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8 propositions de LGM en matière de prévention de la délinquance – Proposition n°4 : Le garage à Musique.

« La musique adoucit les mœurs »

Aristote, Politique, VIII

Depuis plusieurs années, l’ensemble des acteurs locaux (politiques, professionnels, représentants associatifs, etc.), déclarent que :

  • la culture est un élément essentiel et nécessaire au développement d’un individu,
  • la culture est par excellence un lieu de réconciliation de notre société,
  • la culture semble jouer un rôle essentiel de socle et de langage commun.
  • la culture comme étant notre seul « terrain de rencontre possible »
  • la culture est une valeur de tolérance parce que la culture suppose l’accueil de l’autre; une valeur d’égalité parce qu’il ne peut y avoir de culture que partagée ; une valeur de solidarité, car rien n’est plus puissant que le sentiment d’appartenance à une même civilisation,

et soulignent :

- le rôle fondamental de la culture dans la lutte contre l’exclusion sociale et la ségrégation urbaine dans les banlieues défavorisées,

- la grande diversité de la pratique culturelle, comme en témoigne le foisonnement du nombre d’activités d’expression de tous ordres en France,

- l’extrême attachement de la population française à sa culture ou aux cultures.

ATD /quart-monde concluait une de ses évaluations réalisées pour le C.E.S et portant sur la culture par ; « À notre insu, notre regard sur les personnes dites exclues se porte toujours sur leurs manques. Avec la création, il s’inverse. On voit leur richesse. Chaque fois, c’est une révélation ».

Toutes les politiques sociales ont comporté un volet culturel dont l’importance a grandi voire dans certains cas s’est affirmée. Et, nombreuses furent les expérimentations menées dans les quartiers. Elles initiaient des collaborations entre publics concernés, artistes et travailleurs sociaux. Des municipalités invitaient des artistes à animer des ateliers au pied des HLM, ou aménageaient des studios pour des danseurs, des comédiens, des peintres, etc. Des artistes se tournaient vers les périphéries des villes, à la recherche des « énergies paradoxales » de ces «quartiers jeunes ». Une culture des cités a même pu sembler vouloir se développer.

Il est vrai , que l’article 140 de la loi du 29 juillet 1998 (relative à la lutte contre les exclusions) stipule : « l’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs constitue un objectif national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté »  Mais diverses évaluations, objectivent un bilan plutôt mitigé quant à la réduction de la fracture sociale, sans doute en raison d’actions « au coup par coup » ou  à court terme.

Aujourd’hui, il faut soutenir et développer les initiatives culturelles en favorisant la mixité culturelle.

Pour y parvenir nous proposons d’utiliser le vecteur de la Musique comme outil de lien social et d’apprentissage partagé en commun. Prenant en considération les réussites et les évaluations positives  de diverses expériences (au Venezuela avec « El Sistema », au Canada avec « le nouveau Brunswig » en France avec « Démos ») La Gauche Moderne propose que soit développée une action nommée « Le Garage à Musique», joli nom d’une initiative canadienne.

1) Les expériences dans le monde :

L’exemple du Venezuela

« El Sistema »

El Sistema est l’appellation familière de la « Fundación del Estado para el Sistema Nacional de las Orquestas Juveniles e Infantiles de Venezuela, (Fesnojiv), l’une des institutions centrales de l’action en faveur des jeunes défavorisés dans ce pays d’Amérique latine de 30 millions d’habitants, parmi les plus doués et les plus dangereux du continent.

Antonio Abreu

Avant d’être une institution, mondialement reconnue, « El Sistema » a été l’initiative locale d’une personne, Antonio Abreu, qui a eu l’idée en 1975 de faire jouer de très jeunes enfants en formations de musique classique.

Quelques faits

Aujourd’hui 300 000 jeunes appartiennent au Sistema ; en proportion, 2 fois plus que l’ensemble des jeunes musiciens en France ; ils forment des dizaines d’orchestres symphoniques, des milliers de lieux de musique, ont formés des milliers de solistes et chefs, des dizaines de milliers de tuttistes, et des millions de musiciens amateurs ou auditeurs de musique.

L’exemple du Canada

Le Nouveau Brunswig : « À la suite d’une tournée d’apprentissage à Caracas, la FESNOJIV a accepté d’assister l’OJNB et de s’associer avec lui pour établir et élaborer un programme semblable au Nouveau-Brunswick et au Canada. Ce partenariat pourrait se traduire par :

o      Un programme de mentorat et des conseils ;

o      Des échanges en matière de recherche, de documentation et de propriété intellectuelle

o      Des possibilités d’échanges enseignants

o      Des échanges en matière de technologie et une collaboration ;

o      Des échanges de musiciens ;

o      Des échanges internationaux axés sur la musique et la culture »

Le Garage à musique

« Le Garage à musique est un projet à grande échelle de développement social par la pratique collective de la musique, que la Fondation du Dr Julien souhaite mettre en place d’ici septembre 2010. La force de l’approche proposée par le Garage à musique revient à la combinaison de l’exercice de la pédiatrie sociale en communauté développée par le Dr Gilles Julien, et de l’approche du Système national d’orchestre pour les enfants et les jeunes du Venezuela.

Le Garage à musique sera formé de trois composantes principales et indissociables :

  1. le suivi par le centre de pédiatrie sociale,
  2. la démocratisation de l’enseignement de la musique et sa pratique collective,
  3. l’accompagnement scolaire. »

2) Le retentissement dans le monde

La reconnaissance est tardive mais foudroyante :

« John Williams was quoted in the Venezuelan newspaper El Nacional on 5 November 2007: « This is something unique that has to be seen by the whole world…. [and] which we urgently need here [in the USA]. »”

3) En France

Même en France on ne dit plus « C’est bon là-bas », ni même « on a déjà ça depuis longtemps avec les harmonies et les écoles de musique ». Un exemple réussi est donné par l’Orchestre des jeunes DEMOS

http://www.conseil-creation artistique.fr/4.aspx?sr=1&CatID=1d37108f-afb1-4346-bbb9-9c0a51084b9b&ProdID=a9231759-49b5-4153-b41b-3eb05e1ea2f3

Extraits :

L’Orchestre des jeunes DEMOS est un projet d’éducation musicale et orchestrale rassemblant 450 jeunes âgés de 7 à 12 ans sans pratique musicale antérieure. Il a débuté en janvier 2010 et devrait être conduit jusqu’en juillet 2012.

Cette expérimentation est créée à l’initiative du Conseil de la création artistique, avec le soutien du Secrétariat d’État chargé de la Politique de la Ville (ACSÉ). Elle est coordonnée par l’Association de prévention du site de la Villette (APSV) et encadrée par des musiciens professionnels de l’Orchestre de Paris et de l’Orchestre Symphonique Divertimento (en résidence artistique dans la ville de Stains), des pédagogues – professeurs de conservatoires, musiciens intervenants (dumistes) – ainsi que des animateurs et des éducateurs sociaux. Elle bénéficie du concours pédagogique de la Cité de la musique, établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication.

À travers la collaboration entre les acteurs du monde culturel et du champ social, ce projet essaie, à sa manière, de pallier quelque peu les freins culturels, économiques et sociaux des quartiers urbains (au sens de la politique de la ville) et de créer du lien social dans ces quartiers dont le champ culturel mérite d’être renforcé.

Jeune violoniste avec son professeur

3) Propositions : Le garage à musique :  » une bonne note pour tous ». Non à la désintégration – Oui au garage a musique.

Le plus difficile est, sans doute, de résister à l’institutionnalisation en perdant toute spontanéité.

Deux propositions peuvent être retenues :

-  envoyer pendant un an quelques centaines de jeunes de France au Venezuela dans des structures de base pour qu’ils essaiment en revenant ; ou faire venir quelques centaines de jeunes vénézuéliens de terrain qui créeraient des formations à leur idée.

- élargir l’expérience réussie de l’APSV, c’est à dire l’expérience DEMOS, en la confiant aussi au ministère de l’Education nationale, de façon à pouvoir essaimer dans toute la France et travailler en lien avec l’école.

4)  Pourquoi la musique ?

Et pas la science (voir exemple de « la Main à la Pâte » http://www.lamap.fr/?Page_Id=50) ? Ou le sport ? Ou le théâtre ? Ou la danse ? Ou la littérature ? Ou les échecs ? Sans doute parce que les jeunes réagissent mieux quand on s’adresse à leur cœur, plus qu’à leur tête ou leur corps ?

La musique est un moyen pour éduquer les jeunes à la « citoyenneté », car faire partie d’un groupe (orchestre en l’occurrence) demande maîtrise de soi, respect, écoute de l’autre, discipline et rigueur. C’est une porte d’entrée à la Culture, que les chercheurs du CNRS décrivent en parlant de « symphonie neuronale ». Là où s’arrête le pouvoir des mots commence celui de la musique, disait Richard Wagner….

On remarque aussi que les projets culturels autour de la musique, même savante et classique, marchent très bien avec un fort support populaire : « La fête de la musique » devenue un succès planétaire ; les « Folles journées de Nantes » succès énorme en 15 ans, déjà « exporté » dans 4 autres capitales ; les petits festivals se multiplient en France et sont des succès dès leur lancement (exemple « Premier Festival de musique de chambre d’Obernai 2010″).Il semblerait que les autres voies se révèleraient plus laborieuses, malgré leur mérite.

Essayons en France de créer cette dynamique, non pas comme un nouveau système scolaire, mais comme une construction de terrain où les jeunes se font par eux-mêmes avec l’aide d’autres jeunes.