDN -11 septembre 2010.
Christian Decocq : « On ne chasse pas le gros gibier avec du petit calibre »
Le groupe Union pour Lille faisait sa rentrée politique hier. Christian Decocq en a profité pour faire quelques prévisions. Pour lui, l’avenir s’écrit ainsi : Martine Aubry va être de plus en plus accaparée « dans une action de politique nationale » et du coup l’opposition va devenir « l’ultime recours » pour les Lillois.
PAR EMMANUEL CRAPET
lille@lavoixdunord.fr PHOTO PIB
« On est bien. On est en forme pour reprendre. » Christian Decocq et le groupe Union pour Lille faisaient leur rentrée politique, hier. Le contexte est singulier : « J’ai lu dans la presse que Martine Aubry prend de la hauteur. Je dirais plutôt qu’elle prend de la distance. » Christian Decocq n’a pas forcément vu ça dans le fond de sa tasse à café, mais il est persuadé que « Martine Aubry va un peu plus encore chercher à se donner une dimension nationale ». C’est tout bon pour l’opposition, qui se présente comme « l’ultime recours pour les Lillois ». Politique-fiction ? On verra.
« Un moment fort de stigmatisation de la politique municipale », promettait l’invitation.
Stigmatisation, il y a eu. Christian Decocq a été mordant, mais jamais cassant. Plutôt que d’agiter le chiffon rouge, il veut provoquer des débats. Parmi ceux-là, l’hypermarché à Lille-Sud. « Ce n’est pas un outil adapté », dit-il. Brigitte Mauroy fait une proposition : « Il faut un outil de cohésion sociale », explique la représentante de la Gauche moderne. L’idée ? Un village artisanal, comme celui qu’elle a vu à Mulhouse. « C’était dans un quartier où on ne savait plus rentrer et depuis il n’y a plus ni insécurité ni incivilité », promet-elle.
Toute ressemblance avec un quartier lillois ne saurait évidemment être que fortuite… Christian Decocq confirme : « Il faut créer un parc d’activité, autour de l’éco-construction et de l’éco-rénovation. » Lille-Sud, toujours, un peu plus haut dans la rue du Faubourg-des-Postes. Christian Decocq veut jeter la Maison de mode avec l’eau du bain. « C’est un gouffre financier, regrette le chef de file de l’opposition. Mieux vaut concentrer les efforts sur Roubaix. Là-bas, il y a une histoire textile que Lille-Sud n’a pas. » L’opposition a fourbi ses armes. « On ne chasse pas le gros gibier avec du petit calibre, dit Decocq . La droite a trouvé deux principes sur lesquels s’appuyer : exigence – « L’opposition à Aubry, ça exclut la médiocrité » – et proximité.
Qu’est-ce qu’on fait sur la Grand-Place ? Dans le groupe UPL, l’homme de la situation, c’est Thierry Pauchet. Depuis qu’il est rentré de vacances et avant que la déesse retrouve son flot de voitures, il s’est « amusé à venir tous les jours » tester la zone de rencontre. Bilan ? « C’est mal conçu et mal préparé. On a mis jusqu’à 45 minutes pour aller de la rue Lepelletier au boulevard de la Liberté à cause des bouchons.
» La zone de rencontre, ce n’est pas pour tout de suite, « au grand bien de tout le monde », dit Thierry Pauchet.
« Qu’est-ce qu’on oublie ? » Christian Decocq réfléchit à haute voix. « Il n’y a pas grand-chose qui nous échappe.
» Pour lui, Saint-Sauveur mérite un débat. Il enfile le casque du bâtisseur : « Il y a de la place pour tout faire, à commencer par une troisième gare. » Commerce, aménagement urbain… la droite veut provoquer la discussion. « On ne dit pas forcément qu’on a raison. On crée un débat. »
Par Emmanuel CRAPET - lille@lavoixdunord.fr
Non aux réactions faussement vertueuses du PS.
C’est avec stupéfaction que j’ai pris connaissance de la réaction faussement vertueuse du PS, qui émet les critiques les plus acerbes aux propos de Brice Hortefeux concernant les agissements récents des Roms à Saint-Aignan. En effet, en tant que Conseillère municipale et communautaire à Lille, je tiens à apporter les précisions suivantes : les citoyens de la ville et de la Communauté urbaine sont depuis des mois perturbés par la mendicité de plus en plus agressive qui s’exerce sur les trottoirs et aux feux rouges. Les commerçants sont harcelés dans le centre de Lille et dans certains quartiers (Faubourg de Douai notamment) et villes limitrophes de Lille (Ronchin notamment).
L’édile de la ville, première secrétaire du PS, laisse pourrir la situation plutôt que de proposer des solutions d’intégration qui permettent de rendre leur dignité à ces populations. Si l’on admet leur présence sur notre sol, seul un accompagnement social permettra de leur faire accepter nos règles de vie en société et de les faire rentrer dans la légalité. A Lille en 2009, 5 familles de Roms sur des centaines, voire des milliers ont été accompagnées sur des fonds mis à disposition par la Préfecture alors que le budget alloué à la Culture a représenté 39% du budget de la Communauté urbaine. Dans notre région, on dit aux socialistes « si tu veux grimper à l’arbre, fieu, tu dois avoir une prop’culotte ».
Brigitte MAUROY
Présidente de la Commission des Affaires sociales de LGM
Lille : la démocratie participative est à mal…
Lu le 18 juin 2010 dans la Voix du Nord, sous la plume de Stéphanie Fasquelle, ce constat que l’opposition municipale fait depuis 2008…
Bilan des conseils de quartier : les Verts et la droite très critiques
Des conseillers de quartier Verts tenaient un point-presse hier midi.
Les Verts ont décidé de dresser leur bilan de la démocratie participative à Lille. En ligne de mire : les conseils de quartier. L’opposition de droite a aussi un avis. Nous sommes allés le recueillir.
Les Verts ne mâchent pas leurs mots. La démocratie participative est « un grand point d’interrogation ». Stéphane Baly, secrétaire local des Verts et conseiller du Centre, tenait hier un point-presse pour dresser le bilan de son camp politique : « Nous restons sur notre faim. » Certes, l’arrivée des tirés au sort aux conseils – leur idée – a apporté « du sang neuf ». Mais à quoi bon si les conseils ne fonctionnent pas comme il faut ?, interroge-t-il.
Premier souci : la série de réunions bilans, en mai. Le mieux ? « Il y avait moins d’élus de la majorité que l’an dernier et aucun élu Verts, pour ne pas tronquer l’échange avec la salle. » Le moins bien ? Les réunions ne décrivaient pas l’action du conseil, « mais l’action de la municipalité dans le quartier ». Jointe hier, Isabelle Mahieu, élue du groupe d’opposition de droite (Union pour Lille), est du même avis. « J’ai vu une amélioration dans l’expression des conseillers, mais leur candeur a donné des remarques révélatrices de ce qui ne va pas. » L’élue assistait à toutes les réunions en prenant des notes. Elle relit : « Walid Hanna a dit : « Ce sont les conseillers qui s’expriment. Pour les choses importantes, ce seront les élus. » Franchement… » Pourquoi ce constat ? « Qu’un même élu soit chargé de la démocratie participative et de la communication municipale, ça en dit long sur la vision qu’on a de cette démocratie ! » La pique, tentante, sort comme un gros mot chez les Verts. Le règlement intérieur indique la possibilité de réunions thématiques « mais quand nous lançons l’idée, le président dit non ou oui, on verra. Pourtant les sujets ne manquent pas !
». L’hyper de Lille-Sud, le « mercato » autour du musée d’Histoire naturelle et l’ex-collège Jean-Macé. « S’ils ne débattent pas sur de grandes questions, à quoi servent les conseils ? » Yolande Windels, une conseillère des Bois-Blancs, sympathisante Verte, ajoute : « On essaie de comprendre notre rôle mais on n’est pas aidés, les conseils fonctionnent tous différemment. » Fives est durement attaqué : pas d’ordre du jour, pas de compte rendu, pas de bureau d’animation. « Le conseil manque de structuration », dénonce la conseillère Verte Mathilde Steinauer. À Lille-Sud, « l’ordre du jour dépend du président (Bernard Charles) ». À Wazemmes, « on s’interroge sur la mission de Maurice Thoré, réimplanter le PS. Le conseil sert-il à cela ? ». Dans le centre, « le budget est mal fléché. On ne peut identifier ce dont on dispose. On ne dit pas non à la rénovation des classes, mais que reste-t-il à l’initiative des conseillers ? 300 000 E ? En réalité, un zéro de moins ! » Isabelle Mahieu estime que les avis des conseils ne sont pas assez détaillés, des PV de réunions devraient être établis. « Les comptes rendus sont légers, « un conseiller à dit que », même pas nommé. Les PV, ce serait la base objective d’un bilan. Or, c’est la confusion organisée. Les conseillers disent « on » quand ils devraient dire « la ville ». Ça me peine de les voir manipulés. » Conséquence : une « certaine lassitude », un « absentéisme élevé », disent les Verts. Leur solution : des conseils ouverts au public, une formation des présidents à l’animation de réunion. « Arrêtons de travailler à l’envers, répond Isabelle Mahieu. Comment expliquer, lors des bilans, que les gens aient posé autant de questions sur leur environnement personnel ? Ils n’ont pas trouvé où s’adresser le reste de l’année. En tout cas, pas au conseil de quartier… ».
PAR STÉPHANIE FASQUELLE
La politique de la ville en 2010
La politique de la ville en 2010 : des opérateurs plus efficaces, une absence de pilotage politique.
Réunie le mardi 1er juin 2010 sous la présidence de Jean Arthuis (UC, Mayenne), la commission des finances a entendu la communication de Philippe Dallier (ratt. UMP, Seine-Saint-Denis), rapporteur spécial de la mission « Ville et logement », sur le pilotage de la politique de la ville et les délais de la réalisation des projets de rénovation urbaine.
Philippe Dallier a regretté le blocage actuel des décisions dans le domaine de la politique de la ville. En 2010, de nouveau, l’indispensable réforme de la géographie prioritaire d’intervention, dont la commission des finances avait fait voter le principe en décembre 2008, la renégociation des contrats urbains de cohésion sociale (CUCS), arrivés à échéance, et la mise en œuvre du recentrage de la dotation de solidarité urbaine vers les communes dont les besoins sont les plus importants, sont repoussés d’une année.
A ces reports, confirmés par le Premier ministre, lors de l’installation du conseil national des villes, s’ajoutent le renvoi à une date ultérieure de la prochaine réunion du comité interministériel des villes, qui ne s’est plus réuni depuis janvier 2009, et les incertitudes entourant le devenir des zones franches urbaines et le suivi des quartiers dont les opérations de rénovation urbaine sont achevées.
L’indécision gouvernementale est préjudiciable à la coordination de l’action des opérateurs principaux de la politique de la ville : l’agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE), dont Philippe Dallier a souligné qu’ils avaient fourni des efforts importants pour améliorer leur efficacité.
L’absence de pilotage effectif est également un facteur qui favorise une gestion approximative. Philippe Dallier a retracé, à cet égard, les hésitations qui ont caractérisé, de la part de l’Etat, le suivi du dossier de la rénovation du centre commercial du Chêne Pointu, à Clichy-sous-Bois, et les oppositions qu’il a suscitées entre l’Etablissement public national d’aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (EPARECA) et la Caisse des dépôts et consignations.
Il a également regretté les réticences de l’Etat à appliquer ses propres décisions visant à rationaliser les moyens d’évaluation de la politique de la ville et du programme de rénovation urbaine et à coordonner les demandes d’études. Il a souligné notamment que ses investigations avaient conduit à une récente normalisation des pratiques de sélection des prestataires extérieurs du comité d’évaluation et de suivi (CES) de l’ANRU.
Philippe Dallier a enfin fait état des résultats d’une enquête de satisfaction qu’il a conduite auprès des porteurs de projets ANRU, maires ou présidents d’EPCI. Si elle fait apparaître la responsabilité certaine de la complexité des procédures comptables de l’ANRU et de leur instabilité, cette consultation confirme toutefois une nette amélioration de la situation liée à la refonte du système d’information comptable initial et de l’internalisation de sa gestion. Il a souhaité, toutefois, que l’ANRU soit, à l’avenir, plus attentive à l’expression du mécontentement très vif de certains porteurs de projets et qu’elle améliore son « suivi de clientèle ».
Le compte-rendu de cette communication sera disponible dès samedi sur le site du Sénat : http://www.senat.fr/commission/fin/travaux.html
Par jean-loup DUJARDIN
Repenser la politique de la ville, par Jacques Donzelot
Relancée avec force, en 2003, sous l’impulsion de Jean-Louis Borloo, la politique de la ville a fait récemment l’objet d’évaluations qui montrent des résultats plutôt décevants au regard des objectifs qui lui avaient alors été fixés. Cette déception relative semble conduire le gouvernement à préparer une révision à la baisse de la politique en question au lieu d’une réévaluation de ses présupposés pour en redéployer autrement les moyens.
La déception concerne surtout l’un des programmes, celui des zones urbaines sensibles (ZUS). Il consiste en un classement des zones urbaines plus ou moins défavorisées grâce à un index qui apprécie leur écart par rapport à la moyenne nationale et les fait bénéficier de mesures proportionnées à la gravité de celui-ci. Renforcé en 2003, ce programme reçoit alors pour mission de ramener les zones en question à la normale dans un délai de cinq ans. Le dernier rapport publié par l’Observatoire national des zones urbaines sensibles montre qu’il n’en a rien été. Le revenu par habitant n’y a pas changé sensiblement. Le chômage y est toujours le double de la moyenne et l’écart des résultats scolaires par rapport aux autres quartiers reste identique.
Figure de proue de cette politique, le programme de rénovation urbaine vise à réintroduire dans ces quartiers la mixité sociale qui y a disparu et cela grâce à des opérations de démolition et de reconstruction concernant plus de 200 000 logements ainsi que la réhabilitation de 400 000 autres.
Mais ce vaste chantier avance lentement et les premières évaluations montrent que ces opérations n’entament que très partiellement la logique de ghetto qu’elles sont censées défaire. Les démolitions vont généralement de pair avec un relogement des familles à proximité des immeubles détruits. Les nouveaux logements n’attirent pas des publics vraiment différents de ceux vivant déjà dans le quartier quand ce ne sont pas ceux-là même qui les investissent, comme en Ile-de-France. Bref, au lieu de la mixité promise, c’est plutôt à une fine segmentation interne des quartiers d’habitat social que l’on assiste.
Quant au dernier programme, lancé en 2005, celui des contrats urbains de cohésion sociale (CUCS), ils constituent surtout le support de nouvelles mesures d’insertion socioprofessionnelle comme les « contrats d’autonomie » impulsés par Fadela Amara. Les jeunes reçoivent une indemnité mensuelle de 300 euros pendant six mois contre l’acceptation d’un coaching par des agences privées devant les conduire à un emploi ou une formation.
Sur les 45 000 prévus, environ 13 000 contrats ont été passés… dont un millier ont conduit à une entrée dans un emploi ou une formation. Les observateurs ont calculé que cela établissait le coût de l’entrée dans un emploi à 30 000 euros par personne. Et ce piètre résultat vaut à la secrétaire d’Etat d’essuyer pas mal de sarcasmes.
Constatant le peu de résultats de cette politique, le gouvernement s’oriente visiblement vers sa reformulation a minima. Tel paraît être le sens du rapport Hamel et André, publié à l’été 2009, qui propose de réaliser les opérations engagées en matière de rénovation urbaine et, pour le reste, de concentrer l’effort sur un petit nombre de quartiers très défavorisés relevant de communes ne disposant que de peu de moyens, laissant aux mieux nanties de celles-ci la charge de concevoir elles-mêmes leur action selon des plans d’ensemble que l’Etat abondera à son gré. Dans le contexte actuel de sérieux déficit budgétaire et compte tenu de la « culture du résultat » prônée actuellement, une telle réaction paraît logique.
On peut toutefois estimer que ces résultats décevants devraient valoir remise en question non pas tant des moyens que de l’orientation trop partiale donnée à cette politique : celle du retour à la moyenne en matière de composition sociale qui en constitue l’horizon. Cette manière de faire conduit à se préoccuper des lieux plus que des gens, ou alors à le faire de manière purement symbolique, en extrayant une pincée d’élèves ou d’apprentis méritants mais sans se doter des moyens d’une véritable emprise sur une population tellement déconnectée de la ville qu’elle nécessite une « remise en mouvement » dans son ensemble.
Pourquoi mettre ainsi l’accent sur le mouvement, sur la « connectivité », plutôt que sur les lieux ? Parce que la ville a changé depuis un demi-siècle et que ce changement revient justement à faire prédominer les flux sur les lieux alors que c’était l’inverse au moment où furent construites ces fameuses cités sociales qui se trouvent au coeur de la politique en question.
L’urbanisme fonctionnel de l’ère industrielle avait été conçu contre « les méfaits de la ville », « l’attraction néfaste » que celle-ci exerçait sur la population qui venait s’y concentrer, séduite par ses lumières et ses emplois, mais que la cherté conséquente des loyers conduisait à l’entassement, à la démoralisation et rendait prompte à l’émeute.
Pour contenir cette attraction, on avait séparé les fonctions, isolant celle de l’habitat par rapport à celle de l’activité industrielle et celle du commerce. Pour stabiliser les salariés, on avait inventé la cité sociale, ce lieu où chaque famille pouvait satisfaire ses besoins dans un cadre propre à réduire le rôle des inégalités de revenu entre les habitants grâce à l’uniformité de l’habitat. La citoyenneté sociale proclamée au milieu du XXe siècle avait partie liée avec cette figure de la ville, cette manière de faire prédominer les lieux sur les flux.
Nous vivons, à présent, dans un autre modèle urbain, celui de la ville des flux de l’ère de la globalisation. Un lieu n’y vaut plus tant pour lui-même qu’en tant que support de mobilités vers des ailleurs plus ou moins lointains. Cela explique la revalorisation des centres qui permettent de relier la multiplicité des flux de toutes sortes, de fertiliser ces lieux par l’effet de leurs croisements. Cela permet aussi bien de comprendre que plus on maîtrise l’accès aux flux, plus on peut choisir librement son lieu de vie, élire celui qui offrira le plus d’aménités en évitant les compagnies indésirables.
Le périurbain se développe ainsi selon une logique de « clubbisation » (formule d’Eric Charmes) qui répartit les habitants dans des ensembles distincts à raison de leurs affinités sociales. Par contre, plus les lieux sont subis, plus ils deviennent synonymes de relégation. Cela vaut pour les périphéries lointaines mais aussi et plus encore pour les anciennes cités proches du centre mais privées de contact avec lui et devenant problématiques en raison de cette déconnexion.
La pauvreté des contacts avec le dehors y facilite les flux illicites, l’insécurité et la dégradation. Le problème de la citoyenneté n’y est plus que secondairement social. Il découle surtout, à présent, du contraste entre les espaces branchés sur la ville des flux et ceux dont les habitants se trouvent déconnectés de la ville. Il devient urbain.
Comment rétablir la connexion entre ces quartiers défavorisés et la ville des flux ? Une première voie s’est s’imposée comme une évidence. Elle consiste à dire : pour effacer cette coupure, faisons pénétrer la ville dans ces quartiers, rétablissons-y les règles de respect des autres et de l’environnement. Et, comme le respect de ces règles va mieux avec le statut de propriétaire, diffusons celui-ci parmi les habitants des cités sociales. Ou bien introduisons dans ces quartiers des membres des classes moyennes à la faveur de constructions nouvelles, attractives par leur prix, afin qu’ils donnent le ton aux autres habitants.
A raison des limitations rencontrées par cette voie de la responsabilisation, une autre voie s’est développée, depuis les années 1990, en Grande-Bretagne et en Europe du Nord, assez peu en France, où elle paraît restée dans les limbes. Elle consiste à rechercher la connexion entre la ville et ces quartiers en partant de ceux-ci, par une démarche de restitution à leurs habitants de ce pouvoir qu’ils ont visiblement perdu sur leur territoire, leur cadre de vie, par une manière de tramer entre eux et les forces du dehors les liens nécessaires pour qu’ils profitent des opportunités de la ville.
Cette voie peut être désignée comme celle de l’« empowerment » : élévation du pouvoir des gens sur leur vie, sur leur avenir. Elle se distingue de la précédente par l’accent qu’elle met sur le collectif. Puisque ne restent dans ces quartiers que ceux qui n’ont pas pu les quitter, elle porte à faire de cette incapacité de chacun séparément le ressort d’une force commune pour combattre l’installation dans une sous-citoyenneté à chacun des niveaux où celle-ci se fait sentir : civil, politique et social.
Comment permettre aux habitants de se réapproprier l’espace commun ? Suffit-il d’y faire circuler des unités de police, fussent-elles dites « de quartier » ? Avec celles-ci, les habitants gagnent en sécurité – et le disent – mais pas vraiment en liberté puisqu’ils restent prisonniers du conflit entre ces policiers et les jeunes qui les prennent à témoin de l’effet de harcèlement des contrôles qu’ils subissent.
La solution à ce malaise dépend, selon la voie de l’empowerment, de la décision des policiers de considérer qu’il est aussi de leur devoir de rendre compte aux habitants, et de manière régulière, de leurs activités, de leurs méthodes et de leurs résultats. Seul ce dialogue peut apporter le respect en plus de l’ordre et la capacité pour les habitants de se donner à voir et à entendre dans l’espace public.
Que faire pour redonner une dignité politique aux gens qui s’estiment déconsidérés par le seul fait d’habiter dans ces quartiers de relégation ? Les inviter à participer à la mise en oeuvre des politiques concernant leur habitat et leur environnement ? Oui, mais ce mot de participation recouvre tant de faux-semblants qu’il est devenu à peine prononçable. Il ne peut retrouver une crédibilité que s’il permet d’influer sur l’emploi des crédits destinés spécifiquement à leurs quartiers en tant que ceux-ci pâtissent d’un préjudice particulier.
La dotation de solidarité urbaine (DSU) est officiellement attribuée aux communes « à raison de l’évident déficit de la qualité de vie » offerte aux habitants dans certains quartiers. Reconnaître ce préjudice ne justifierait-il pas que soit accordé à ceux-ci un droit de peser sur l’usage de cette dotation dans le cadre d’un partenariat les réunissant avec les élus, les bailleurs et les prestataires de services ?
Comment lutter contre les effets de la ségrégation urbaine en matière de scolarité et d’emploi ? Plutôt que de se contenter d’arracher quelques jeunes à ces quartiers, mieux vaudrait tramer des liens méthodiques entre ces derniers et les opportunités présentes dans la ville, en termes d’emploi et de formation. Faire travailler ensemble les représentants de toutes les composantes de ces quartiers avec les responsables universitaires et les entrepreneurs, afin qu’ils mettent en place des parcours réalistes conduisant de la scolarité à l’emploi peut constituer le moyen d’une confiance retrouvée pour les habitants au niveau collectif parce qu’ils se verront effectivement reliés à la ville (comme le programme anglais aimhigher qui signifie littéralement : « viser plus haut »).
Entre ces deux voies – responsabilisation et empowerment – tout le problème est de trouver le meilleur équilibre entre les avantages de l’avoir individuel et ceux qui résultent du pouvoir collectif. Soit un souci qui a déjà présidé à chacune des déclinaisons – civile, politique et sociale – de la citoyenneté. Que signifie, en effet, l’avènement du suffrage universel, au XIXe siècle, sinon la nécessité de doter ceux qui ne disposent pas de l’avoir nécessaire pour échanger et s’exprimer d’un pouvoir de le faire en tant que sujets souverains, sauf à voir se perpétuer la violence émeutière. Et celle-ci joue bien le même rôle dans l’affirmation progressive de la citoyenneté sociale au milieu du XXe siècle.
Les droits sociaux fournissent alors un pouvoir aux salariés contre les méfaits de la domination industrielle que la seule citoyenneté politique ne permettait pas de régler. C’est bien le même déséquilibre qui réapparaît à la fin du XXe siècle avec les violences urbaines quand les droits sociaux ne suffisent plus pour intégrer une société où l’appartenance passe par l’aptitude aux connexions, par la disposition d’un capital social élargi alors que ceux qui le maîtrisent semblent portés à en restreindre le bénéfice pour leur seul usage. On peut alors étendre cet usage à la part « méritante » de ceux qui en sont exclus. Ou bien redonner les moyens d’une dynamique à l’ensemble de ceux-ci.
Les deux démarches sont objectivement complémentaires mais produisent des effets sensiblement différents selon que l’équilibre s’opère au bénéfice de la première ou de la seconde de ces voies. Dans le premier cas, les rares bénéficiaires servent de justification à une dénonciation des autres. Tandis que, dans le second cas, cela apparaît comme la récompense d’un effort partagé pour surmonter les fractures de la société urbaine. N’est-ce pas ainsi que se perpétue, au fil du temps, la distinction entre droite et gauche ?
A propos de l’auteur
Maître de conférences en science politique à l’université Paris-X Nanterre, Jacques Donzelot est conseiller scientifique au Plan urbanisme construction et architecture (PUCA) et reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes des questions sociales et urbaines. De 1990 à 1993, il a été évaluateur de la politique de la ville. Depuis janvier 2008, il dirige aux PUF une collection intitulée « La ville en débat ». Membre du comité de rédaction de la revue « Esprit », il a notamment publié « Faire société » (Seuil, 2003), « Quand la ville se défait : quelle politique face à la crise des banlieues ? » (Seuil, 2006) et, en 2009, « Vers une citoyenneté urbaine ? : la ville et l’égalité des chances » (Editions de la Rue d’Ulm) et « La Ville à trois vitesses » (Editions de La Villette)