Roms : des exemples d’intégration –Nord Eclair – 22 novembre 2010.
Auto-construction à Turin, gitans espagnols à Valence, culture rom dans les écoles britanniques : des programmes qui ont fait leurs preuves ont été présentés à Lille alors que la justice se penchera demain sur la circulaire anti-Roms du 5 août qui avait fait un tollé.
Comment intégrer les familles roms d’Europe de l’Est ? Si la question est délicate à Lille, elle l’est aussi à Turin, Valence ou Leeds. Dans chaque ville, des associations, fondations ou collectivités tentent de faire face aux problèmes de logement, de chômage, d’illettrisme et de racisme. Le séminaire organisé mercredi à la gare Saint-Sauveur par la députée européenne Hélène Flautre a permis à des Nordistes d’échanger de « bonnes pratiques » avec des travailleurs sociaux européens venus présenter leurs initiatives locales.
Une maison pour faire le lien
Le bon exemple italien s’appelle Il Dado : une bâtisse abandonnée en banlieue de Turin transformée en jolie maison jaune qui fait la fierté du quartier grâce à un programme d’auto-construction. « Nous avons sélectionné huit familles et nous leur avons confié la rénovation du bâtiment, explique Olivier Alotto de l’association Terra del Fuoco. Aujourd’hui, les Roms cohabitent avec 2 Italiens et 5 jeunes stagiaires européens et tous les enfants vont à l’école. » L’initiative lancée en 2005 a déjà eu de nombreuses retombées positives. Dans la lutte contre le racisme d’abord. « Ce projet a permis de montrer qu’eux aussi peuvent vivre dans une maison, que s’ils vivent dans des bidonvilles ça n’est pas parce qu’ils sont nomades mais parce qu’ils sont pauvres ! Montrer des Roms au travail leur a aussi redonné leur dignité. Aujourd’hui, les voisins les remercient d’avoir embelli le quartier. » Autre avantage : l’auto-construction ne coûte pas cher. Les Roms (sans permis de travail) n’ont pas perçu de salaire, mais la promesse de pouvoir vivre à Il Dado pendant trois ans.
Pas de coût électoral non plus : le maire de cette commune a été réélu.
En Espagne, la fondation Secretariado Gitano joue la carte de l’expertise. Fondée pour s’occuper des Gitans d’Espagne, la structure s’est tournée vers l’Est en 2007 avec une question : « Est-ce que l’expérience d’intégration que nous avons avec les Gitans d’Espagne est utile pour les Roms d’Europe de l’Est ? », pose José Maria Picon. Un diagnostic mené dans 13 villes en 2007 révèle plusieurs différences. L’accès au travail est plus difficile en raison de la langue et d’un moratoire qui interdisait aux Roumains et aux Bulgares de travailler en Espagne jusqu’en 2009. Les enfants sont moins scolarisés et les questions de santé sont plus délicates. « Dans certaines communautés, les filles doivent absolument rester vierges avant le mariage : si on leur parle de planning familial, on court le risque qu’elles soient rejetées par leur famille ».
Les Britanniques de Leeds misent sur la vie scolaire pour intégrer des familles venues surtout de République Tchèque, Slovaquie et Pologne. Un éducateur rom slovaque employé par la Ville rencontre les parents pour leur expliquer l’importance de l’école et comment s’inscrire. « S’ils ne mettent pas leurs enfants à l’école ce n’est parce qu’ils ne veulent pas mais parce qu’ils ont d’autres problèmes par ailleurs et se méfient des administrations » , commente Eugen Bataz du GRTAS. « Dans les écoles publiques anglaises, il y a parfois des enfants de 20 pays différents, les Roms ne sont qu’une minorité en plus », témoigne sa collègue Claire Lockwood. La structure organise des fêtes dans les écoles pour mettre en valeur la culture rom.
« Ce séminaire vise à inscrire les acteurs de la métropole lilloise dans des réseaux reconnus », explique Hélène Flautre. La métropole a-t-elle l’intention de copier l’une de ces initiatives ? « Il existe déjà de bonnes pratiques chez nous, avec des projets d’auto-construction et surtout des villages d’insertion », remarque Malik Ifri, délégué à Lille Métropole, qui espère étendre l’expérience à d’autres villes de la métropole.
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