Articles avec le tag ‘cohésion sociale’
Roms : des exemples d’intégration –Nord Eclair – 22 novembre 2010.
Auto-construction à Turin, gitans espagnols à Valence, culture rom dans les écoles britanniques : des programmes qui ont fait leurs preuves ont été présentés à Lille alors que la justice se penchera demain sur la circulaire anti-Roms du 5 août qui avait fait un tollé.
Comment intégrer les familles roms d’Europe de l’Est ? Si la question est délicate à Lille, elle l’est aussi à Turin, Valence ou Leeds. Dans chaque ville, des associations, fondations ou collectivités tentent de faire face aux problèmes de logement, de chômage, d’illettrisme et de racisme. Le séminaire organisé mercredi à la gare Saint-Sauveur par la députée européenne Hélène Flautre a permis à des Nordistes d’échanger de « bonnes pratiques » avec des travailleurs sociaux européens venus présenter leurs initiatives locales.
Une maison pour faire le lien
Le bon exemple italien s’appelle Il Dado : une bâtisse abandonnée en banlieue de Turin transformée en jolie maison jaune qui fait la fierté du quartier grâce à un programme d’auto-construction. « Nous avons sélectionné huit familles et nous leur avons confié la rénovation du bâtiment, explique Olivier Alotto de l’association Terra del Fuoco. Aujourd’hui, les Roms cohabitent avec 2 Italiens et 5 jeunes stagiaires européens et tous les enfants vont à l’école. » L’initiative lancée en 2005 a déjà eu de nombreuses retombées positives. Dans la lutte contre le racisme d’abord. « Ce projet a permis de montrer qu’eux aussi peuvent vivre dans une maison, que s’ils vivent dans des bidonvilles ça n’est pas parce qu’ils sont nomades mais parce qu’ils sont pauvres ! Montrer des Roms au travail leur a aussi redonné leur dignité. Aujourd’hui, les voisins les remercient d’avoir embelli le quartier. » Autre avantage : l’auto-construction ne coûte pas cher. Les Roms (sans permis de travail) n’ont pas perçu de salaire, mais la promesse de pouvoir vivre à Il Dado pendant trois ans.
Pas de coût électoral non plus : le maire de cette commune a été réélu.
En Espagne, la fondation Secretariado Gitano joue la carte de l’expertise. Fondée pour s’occuper des Gitans d’Espagne, la structure s’est tournée vers l’Est en 2007 avec une question : « Est-ce que l’expérience d’intégration que nous avons avec les Gitans d’Espagne est utile pour les Roms d’Europe de l’Est ? », pose José Maria Picon. Un diagnostic mené dans 13 villes en 2007 révèle plusieurs différences. L’accès au travail est plus difficile en raison de la langue et d’un moratoire qui interdisait aux Roumains et aux Bulgares de travailler en Espagne jusqu’en 2009. Les enfants sont moins scolarisés et les questions de santé sont plus délicates. « Dans certaines communautés, les filles doivent absolument rester vierges avant le mariage : si on leur parle de planning familial, on court le risque qu’elles soient rejetées par leur famille ».
Les Britanniques de Leeds misent sur la vie scolaire pour intégrer des familles venues surtout de République Tchèque, Slovaquie et Pologne. Un éducateur rom slovaque employé par la Ville rencontre les parents pour leur expliquer l’importance de l’école et comment s’inscrire. « S’ils ne mettent pas leurs enfants à l’école ce n’est parce qu’ils ne veulent pas mais parce qu’ils ont d’autres problèmes par ailleurs et se méfient des administrations » , commente Eugen Bataz du GRTAS. « Dans les écoles publiques anglaises, il y a parfois des enfants de 20 pays différents, les Roms ne sont qu’une minorité en plus », témoigne sa collègue Claire Lockwood. La structure organise des fêtes dans les écoles pour mettre en valeur la culture rom.
« Ce séminaire vise à inscrire les acteurs de la métropole lilloise dans des réseaux reconnus », explique Hélène Flautre. La métropole a-t-elle l’intention de copier l’une de ces initiatives ? « Il existe déjà de bonnes pratiques chez nous, avec des projets d’auto-construction et surtout des villages d’insertion », remarque Malik Ifri, délégué à Lille Métropole, qui espère étendre l’expérience à d’autres villes de la métropole.
Un rapport souligne les difficultés de l’école à intégrer les enfants de l’immigration – lemonde.fr avec AFP – 24 octobre 2010.
L‘école a de plus en plus de difficultés à assurer ses missions d’intégration d’enfants d’immigrés, notamment dans les départements où ces populations sont surreprésentées, pointe le Haut conseil à l’intégration (HCI) dans un avis rendu public dimanche 24 octobre. Dans ce document de travail – mis en ligne par le Journal du Dimanche (PDF) et qui doit être remis dans sa version définitive au premier ministre en novembre – le HCI rappelle que « l’école républicaine » constitue « un espace d’intégration sociale » et que « l’école française doit exercer sa mission d’intégration culturelle ». « Toutefois, force est de constater qu’aujourd’hui, l’école française a de plus en plus de mal à exercer ces missions », déplore le HCI.
« COMMUNAUTARISME »
« Les transformations économiques et la paupérisation de populations, concentrées sur des territoires repérés, que des politiques pourtant volontaristes n’ont pas sortis de la précarité, mettent l’école en difficulté dans sa visée d’intégration », souligne l’avis. Le HCI observe qu’en France, la « proportion de jeunes issus de familles dont au moins un des parents est immigré, s’élève à moins de 20 % ». Mais, caractéristique de l’Hexagone, cette répartition est très inégale sur l’ensemble du territoire. « Ainsi, en 2005, les plus fortes concentrations départementales sont en (…) Seine-Saint-Denis (57 %), Paris (41 %), Val-de-Marne (40 %) et Val-d’Oise (40 %) », selon le HCI.
Là, « l’espace scolaire est fortement exposé aux tensions ethno-culturelles. L’école donne des signes de souffrance. Elle est aujourd’hui le lieu de revendications nouvelles qui ressortent de l’expression du communautarisme, d’une identité religieuse, voire, au rejet de la culture et des valeurs de la République française », s’inquiète le Haut conseil à l’intégration. Le rapport relève par exemple, dans certains collèges, les difficultés pour les professeurs d’histoire-géographie d’enseigner la Shoah ou l’histoire du Proche-Orient.
MESURES D’ACCOMPAGNEMENT
Les auteurs du rapport analysent l’efficacité des moyens publics mis en œuvre pour améliorer l’intégration et la réussite scolaire de ses élèves. L’Etat a déboursé 110 millions d’euros en 2010 pour financer le programme de réussite éducative prévu par la loi de cohésion soxiale, rappelle le HCI. Plus de 725 000 collégiens (près d’un tiers des effectifs) et 147 000 élèves du primaire en ont bénéficié en 2008-2009. Le HCI vante les mérites d’une démarche d’accompagnement individualisé des élèves en difficulté mais note le manque de coopération et d’informations entre les différents acteurs et l’absence d’évaluation des dispositifs.
Dirigé par Patrick Gaubert depuis fin 2008, le HCI a été institué par un décret du 19 décembre 1989 de Michel Rocard, alors premier ministre. Il a pour mission de « donner son avis et de faire toute proposition utile, à la demande du premier ministre, sur l’ensemble des questions relatives à l’intégration des résidents étrangers ou d’origine étrangère ».
Communautarisme, discriminations : l’école peine à intégrer les enfants issus de l’immigration – Pierre-Anthony Canovas – 26 octobre 2010.
Un rapport du Haut Conseil à l’Intégration pointe du doigt l’échec de l’école à intégrer les enfants issus de l’immigration.
Le constat est sans appel. L’école éprouve de plus en plus de difficultés à intégrer les enfants issus de l’immigration : tel est l’un des enseignements d’un document de travail du Haut Conseil à l’Intégration (HCI) dont la version définitive sera remise au Premier ministre en novembre.
Qu’ils soient « élèves nouvellement arrivés en France » (ENAF), au nombre de 34700 en 2008-2009, enfant dont l’un des parents seulement est immigré et qui deviennent français après naturalisation, ou en situation irrégulière, ils vivent souvent des situations comparables. Le document, disponible sur le site du JDD, l’analyse : « Les différences d’orientations et de cursus, le taux de redoublement ou la sortie du système scolaire sans diplôme affecte plus souvent les élèves issus de l’immigration que ceux qui ne le sont pas ». Jusqu’ici, rien de nouveau.
Intitulé « Relever les défis de l’intégration à l’école », le rapport note en revanche une montée du communautarisme. Il y est écrit que : « Les transformations économiques et la paupérisation de populations, concentrées sur des territoires repérés, que des politiques pourtant volontaristes n’ont pas sortis de la précarité, mettent l’école en difficulté dans sa visée d’intégration ». Pire encore, « l’espace scolaire est fortement exposé aux tensions ethnico-culturelles. Elle est aujourd’hui le lien de revendications nouvelles qui ressortent de l’expression du communautarisme, d’une identité religieuse, voire, au rejet de la culture et des valeurs et de la République française ».
« Appartheid scolaire »
Pour la sénatrice PS des Bouches-du-Rhône, Samia Ghali, d’origine algérienne, évoquer les seuls enfants issus de l’immigration n’a pas de sens : « L’école a de plus en mal à intégrer tout court ». La vice-présidente de la région PACA, qui a grandi dans un bidonville des quartiers Nord de Marseille est claire : « Aujourd’hui en France, nous sommes dans l’apartheid scolaire et même dans la ghettoïsation ». Et se désole que l’éducation ne soit pas une « priorité » du gouvernement actuel. Elle déplore le manque de financement alloué à l’Education.
Un constat que ne partage pas vraiment Philippe Dallier. Pour le Sénateur UMP de Seine-Saint-Denis, « Il faut arrêter de remettre encore et toujours sur la table la question du manque de moyens». Il poursuit : « Je crois qu’il faut se reposer la question d’un système éducatif en fonction des publics concernés. C’est la vraie question ». Le sénateur préconise un meilleur aménagement des classes. Car, rappelle-t-il, « dans les zones d’éducation prioritaire (ZEP), on s’aperçoit que le nombre d’élèves moyens par classe au collège, comme celles de mon département, tourne autour d’une vingtaine de personnes. Pourtant, en province, un collège qui est hors ZEP peut-être quelquefois en dessous de ce chiffre ».
Pour ce qui est des solutions envisageables, le sénateur s’interroge : « Est-ce que redescendre à une moyenne par classe de vingt élèves quand on a cinquante pour cent des enfants dont les parents ne parlent pas le français est suffisant?». Et de rajouter: « La réponse est clairement non ». Philippe Dallier pense que les causes de cette faiblesse sont lointaines : « C’est un échec de trente années de gouvernements successifs ».
Ce rapport évoque également le Programme de Réussite Educative (PRE) lancé en 2005 et prévu par la loi de cohésion sociale. Il est destiné aux enfants de 2 à 16 ans ne bénéficiant « pas d’un univers familial, social et culturel favorable ». Plus de 725.000 collégiens et 147.000 élèves du primaire en ont bénéficié en 2008-2009. En 2010, l’Etat a financé ce plan à hauteur de 110 millions d’euros.
ARTICLE HAUT CONSEIL À L’INTÉGRATION PHILIPPE DALLIER PS SAMIA GHALI SEINE-SAINT-DENIS UMP
Psychodrame de défiance – Claude Imbert, Le Point, 21 octobre 2010.
Depuis longtemps le peuple français, le plus pessimiste d’Europe, broie du noir. Le conflit des retraites en remet une sacrée couche.
Dans ce psychodrame de la dépression française, les syndicats courent d’abord derrière une base indocile, puis derrière une opinion gagnée par le malaise. Et, pour finir, ils courent derrière une jeunesse malade de son avenir. Spectacle pitoyable qu’encense le jeunisme, marqueur des sociétés flageolantes.
Quant au pouvoir, acculé par la menace d’une faillite nationale, il court, lui aussi, derrière une rigueur inéluctable. Il la concède par lambeaux, empêtré par la sarkophobie déferlante des maîtres-penseurs et des saltimbanques. Dans cette foire d’empoigne, les maquignons de la chose publique se disputent les enchères de la colère et du chagrin. C’est le grand charivari avec sa volée de casseurs et son envolée de slogans en baudruche : Mai 68 s’enflait de l’utopie libertaire ; octobre 2010 s’enfle de l’utopie égalitaire (les » riches » paieront). L’illusion qui a poignardé le XXe siècle !
Un vice envahit la démocratie française : celui du pouvoir de la rue sur celui des urnes. En agitant la comptabilité débile des défilés, une doctrine rampante oppose la » légitimité » populaire à la légalité d’un pouvoir élu. Et – vieux tambour maurrassien ! – le pays réel au pays légal. Malgré la mandature raccourcie du quinquennat, des apprentis sorciers se gargarisent – avec du » peuple » plein le gosier – d’une sorte d’appel souverain qui abolirait les décisions entérinées par le vote. N’y aurait-il donc qu’un peuple en France, celui des grévistes ? Celui qui assèche les pompes à essence et rêve d’un coma économique national ? Celui de l’insoumission à la volonté nationale au gré d’une fièvre d’opinion ? Allons donc ! Derrière ces trompe-l’oeil, l’aventure rôde en coulisses.
De gros malins suggèrent benoîtement l’usage du référendum. Outre que les textes le régissant ne sont pas promulgués, on voit bien que, sur une réforme des retraites, la technique manichéenne – oui ou non – du référendum patinerait. Pourquoi ? Parce que la majorité des opposants à la réforme proclament eux-mêmes la nécessité d’une réforme, mais d’une autre… Laquelle ? Comment soumettre à ce » oui ou non » un débat par nature complexe ? Si le Parlement existe, avec ses deux chambres dont on vient de renforcer les pouvoirs, c’est justement parce que le peuple lui confère moyens et capacités de comparer, discuter, amender les perspectives d’un projet exécutif.
On n’oubliera pas, de surcroît, la propension française de moins répondre, par référendum, à la question posée que pour ou contre le pouvoir en place. En plein accès de fièvre antiréformiste, nul doute que les Français ne voteraient pas comme des Suisses qui, sur la durée du travail ou l’assurance-maladie, rejetèrent la démagogie : ils voteraient contre Sarkozy. Alors, adieu la réforme ! Et bonjour les précipices !
Ce débat inquiétant et de moins en moins oiseux sur la légitimité du pouvoir légal lève un sacré lièvre : celui de l’empire anarchique de l’opinion. Le pouvoir légal ne respire, lui, qu’avec un oxygène : la confiance maintenue dans les institutions. Or de bons esprits (1) s’inquiètent de découvrir, chez nous, les germes d’une » société de défiance généralisée « . Et les signes d’une tension dangereuse pour l’équilibre démocratique.
D’un côté, le citoyen use de plus en plus des facultés critiques de l’individualisme croissant. De l’autre, il se trouve de plus en plus dépendant des autres dont il subit l’empire dans la complexité scientifico-technique de nos sociétés. Comme dans la complexité législative, administrative, économique et financière des démocraties développées.
Ainsi le citoyen développe-t-il, dans son exubérance critique, le droit de tout juger par lui-même. Tandis qu’il maîtrise de moins en moins les ressorts multiples et complexes de la machinerie sociale. Une contradiction périlleuse dont tous les visionnaires de l’avenir démocratique pressentirent le risque. D’un côté la tentation d’une dénonciation radicale de l’autorité et, de l’autre, la pression multiforme d’un intérêt collectif mal compris. Et dévalué par la médiocrité ou l’exhibitionnisme indécent de ceux qui le représentent.
Dans l’affaire des retraites – un cas d’école ! -, l’individu, affranchi d’une confiance consentie à l’autorité élue, refuse les évidences mathématiques du mécanisme de répartition. Mais d’abord parce que sa confiance dans les politiques, les économistes, les juges, les médias n’a cessé de s’éroder. Or la confiance est le fondement démocratique de l’ordre social et national. Les élus doivent en être dignes. Les individus doivent ne pas la refuser par emportement. La démocratie est un privilège précaire de la civilisation : elle se mérite.
Claude Imbert
1. Dominique Schnapper, et » Le contrat de défiance « , de Michela Marzano (Grasset).
Un rapport souligne les difficultés de l’école à intégrer les enfants de l’immigration – LEMONDE.FR avec AFP – 24.10.10.
L‘école a de plus en plus de difficultés à assurer ses missions d’intégration d’enfants d’immigrés, notamment dans les départements où ces populations sont surreprésentées, pointe le Haut conseil à l’intégration (HCI) dans un avis rendu public dimanche 24 octobre. Dans ce document de travail – mis en ligne par le Journal du Dimanche (PDF) et qui doit être remis dans sa version définitive au premier ministre en novembre – le HCI rappelle que « l’école républicaine » constitue « un espace d’intégration sociale » et que « l’école française doit exercer sa mission d’intégration culturelle ». « Toutefois, force est de constater qu’aujourd’hui, l’école française a de plus en plus de mal à exercer ces missions », déplore le HCI.
« COMMUNAUTARISME »
« Les transformations économiques et la paupérisation de populations, concentrées sur des territoires repérés, que des politiques pourtant volontaristes n’ont pas sortis de la précarité, mettent l’école en difficulté dans sa visée d’intégration », souligne l’avis. Le HCI observe qu’en France, la « proportion de jeunes issus de familles dont au moins un des parents est immigré, s’élève à moins de 20 % ». Mais, caractéristique de l’Hexagone, cette répartition est très inégale sur l’ensemble du territoire. « Ainsi, en 2005, les plus fortes concentrations départementales sont en (…) Seine-Saint-Denis (57 %), Paris (41 %), Val-de-Marne (40 %) et Val-d’Oise (40 %) », selon le HCI.
Là, « l’espace scolaire est fortement exposé aux tensions ethno-culturelles. L’école donne des signes de souffrance. Elle est aujourd’hui le lieu de revendications nouvelles qui ressortent de l’expression du communautarisme, d’une identité religieuse, voire, au rejet de la culture et des valeurs de la République française », s’inquiète le Haut conseil à l’intégration. Le rapport relève par exemple, dans certains collèges, les difficultés pour les professeurs d’histoire-géographie d’enseigner la Shoah ou l’histoire du Proche-Orient.
MESURES D’ACCOMPAGNEMENT
Les auteurs du rapport analysent l’efficacité des moyens publics mis en œuvre pour améliorer l’intégration et la réussite scolaire de ses élèves. L’Etat a déboursé 110 millions d’euros en 2010 pour financer le programme de réussite éducative prévu par la loi de cohésion soxiale, rappelle le HCI. Plus de 725 000 collégiens (près d’un tiers des effectifs) et 147 000 élèves du primaire en ont bénéficié en 2008-2009. Le HCI vante les mérites d’une démarche d’accompagnement individualisé des élèves en difficulté mais note le manque de coopération et d’informations entre les différents acteurs et l’absence d’évaluation des dispositifs.
Dirigé par Patrick Gaubert depuis fin 2008, le HCI a été institué par un décret du 19 décembre 1989 de Michel Rocard, alors premier ministre. Il a pour mission de « donner son avis et de faire toute proposition utile, à la demande du premier ministre, sur l’ensemble des questions relatives à l’intégration des résidents étrangers ou d’origine étrangère ».
Entreprises, salariés : le coût du conflit social – Nord Eclair – 24 octobre 2010.
Depuis une semaine les entreprises doivent composer avec le mouvement social. Une situation de désorganisation généralisée qui pourrait peser sur les bilans financiers dans les semaines à venir.
Près de 500 000 E. C’est l’estimation de la perte économique sur le chantier du Louvre-Lens après quatre jours de blocage. « La semaine est morte. Et le retard va être difficile à rattraper », explique Joël Jakuboszczak. Il a relancé le chantier jeudi, mais le planning a été chamboulé : des livraisons de béton, coffrages et poutres ont été renvoyées, voire « annulées ». Sur le chantier du Grand stade, à Lezennes, on craint aussi la pénurie de carburant et le retard des livraisons. « Mais il n’y a aucune gêne significative pour l’instant », assure Bertrand D’Hérouville, président de la société concessionnaire Elisa. Même réflexion chez Roquette, le producteur d’amidon basé à Lestrem, pourtant touché par des blocages, mardi : chaque jour, 5 à 7 trains approvisionnent l’usine en matières premières, et 600 camions exportent les produits finis vers les entreprises agroalimentaires. Le roulement est « plus difficile » , reconnaît Marie-Laure Empinet, porte-parole de Roquette : « on doit trouver chaque jour des solutions pour contourner la grève » . Quitte à passer par les transporteurs et routes belges…
Un coût difficile à chiffrer
Ce sont les questions de logistiques qui mobilisent le plus les énergies. « À part ça, il est difficile de chiffrer les pertes économiques », expliquent de concert les patrons de Cap Gemini et de Awak’it. Les deux entreprises, hébergées à Euratechnologies, sont confrontées aux problèmes en cascade : rendez-vous parisiens manqués, clients bloqués dans les gares, salariés en retard, Antoine Senecaut, patron d’Incinéris, spécialisée dans la collecte et l’incinération de déchets spéciaux auprès des cliniques vétérinaires, résume : « nous sommes pris entre la contrainte sanitaire, qui nous oblige à collecter les déchets dans un temps donné, la contrainte sociale, qui fixe les règles de repos des chauffeurs, et la contrainte commerciale, avec des clients parfois mécontents ». À Lezennes, au siège social de l’entreprise, qui compte 150 salariés en France, il a mis en place une « hot line » interne à destination des chauffeurs. « Ils appellent pour savoir où trouver du gasoil, connaître les points de blocage ou réserver un hôtel s’ils sont bloqués pour une nuit ». Il s’inquiète des conséquences à moyen terme, jugeant que « la désorganisation de nos structures, cette semaine, aura un impact encore pendant plusieurs jours ». Concrètement, le coût est difficile à mesurer. Antoine Senecaut cite, pêle-mêle : les heures supplémentaires, les kilomètres parcourus en quête d’essence, les nuits d’hôtel, et « le prix du carburant qui a augmenté. »
« Les plus fragiles
vont payer les premiers »
Patron des patrons de la région, Jean-Pierre Guillon juge que ce conflit tombe au plus mauvais moment. Encore groggy par la crise, « l’économie présentait depuis trois mois un début de reprise », qui « serait remis en cause si les perturbations devaient perdurer.
(…) Ce sont les plus faibles qui vont payer en premier », soit les secteurs industriels déjà fragilisés. J.-P. Guillon n’hésite pas à avancer la possibilité du « chômage technique dans certaines entreprises ». C’est l’impact en terme d’image qui l’inquiète. « On crée des images négatives » qui, ajoutées aux blocages, « aggravent le problème de la compétitivité des entreprises. Il y a des gens qui hésitent à passer commande à des entreprises françaises ». La Confédération générale des PME, elle aussi, tire la sonnette d’alarme : « des centaines de milliers de PME tournent au ralenti tandis que d’autres sont sur le point de cesser leur activité ».
L’organisation patronale rejoint Jean-Pierre Guillon sur un autre point : le durcissement du rapport de force « se traduira en perte de chiffre d’affaires et les entreprises les plus fragiles risquent de disparaître entraînant des pertes d’emplois. » La FNTR Nord (Fédération nationale du transport routier) insistait également, jeudi, sur les perturbations dans le secteur du transport.
« Sans carburant, le transport routier ne peut plus assurer sa mission d’approvisionnement des usines et des magasins. » Une perspective qui, pour l’instant, n’est encore qu’une crainte en cas de maintien des actions de blocages sur les réseaux routiers et ferroviaires.
Côté grévistes, comme côté commerces : les comptes ne seront pas bons
Ce matin-là, devant le MIN de Lomme, c’est un peu « la France qui se lève tôt » face à « la France qui grève tôt », l’envie de faire son boulot ou de défendre sa retraite. Avec une question, partagée : combien tout ça va coûter, au final ? Il est 5 h30, dehors, un froid de gueux. 12 jours de grève dans les jambes pour certains, la fatigue de la lutte contre la réforme. De l’autre côté des braseros, des camions à l’arrêt, des petits pains en stand-by et des côtes de boeuf sur le flanc. Mélange de sympathie mutuelle et de tension. Chacun a ses motivations. Et s’il est difficile de prédire la tournure du conflit, une chose est acquise, il va laisser des traces sur les comptes en banques et sur les bons de commandes. Olivier est logisticien au port de Lille. « J’en suis à mon 4e jour de grève. À 65 E par jour, sur un salaire de 1 300, vous savez compter. Je vais arriver à 1 000 E. Là, la prochaine fois je vais peut-être m’abstenir, quitte à revenir après dans le mouvement ». Il y a des traites à payer, des besoins auxquels subvenir, faire bouillir la marmite. « Plus rien à perdre » « C’est clair qu’il va falloir se serrer la ceinture », témoigne pour sa part Nathalie, salariée d’une société de nettoyage à Seclin. Elle travaille à temps partiel, pour 960 E par mois et vient d’enchaîner 5 jours de grève. Pas des jours gâchés pour autant. « On doit le faire. On doit aller jusqu’au bout. On gagne pas lourd. Mais c’est pour notre avenir et celui de nos enfants qu’on se bat ». Le coeur militant bat fort, mais le coeur de maman n’est pas loin. « On dort pas beaucoup, c’est sûr. On préférera se priver nous, manger des pâtes ou du riz, mais nos gosses ne manqueront de rien. Mais il faut qu’on gagne. De toute façon, on n’a plus rien à perdre ». Christiane, cheminote à son 9e jour de grève, reconnaît que le sacrifice financier n’est pas mince. « En avril, j’ai déjà fait grève 15 jours. Ca m’a coûté 750 E et j’ai mis trois mois à m’en remettre. Bon là, c’est l’automne, il y a les impôts locaux. On va devoir s’arranger avec la banque ». « Ou on paiera plus tard ! On sait qu’on va prendre 10 %. Mais on s’en fout. C’est la galère toute l’année de toute façon… », lance un autre salarié, bravache. « Risque de perte sèche » De l’autre côté, dans son petit bureau, Gérard Masse, patron de Lille Volailles, jongle avec son téléphone. « On est obligé de dire à nos clients de retarder leur venue, nos livreurs font des détours pour éviter le blocage… On perd du temps et de l’argent. Mais honnêtement c’est plus nos nerfs que ça enquiquine ». Yannick, de Lomme Boulangerie, est plus inquiet. « On accumule des retards de livraison et nos matières premières n’arrivent pas. Or c’est pour le week-end qu’on produit le plus. Le risque, c’est la perte sèche. Or notre situation économique n’est pas brillante. On n’a pas beaucoup de trésorerie ». Didier Delmotte, élu PS de Lomme et directeur du MIN est pris entre deux feux. « Je comprends les manifestants. Mais je comprends aussi mes commerçants. Le contexte n’est pas brillant, et on sait que la nourriture est devenue une variable d’ajustement pour les gens. La perte occasionnée par ce genre d’action est difficile à chiffrer. Mais notre chiffre d’affaires de 2009 (1,8 milliard d’euros) devrait être en baisse ». Et les blocages n’arrangent rien, selon le responsable du MIN. Ce matin-là, à Lomme, la France qui se lève tôt et la France qui grève tôt pouvaient s’entendre sur une chose : les actions « coups de poings » ont un coût qui tombe tout sauf à point.
Pour les syndicats aussi, la grève a un coût
Les organisations syndicales sont mobilisées depuis plusieurs mois contre le projet de réforme des retraites. Et l’action commence à peser aussi sur le budget revendicatif de celles-ci. Du coup, de ce côté-ci aussi, on compte… «On a explosé notre compte revendicatif ». Pour Pascal Catto, le responsable régional de la CFDT, comme pour tous ses alter ego syndicaux de la région, le constat est le même : la mobilisation a généré, depuis le mois de mai, des coûts non-négligeables. Difficile d’obtenir des chiffres précis en la matière toutefois. « Je ne sais pas dire combien, mais entre les bus, 600-700 E, pour les manifestations, les tracts, oui, ça fait des sommes importantes. Mais on a le budget prévu pour cela et s’il le faut, on s’organise différemment », témoigne Vincent Delbar de la CGT Nord. « La seule chose qu’on a bien rentabilisée, c’est la banderole intersyndicale », sourirait presque Pascal Catto. « Le matériel de manif, les drapeaux, ça, on les a depuis un moment, explique Fabian Tosolini, de la CFDT-Cheminots. Après, pour ce qui est tracts, environ 2 500 par parution, on s’organise… C’est pas la mer à boire non plus. Et puis il y a Internet, et énormément de bénévolat ». À Sud-Solidaires, on commence aussi à ressentir les effets de la mobilisation. « C’est énorme à notre niveau. Du coup, on va sans doute être obligé de serrer le budget prévu pour les campagnes d’élections professionnelles à venir », témoigne Éric Santinelli, de Sud Rail. Le troisième syndicat de cheminot indique aussi avoir mis en place une caisse de grève, « pour venir en soutien, le cas échéant, aux camarades grévistes, les plus précaires ». « Mais l’idée n’est pas du tout de compenser toutes les journées perdues. Ça laisserait croire aux gens qu’ils peuvent faire grève par procuration, puisque les grévistes sont quand même payés ». Le responsable de Sud Rail dans la région parle plutôt d’une somme de 100 à 150 euros, forfaitisée « parfois pour finir le mois ». Quand la grève… grève les budgets.
SÉBASTIEN LEROY
Quand c’est la France qu’on stigmatise.
J’ai grandi et même muri bercé par la musique tzigane. Dans ma vie de débauché, j’ai écumé les cabarets russes jusqu’au petit jour bien avant la fin du communisme, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. A chacun ses grands soirs, les miens étaient très exaltés et imprégnés de vodka russe servie dans des petits verres glacés. J’ai toujours ressenti une forte connivence à l’égard de cette culture qui a propagé ses chants dans toute l’Europe de l’est et qui constitue un trait d’union entre les peuples slaves Je m’en sens très proche, par tempérament, par affinité.
Les chants du Yddishland n’en ont jamais été fortement éloignés. Je sais le lourd tribut payé par les tziganes dans les camps d’extermination. Serait-ce une raison pour laisser accroire que la politique de reconduite actuelle des populations roumaines nomades souvent désignées par l’épithète de « roms puisse présenter une quelconque analogie avec les abominations de Vichy. Les français de confession israélite préalablement déchus de la fonction publique et même de la citoyenneté se voyaient-ils remettre 200 euros par personne et 100 euros par enfant à Drancy avant d’être conduits dans les camps de la mort ?
Qui peut accepter sans sourciller que l’on débite pareille infamie comparatrice?
Les dirigeants de l’opposition et Dominique de Villepin lui-même se déshonorent en osant procéder à cette analogie pestilentielle qui est une offense pour la mémoire des déportés et de leurs descendants.
Cette reductio ad hitlerum que nous subissons depuis des décennies est inqualifiable et insupportable, elle tient du chantage idéologique permanent et latent et justifie des excommunications qui ont un relent de totalitarisme. Beaucoup en ont fait les frais, et beaucoup sont visés de Finkielkraut à Claude Allègre, de Renaud Camus à Michèle Tribalat, de Robert Redeker à Eric Zemmour il ne fait pas bon de s’écarter de la ligne du bien,. Chaque fois que quelqu’un a signifié la moindre critique l’égard du catéchisme de cette regrettable gauche morale, il a subi la fièvre imprécatrice ce clergé d’inquisiteurs toujours prêts à leur signifier un prompt bannissement.
Adieu Régis Debray, et chassons le Chevènement qui est dans nos têtes s’exclamait l’immense Bernard-Henri Lévy quand les républicains des deux rives osaient mettre en doute la légitimité de la guerre du Kossovo.
Qui peut oublier les philippiques de Philippe Sollers contre les nostalgiques de la France moisie permettant de jeter la même opprobre grossière sur des auteurs aussi divergents que Péguy, Barrès ou Maurras. C’est toute l’élite de la gauche établie tapie derrière ces hussards gris de la repentance qui reniait le patriotisme républicain de Jaurès et des grands hommes de la gauche républicaine du 19ème siècle. .Ils oubliaient dans le même temps face à la montée de la délinquance et des violences urbaines le sens profondément républicain de la formule d’Auguste Compte, père du positivisme : Ordre et progrès. Ils bradaient leur héritage au nom de quelques sornettes soixante-huitardes frappées d’obsolescence.
Quand Sarkozy invoquait Jaurès, il avait raison, il renvoyait les amnésiques à la crudité de leur refoulement. Cette descente aux enfers de l’ignorance et de la manipulation des esprits est hélas loin d’être terminée. C’est le terreau fertile d’un antisarkozysme pavlovien qui balaye très large de Besancenot à Villepin. L’esprit Canal fait flores. Il n’a pour seul carburant que une haine déversée par tombereaux en direction de la personne de Nicolas Sarkozy. Cette meute des hommes du ressentiment n’a aucune gêne à mettre à mal la fonction présidentielle qui est une pièce maîtresse de notre édifice symbolique en Vème République. Mais les apprentis sorciers n’en ont cure, ils considèrent la république soit comme une pièce de musée, soit comme une construction juridique. Ils n’en ont jamais perçue la dimension transcendantale qui a permis au peuple français en dépit des épreuves de rester debout et uni par une communauté de destin. Ils ont perdu le sens de l’histoire, ce point d’articulation subtil entre la nation française et la Répuiblique qui lui est postérieure. Car la nation française celle du sacre de Reims perdure dans la République de Valmy et du au Mont-Valérien.
Mais un saut supplémentaire dans l’ignominie a été franchi après les insinuations scabreuses de Madame Reding, commissaire européen à la justice, comparant le traitement des Roms en France à celui des juifs durant la seconde guerre mondiale.
Qu’il y ait eu une maladresse dans la rédaction d’une circulaire est une chose, mais cette débauche d’idéologie compassionnelle ne peut dissimuler la démagogie qui l’inspire. Les Roms bénéficieraient donc d’un droit collectif à émigrer de leur pays d’origine –entré dans l’Union européenne- pour échapper à une condition trop indigne, mais les pays d’accueil se verraient interdits d’appréhender ce phénomène migratoire de manière collective, sous peine de se rendre coupable de stigmatisation, de discrimination à l’encontre de cette minorité. Une telle asymétrie est insupportable.
La commission européenne serait bien inspirée de modérer ses propos contre la France, car cet épisode révèle la complexité d’une situation imputable à une entrée précipitée et mal négociée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’union européenne en 2007. La France au nom de la libre-circulation intra-européenne devrait-elle se résoudre à accepter la renaissance de bidonvilles aux portes de ses villes et à prendre en charge une population miséreuse instrumentalisée par les organisations maffieuses qui les programment pour la délinquance.
La circulaire du Ministère de l’intérieur tant décriée était peut être maladroite dans sa rédaction, mais elle a sa logique. Ce n’est pas sombrer dans les « heures les plus noires de notre histoire » que d’organiser le démantèlement des campements sauvages et d’effectuer des reconduites à la frontière à l’égard d’une population difficilement intégrable et susceptible de porter atteinte à l’ordre public. La bienveillance sans limite et sans frontière est l’apanage des belles âmes qui ne seront jamais confrontées à la dure réalité du terrain. Ce n’est pas suffisant pour couvrir la France de tous les péchés ni la traîner devant le TPI.
Je ferai remarquer qu’il paraît essentiel de mettre les autorités roumaines devant leurs responsabilités pour trouver une solution afin d’endiguer un flux de migration générateur de grandes difficultés pour l’ensemble des pays d’accueil au sein de l’Union européenne. Enfin pour conclure, il est consternant de voir les dirigeants de l’opposition serrer les rangs derrière Madame Reding pour stigmatiser à travers la personne de Nicolas Sarkozy leur propre pays. On est droit d’analyser ce zèle européen comme un manque de loyauté à l’égard de la France. Les électeurs en jugeront le temps venu par eux-mêmes.
Je sais disant cela que certains au sein de la Gauche Moderne ont ressenti un trouble tout au long de cette polémique estivale délétère. Je veux seulement leur dire de serrer les rangs et de ne pas se laisser intimider par les outrances et la stratégie de culpabilisation ourdie à tout propos par une opposition qui invoque la morale en permanence pour mieux s’en débarrasser. Ainsi la gauche des années 80 a joué avec l’antiracisme et le droit à la différence sans se rendre compte qu’elle faisait le lit du communautarisme. Ainsi se refusait-elle à adopter un principe clair sur le port du voile à l’école, au risque de faciliter la propagation d’un islamisme spirituellement appauvri, hostile aux lois de la République et animé par un désir de prosélytisme conscient et assumé. Ainsi, pouvait-on voire le Parti Socialiste organiser d’une main les grandes messes de l’antifascisme et de l’autre introduire une dose de proportionnelle qui permit au Front National de siéger à l’Assemblée.
Etait-ce là la manifestation d’une exigence morale inflexible et irréfutable ? Il est bien temps de refonder une gauche honnête, sérieuse émancipée de cette hypocrisie qui masque la vacuité politique et intellectuelle de l’opposition. La France ne peut être mise sous tutelle par les professionnels des bons sentiments qui n’ont de cesse de pratiquer le déni du réel. Elle doit pouvoir écrire librement son histoire, celle du 21ème siècle.
Gérard Delahaye
La réalité en face.
Existe-t-il une délinquance ethnique ? Si oui, a-t-on intérêt à l’étudier et pour quels objectifs ? Les sociologues français s’opposent de plus en plus autour de ces questions. Dans un livre paru aux éditions du Seuil, Le déni des cultures, Hugues Lagrange explore ce lien entre immigration et délinquance, soulignant une surreprésentation des jeunes issus de l’Afrique sahélienne dans les activités délictuelles.
On peut s’étonner que le simple fait de s’interroger sur la visibilité ethnique de la délinquance fasse l’objet d’une controverse. Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, réfute, dans Le Monde du 14 septembre, la thèse d’une délinquance aux origines culturelles, insistant sur le caractère multifactoriel de cette dernière.
Au-delà du débat scientifique, et des contradictions naturelles qui en naîtront, le fait d’analyser le lien entre délinquance et ethnicité paraît urgent car il est absolument nécessaire d’éviter de laisser ce champ libre aux seules expressions d’extrême-droite. Par définition, un non-dit est pus violent lorsqu’il est claquemuré que lorsqu’il est en débat.
Le populisme touche plus facilement les pauvres gens que ceux qui s’arment des outils de la connaissance, de la civilisation. Les maires des communes difficiles sont démunis face à la question ethnique, alors qu’elle est essentielle à la cohésion de tout corps social et qu’un brin d’intelligence dans l’aménagement des territoires ne serait pas de trop face à cette difficulté. Si dire la réalité s’apparente à pactiser avec le diable lepéniste, alors oui, on peut redouter que la bombe sociale explose à la figure de ceux qui n’auront pas mené les bons diagnostics. Qu’on se le dise et qu’on se le rappelle régulièrement : la question ethnique est au cœur de la ghettoïsation gauloise, ce reflux communautaire qui est la conséquence de l’échec de l’intégration sociale des jeunes issus de l’immigration.
Tous les voyants sont au rouge : une discrimination galopante, des Marseillaises sifflées lors de matchs internationaux supposément montés au nom de la réconciliation historique (avec de jeunes Beurs évoluant dans l’équipe nationale !), une guerre des civilisations si caricaturalement bushienne qu’elle engendre une riposte caricaturale, une droitisation sarkozyenne qui fait son footing sur la question Rom, plus réunificatrice dans le rejet populiste, avant, sans doute, de s’attaquer à la question maghrébine dans la dernière côte de l’élection présidentielle pour distancer la redoutable Marine Le Pen, etc.
Bref, nous avons besoin des Roché, Bronner, Mucchielli et autres Lagrange pour charpenter un point de vue audible dans le grand déballage populiste qui s’annonce. Leurs travaux relèvent de la salubrité publique intellectuelle.
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Les milliards de l’UE pour les Roms sous-employés –Claire Gallen – Le Figaro – 17 septembre 2010.
Sur la période 2007-2013, 17,5 milliards d’euros ont été affectés à des mesures en faveur des Roms et des autres populations défavorisées. Avec des résultats plus que mitigés.
Au-delà des tensions diplomatiques, la polémique entre Bruxelles et Paris aura mis en lumière les difficultés récurrentes de l’intégration des Roms en Europe. Un problème qui mobilise des sommes et une énergie considérables, pour un résultat jugé décevant.
Les Roms sont aujourd’hui la première minorité ethnique en Europe, avec une population estimée entre 10 et 12 millions de personnes. Leur intégration est l’un des grands chantiers de la Commission qui, depuis 2008, organise tous les deux ans des «sommets sur les Roms». Et s’inquiète régulièrement de la discrimination dont ils sont l’objet.
Les efforts de l’Espagne
Les anciens pays de l’Est sont abonnés aux critiques. En 2009, Bruxelles s’était déclarée «très inquiète» de violences ciblant les minorités roms en Hongrie, entre autres pays. La Roumanie, qui accueille la plus forte population en Europe avec 1,8 million de personnes, est régulièrement accusée par les associations de vouloir se débarrasser de ses Roms. En 2007, la Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la République tchèque pour discrimination envers les Roms, dont elle envoyait les enfants dans des écoles destinées aux handicapés mentaux.
«Derrière les petits jeux polémiques, il y a le sort de 11 millions de personnes dont on ne s’est pas occupé depuis la chute du mur de Berlin», tonnait en début de semaine le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche. «La France se retrouve en accusation parce qu’elle est la première à en parler.»
Pour favoriser leur intégration, ce n’est – en théorie – pas l’argent qui manque. Sur la période 2007-2013, quelque 17,5 milliards d’euros ont été affectés dans 12 États membres à des mesures en faveur des Roms et des autres populations défavorisées. Avec des résultats plus que mitigés au regard de l’ampleur de l’effort demandé aux fonds communautaires (Fonds social européen, Fonds agricole pour le développement rural, Fonds de développement régional). «L’argent est là, le problème est qu’il est très peu utilisé», note une source diplomatique.
Selon une récente analyse interne de la Commission, l’Espagne est le pays qui a prévu de débloquer les sommes les plus importantes pour les Roms, alors qu’ils ne représentent que 1,6 % de sa population. La Roumanie n’aurait pour sa part budgété que 38 millions d’euros pour des programmes visant spécifiquement cette minorité, alors que les montants prévus au titre du Fonds social européen atteignent 2,2 milliards d’euros. En Pologne, les sommes prévues uniquement pour les Roms sont de 22 millions, alors que les fonds européens dépassent 1,7 milliard.
Pour tenter d’y voir plus clair, la Commission a créé le 7 septembre une «task force» chargée d’évaluer l’utilisation des fonds et d’identifier les moyens d’améliorer leur efficacité. L’idée est notamment de vérifier «que les fonds sont vraiment dépensés dans des programmes pour les Roms», note-t-on à la Commission. Les premiers résultats doivent être présentés avant la fin de l’année.
Négociations bilatérales
En attendant, ce manque de visibilité fait grincer des dents. «Des transferts de fonds massifs ont été mis en place entre l’Ouest et l’Est. Si maintenant on dit que c’est l’Ouest qui doit encore payer, alors l’Europe est en danger», tonne Pierre Lellouche. Pour le ministre français, «ces pays feraient mieux de s’occuper de ces gens plutôt que de les laisser s’installer dans des conditions épouvantables dans d’autres pays».
Mais, à moins de violer les textes européens, aucun pays ne peut refuser d’intégrer les Roms sur son sol. S’il veut convaincre un autre État de garder ses ressortissants, il doit passer par des négociations bilatérales. C’est ce que fait la France avec la Roumanie, qui ont convenu la semaine dernière d’un plan d’action commun. Concrètement, outre les moyens alloués par l’Union européenne, Bucarest va établir un nouveau plan d’inclusion sociale pour les Roms, avec le soutien technique de Paris.
Pilier incontournable de la cohésion sociale : la Prévention.
Le sentiment d’insécurité des populations en France, est devenu une réalité omniprésente dont le développement s’est progressivement détaché de celui de l’insécurité à proprement parler.
Ainsi la perception qu’ont nos citoyens de l’insécurité, tant qualitativement que quantitativement, ne coïncide que peu ou prou avec la réalité des risques en la matière. Cependant, cette perception agit sur la réalité quotidienne et a contribué à la faire évoluer telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Le développement de ce différentiel entre perception et réalité a, depuis plusieurs années, contraint les acteurs locaux à envisager différemment les actions à mettre en place pour répondre, avec cohérence à ces deux aspects de l’insécurité.
Il ne s’agit plus aujourd’hui de se limiter à ne traiter que les faits et leurs origines mais également de gérer les perceptions des individus se sentant concernés.
Pour s’en convaincre, il suffit, de prendre en considération différents diagnostics qui ont fait apparaître un constat et une méthode d’action :
· un effet ciseaux produit par le resserrement de deux tendances que sont l’accroissement des faits générateurs d’insécurité et la diminution du seuil de tolérance des populations ;
· la nécessité d’engager un processus de partenariat opérationnel impliquant tous les acteurs et créant une nouvelle dynamique sur le territoire de la commune.
Ainsi, comme je pouvais l’écrire dans un précédent « article », en matière de sécurité, il nous faut travailler sur le triptyque : Prévention – Dissuasion – Répression
Triptyque, indissociable, garant de cohésion sociale, d’harmonie et d’équilibre dans notre vie quotidienne ;
Un des piliers incontournable de ce triptyque s’avère être la Prévention. Pour lutter contre l’augmentation de la petite délinquance,
Toutefois, la prévention se trouve au centre de moult réflexions, attentes, voire exigences. Aujourd’hui, la prévention ne peut plus se contenter d’une pseudo « thérapie compensatoire » colmatant tant bien que mal, au « coup par coup », les « situations critiques ». Elle se doit d’agir en amont, en ayant une approche transversale et systémique permettant ainsi d’éviter l’aggravation des risques sociaux, environnementaux et psychologiques, et de mettre en œuvre des interventions visant la résolution des processus d’exclusion sociale.
Et, nous assistons souvent, trop souvent, à une tendance qui consiste à minorer la notion de prévention en l’assignant à un sens simple et équivoque – « délinquance » – évitant ainsi de prendre en considération les champs multiples de son intervention, sa dimension globale et limitant parfois son rôle.
Toutefois, force est de constater que définir la prévention n’est pas chose facile. C’est pourquoi, afin d’avoir un langage « commun » permettant de définir ce qu’est la prévention, j’ai retenu, synthétiquement et schématiquement, trois approches admises et appropriées par l’ensemble des acteurs de la prévention :
- La prévention primaire (générale) : qui tend à s’attaquer aux innombrables facteurs d’inadaptation,
- La prévention secondaire (ciblée – partielle) : dont l’objectif est la lutte contre l’aggravation et l’extension des troubles,
- La prévention tertiaire (curative) : dont l’objectif est la réinsertion, la lutte contre la récidive, le soin thérapeutique…
Les acteurs locaux, selon la population concernée (en difficulté, « à risque », sans symptômes apparents,…) mettent dès lors en œuvre :
- soit un accompagnement social, souple et ponctuel, favorisant l’insertion dans la vie de la cité,
- soit des actions s’appuyant sur l’accompagnement, l’orientation, la guidance visant à faciliter le lien social et, par là même, le maintien dans la « vie sociale »,
- soit un suivi socio-éducatif nécessitant une mobilisation massive, à court, moyen et long termes, permettant la réinsertion au sein de la « communauté urbaine ».
La prévention se doit être le résultat d’une démarche volontaire qui repose sur la prise en compte de la mixité sociale qui a toujours été une caractéristique essentielle de notre pays(n’en déplaise à certains) , et ce , en faisant en sorte que cette mixité soit un facteur d’harmonie et non de fracture sociale.
L’objectif d’une politique de prévention adaptée, à chaque commune, consiste ; à lutter contre le sentiment d’insécurité, à renforcer le lien social, urbain et économique, à résorber les déficits enregistrés (citoyenneté, morale, autorité, etc.) sur le terrain, à lutter contre l’exclusion sociale et urbaine, à développer des actions en faveur de la vie citoyenne et de l’accès au droit…
Pour ce faire, la prévention doit s’appuyer sur des diagnostics, des analyses, des suivis concrets et des évaluations systématiques et ce, en cohérence avec l’ensemble de ses orientations tant locales que nationales .
Il faut également, que l’ensemble de nos « politiques » conscientisent que la prévention s’inscrit dans un espace temps plus long que celui du temps électoral . Et qu’il ne s’agit plus de faire des déclarations intempestives mais d’expliciter que les évolutions de notre société, de répondre aux besoins (en matière de sécurité et d’insécurité) de nos concitoyens.
Oui, nous avons besoin de réformes. Alors, faisons en sorte que ces réformes soient justes pour tous et chacun.
Jean-Loup DUJARDIN