Archive pour octobre 2010
Le temps des Maires.
La politique de la ville est à bout de souffle, il faut la simplifier pour la régénérer. L’architecture d’ensemble et l’illisibilité des dispositifs devient problématique pour le citoyen.
Il est indispensable de clarifier le rôle de chacun en matière sociale. Le des dispositifs est problématique pour le citoyen.
L’objectif est de mettre à plat le mille-feuilles administratif et de créer un guichet unique de recours social, rôle qui pourrait être dévolu au CCAS. La relation avec les associations, acteur central de l’action sociale, serait ainsi renforcée et clarifiée. Deux exemples :
- Selon un sondage sur les 16-25 ans lillois dans les quartiers type Moulins, le premier souci n’est pas l’emploi, mais la santé. Ils souhaiteraient trouver des lieux où poser leurs questions et trouver des réponses. Un « espace information en santé » (= ERI) répondrait à leurs attentes.
- Un ménage en difficulté se tourne d’abord vers sa mairie et son CCAS ; mais l’accès à la prestation, quelle qu’elle soit, est un parcours d’obstacle, au terme duquel les bénéficiaires reviennent souvent à la case départ, donc à la mairie pour demander des aides. M.P.Daubresse ne s’y est pas tropmé, en proposant : «des plates-formes communes réunissant CCAS, conseil général, CAF et Pôle Emploi. Une bonne partie de la solution réside dans la coordination de ces partenaires naturels ».
Faisons le pari, pourquoi pas, d’un maire plus acteur, plus réactif, plus impliqué: à lui de prendre la main pour compenser la défaillance morale de ceux qui disent :«l’état ne peut pas tout, donc je ne ferai rien». La sortie de crise pourrait ainsi être une opportunité pour la Ville de montrer qu’elle a un vrai rôle à jouer en matière sociale.
Groupe UNION POUR LILLE
B.MAUROY-La Gauche Moderne
Rapport sur la délinquance rendu le 03 novembre – AFP – 25 octobre 2010.
Le secrétaire d’Etat à la Justice Jean-Marie Bockel remettra le 3 novembre à Nicolas Sarkozy son rapport de mission sur la prévention de la délinquance juvénile, qui prône une action « transversale, menée le plus en amont possible », a-t-il déclaré à l’AFP. « Les réponses apportées jusqu’à présent ne sont pas à la hauteur du problème », affirme M. Bockel, rappelant que « la délinquance des jeunes a plus que doublé » en vingt ans, avec des actes « de plus en plus violents », des délinquants « de plus en plus jeunes », une implication croissante des filles…
« Les voyants sont au rouge », les réponses « ne sont pas à la hauteur du problème », estime-t-il, en préconisant une approche globale (« sociétale ») sur trois terrains prioritaires d’intervention: « parentalité », « citoyenneté » et « espace public ». Il suggère qu’ »un tableau clair de qui fait quoi » soit dressé dans chaque juridiction, ou chaque département, afin de cerner les besoins mais aussi pour « éviter les doublons » et utiliser au mieux les moyens. Parce que « parfois, ça part dans tous les sens », dit-il.
S’inspirant de « bonnes pratiques » mises en oeuvre par certaines municipalités, le rapport Bockel devrait notamment préconiser une prise en charge des adolescents exclus de leur collège ou lycée. Prenant en compte également « l’immigration, qui est une réalité », il devrait appuyer « une mise à niveau linguistique de certains parents ».
Au total, il fera une quinzaine de propositions, avec « méthodes d’action » et « pistes concrètes », assure son auteur.
Investi début août par le président de la République de cette mission sur la prévention de la délinquance des jeunes, Jean-Marie Bockel, ancien maire PS de Mulhouse et ministre d’ouverture, affirme, à la veille d’un remaniement annoncé, que sa mission est « déconnectée de (son) avenir personnel ». La prévention de la délinquance des jeunes étant « l’affaire de tous », le dossier est « interministériel », souligne-t-il. Il juge aussi « de bon ton de dire que beaucoup de rapports finissent dans des tiroirs ». Mais en même temps, poursuit-il, « tout ce qu’on a fait de bien à un moment donné a d’abord été imaginé lors d’un travail d’évaluation et de proposition ».
Au total, il fera une quinzaine de propositions, avec « méthodes d’action » et « pistes concrètes », assure son auteur.
L’obsession française de la retraite à 60 ans – La chronique de Jean-Marc Vittori – Les Echos – 26 octobre 2010.
Mai s pourquoi donc les Français sont-ils si acharnés à défendre la retraite à 60 ans ? Car il ne faut pas s’y tromper. Si les dirigeants des syndicats, des partis de gauche et de la presse d’opposition réclament une réforme plus juste, évoquant tour à tour le sort des femmes, la pénibilité ou la taxation du capital, la grande majorité des Français s’en moque. Quand on se glisse dans les cortèges, quand on lit les banderoles, quand on écoute les slogans, quand on se plonge dans la masse des reportages sur le terrain, les manifestants ont une idée en tête, des gamins aux papys : « Objectif retraite à 60 ans » ! C’est d’ailleurs pour cette raison que Ségolène Royal fut la première des éléphants socialistes à dire que l’âge légal de la retraite serait ramené à cette barre fatidique, en cas de victoire de la gauche en 2012, elle qui est la championne des courts-circuits avec l’opinion publique.
Pour comprendre les racines de cette ét range obsession française, il suffit d’écouter. Même si les Français savent bien, au fond, que le prochain épisode s’appellera « On a marché sur la retraite à 60 ans », ils résistent, avec parfois l’énergie du désespoir, pour une raison simple : ils sont persuadés que le travail, c’est l’enfer. Et c’est vrai que le travail est devenu plus dur au fil des décennies. La dernière enquête sur les conditions de travail remonte à 2005, mais elle montre la tendance. En vingt ans, les salariés restant « longtemps dans une posture pénible » sont passés de 16 à 34 % du total. Plus de la moitié ont « un rythme de travail imposé par une demande extérieure à satisfaire immédiatement », une proportion qui a, là aussi, doublé. Le fait de « devoir porter ou déplacer des charges lourdes » concerne désormais 39 % des salariés au lieu de 21 %. Ces tendances sont confirmées par les observations médicales, avec par exemple la montée des TMS - troubles musculo-squelettiques.
Le mouvement est plus marqué en France qu’ailleurs, car le travail y a été concentré, comme du jus d’orange. Et le dialogue social y est médiocre, étouffant les initiatives qui permettraient une amélioration bénéfique pour l’employeur et l’employé. Depuis trente ans, tout se passe comme s’il y avait un accord implicite entre les salariés, les entreprises et l’Etat : on travaille moins mais plus dur. Le temps passé en entreprise a été réduit comme peau de chagrin - études plus longues, semaine écourtée, départ à la retraite plus tôt. Mais, en échange, le travail est désormais un jus hautement concentré, au point d’en être devenu corrosif. Voilà pourquoi il semble inimaginable à beaucoup de Français de continuer « plus longtemps que prévu ».
Pour aller au-delà de 60 ans, il faudra changer le travail. Réorganisation d’un chantier pour qu’un maçon senior puisse trav ailler sans porter des sacs de 50 kilos, formation des salariés même après 45 ans, transmission des savoirs, gestion des carrières, aménagement des grilles de salaire pour casser les augmentations automatiques à l’ancienneté qui poussent les entreprises à éjecter leurs chers seniors… Les dirigeants d’entreprise en panne d’idées ont largement de quoi s’inspirer dans les pays où l’âge effectif de la retraite approche, voire dépasse les 65 ans.
Les entreprises ont également un levier formidable à actionner. Car les Français sont schizophrènes sur la question, comme sur bien d’autres. Ils sont convaincus que le travail est un enfer, mais ils savent aussi qu’il peut constituer pour beaucoup d’entre eux, n’ayons pas peur de le dire, un petit bout de paradis. Dans les relations avec les collègues, mais aussi par l’implication dans un projet collectif ou tout simplement dans l’accomplissement personnel. Il suffit (et il faut) q u’un collège brûle au Mans pour entendre soudain des professeurs parler du bonheur qu’ils avaient à y enseigner. Oui, du bonheur ! Une idée neuve en entreprise…
Si les employeurs ne travaillent pas sur le travail, leurs employés continueront de se battre, d’une manière ou d’une autre, pour y rester le moins longtemps possible. L’autre voie est connue. Pour combler un trou qui approcherait les 50 milliards d’euros en 2020, selon les calculs du Conseil d’orientation des retraites établis sur des hypothèses qui peuvent paraître aujourd’hui optimistes (7 % de chômage en 2020, 1,5 % de progrès annuel de productivité d’ici là), il faudrait relever les cotisations de 0,7 % par an, soit la moitié de la progression espérée du pouvoir d’achat. Il n’est pas sûr que les Français préfèrent cette solution.
Attali et les allocs.
Conditionner le versement des allocations CAF aux revenus des familles est une question taboue sur l’ensemble de l’échiquier politique.
Les allocations familiales relèvent de la politique familiale et non d’un soutien financier prenant en compte la situation de la cellule familiale. Elles sont les seules à échapper à cette approche classique égalitaire.
Le législateur a ainsi toujours estimé que chaque enfant devait être traité sur un même pied d’égalité, que ses parents soient millionnaires ou Rmistes.
Dans un contexte de recherche correctrice des flux financiers publics, un rééquilibrage est-il souhaitable ? Peut-on estimer qu’à partir d’un certain niveau de salaire, certains riches puissent percevoir moins que certains pauvres ?
Le bouclier fiscal a l’avantage d’interroger l’opinion sur la nécessité d’un new deal fiscal à la Française. Qu’est-ce être riche ?
A partir de quel niveau de salaire peut-on réviser la nature et le montant de l’aide sociale ?
Dans son rôle d’agitateur d’idées, Attali pose de justes questions sans apporter les bonnes réponses.
Mais le débat mérite d’être posé, sans être renvoyé brutalement au rang de sacralité intouchable .
Par jean-loup DUJARDIN
Un rapport souligne les difficultés de l’école à intégrer les enfants de l’immigration – LEMONDE.FR avec AFP – 24.10.10.
L‘école a de plus en plus de difficultés à assurer ses missions d’intégration d’enfants d’immigrés, notamment dans les départements où ces populations sont surreprésentées, pointe le Haut conseil à l’intégration (HCI) dans un avis rendu public dimanche 24 octobre. Dans ce document de travail – mis en ligne par le Journal du Dimanche (PDF) et qui doit être remis dans sa version définitive au premier ministre en novembre – le HCI rappelle que « l’école républicaine » constitue « un espace d’intégration sociale » et que « l’école française doit exercer sa mission d’intégration culturelle ». « Toutefois, force est de constater qu’aujourd’hui, l’école française a de plus en plus de mal à exercer ces missions », déplore le HCI.
« COMMUNAUTARISME »
« Les transformations économiques et la paupérisation de populations, concentrées sur des territoires repérés, que des politiques pourtant volontaristes n’ont pas sortis de la précarité, mettent l’école en difficulté dans sa visée d’intégration », souligne l’avis. Le HCI observe qu’en France, la « proportion de jeunes issus de familles dont au moins un des parents est immigré, s’élève à moins de 20 % ». Mais, caractéristique de l’Hexagone, cette répartition est très inégale sur l’ensemble du territoire. « Ainsi, en 2005, les plus fortes concentrations départementales sont en (…) Seine-Saint-Denis (57 %), Paris (41 %), Val-de-Marne (40 %) et Val-d’Oise (40 %) », selon le HCI.
Là, « l’espace scolaire est fortement exposé aux tensions ethno-culturelles. L’école donne des signes de souffrance. Elle est aujourd’hui le lieu de revendications nouvelles qui ressortent de l’expression du communautarisme, d’une identité religieuse, voire, au rejet de la culture et des valeurs de la République française », s’inquiète le Haut conseil à l’intégration. Le rapport relève par exemple, dans certains collèges, les difficultés pour les professeurs d’histoire-géographie d’enseigner la Shoah ou l’histoire du Proche-Orient.
MESURES D’ACCOMPAGNEMENT
Les auteurs du rapport analysent l’efficacité des moyens publics mis en œuvre pour améliorer l’intégration et la réussite scolaire de ses élèves. L’Etat a déboursé 110 millions d’euros en 2010 pour financer le programme de réussite éducative prévu par la loi de cohésion soxiale, rappelle le HCI. Plus de 725 000 collégiens (près d’un tiers des effectifs) et 147 000 élèves du primaire en ont bénéficié en 2008-2009. Le HCI vante les mérites d’une démarche d’accompagnement individualisé des élèves en difficulté mais note le manque de coopération et d’informations entre les différents acteurs et l’absence d’évaluation des dispositifs.
Dirigé par Patrick Gaubert depuis fin 2008, le HCI a été institué par un décret du 19 décembre 1989 de Michel Rocard, alors premier ministre. Il a pour mission de « donner son avis et de faire toute proposition utile, à la demande du premier ministre, sur l’ensemble des questions relatives à l’intégration des résidents étrangers ou d’origine étrangère ».
Un nouveau dossier brûlant arrive à l’Assemblée nationale –Nord Eclair – 25 octobre 2010.
Alors que la réforme des retraites pourrait définitivement être adoptée mercredi, l’Assemblée examine à partir de mardi le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, marqué par d’importantes mesures d’économies pour contenir le déficit du régime général.
« Le projet de loi est une pièce-maîtresse » de la maîtrise des dépenses publiques, a rappelé le ministre du Budget, François Baroin.
Pour contenir le déficit à 21,3 milliards d’euros en 2011 (contre 23,1 milliards en 2010), l’effort d’économie porte principalement sur l’assurance maladie, l’une des quatre branches avec les retraites, la famille et les accidents du travail.
2,4 millards d’économie
La hausse de l’Objectif de dépenses de l’assurance-maladie (Ondam) est ainsi fixée à 2,9 % contre 3 % l’année précédente, « ce qui nécessite de réaliser 2,4 milliards d’économies par rapport à la progression tendancielle des dépenses » , explique le gouvernement dans sa présentation du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2011.
L’exécutif a donc pris des mesures qui risquent d’être impopulaires, comme l’instauration d’un forfait de remboursement pour les dispositifs d’autocontrôle du diabète pour certains patients ou la fin de la prise en charge systématique des dépenses de transports pour les personnes en affection de longue durée (ALD) lorsque leur état de santé ne le justifie pas.
Le gouvernement veut aussi faire des économies sur les autres branches, quitte à faire grincer des dents pour des sommes relativement modestes. L’exécutif voulait ainsi décaler le versement de l’allocation de base de la prestation accueil du jeune enfant (177,95 E mensuels) au mois suivant la naissance de l’enfant, pour une économie de 64 millions d’euros. Les députés ont annulé cette mesure en commission, en adoptant un amendement PS, ce qui promet un joli bras de fer dans l’hémicycle.
Une partie des recettes commencera à financer la réforme des retraites qui sera votée définitivement dans la semaine.
Sept milliards d’euros provenant de la réduction des niches sociales « seront alloués au financement de la sécurité sociale : 3,5 milliards d’euros de recettes provenant de niches dont bénéficient les sociétés d’assurance seront consacrés au financement de la dette sociale. 3,5 milliards d’euros (dont 3 milliards de recettes provenant de niches fiscales et sociales) permettront de financer la réforme des retraites », a détaillé le gouvernement.
« Le projet qui nous est présenté semble avoir été élaboré au fil de l’eau. Quoi qu’il en soit, il ne permet pas de relever les défis auxquels notre pays est confronté et, ce faisant, il menace notre protection sociale », a protesté la porte-parole du PS Marisol Touraine, en dénonçant tout comme Jacqueline Fraysse (ex-PCF), la fermeture de services d’urgence ou de maternités.
Entreprises, salariés : le coût du conflit social – Nord Eclair – 24 octobre 2010.
Depuis une semaine les entreprises doivent composer avec le mouvement social. Une situation de désorganisation généralisée qui pourrait peser sur les bilans financiers dans les semaines à venir.
Près de 500 000 E. C’est l’estimation de la perte économique sur le chantier du Louvre-Lens après quatre jours de blocage. « La semaine est morte. Et le retard va être difficile à rattraper », explique Joël Jakuboszczak. Il a relancé le chantier jeudi, mais le planning a été chamboulé : des livraisons de béton, coffrages et poutres ont été renvoyées, voire « annulées ». Sur le chantier du Grand stade, à Lezennes, on craint aussi la pénurie de carburant et le retard des livraisons. « Mais il n’y a aucune gêne significative pour l’instant », assure Bertrand D’Hérouville, président de la société concessionnaire Elisa. Même réflexion chez Roquette, le producteur d’amidon basé à Lestrem, pourtant touché par des blocages, mardi : chaque jour, 5 à 7 trains approvisionnent l’usine en matières premières, et 600 camions exportent les produits finis vers les entreprises agroalimentaires. Le roulement est « plus difficile » , reconnaît Marie-Laure Empinet, porte-parole de Roquette : « on doit trouver chaque jour des solutions pour contourner la grève » . Quitte à passer par les transporteurs et routes belges…
Un coût difficile à chiffrer
Ce sont les questions de logistiques qui mobilisent le plus les énergies. « À part ça, il est difficile de chiffrer les pertes économiques », expliquent de concert les patrons de Cap Gemini et de Awak’it. Les deux entreprises, hébergées à Euratechnologies, sont confrontées aux problèmes en cascade : rendez-vous parisiens manqués, clients bloqués dans les gares, salariés en retard, Antoine Senecaut, patron d’Incinéris, spécialisée dans la collecte et l’incinération de déchets spéciaux auprès des cliniques vétérinaires, résume : « nous sommes pris entre la contrainte sanitaire, qui nous oblige à collecter les déchets dans un temps donné, la contrainte sociale, qui fixe les règles de repos des chauffeurs, et la contrainte commerciale, avec des clients parfois mécontents ». À Lezennes, au siège social de l’entreprise, qui compte 150 salariés en France, il a mis en place une « hot line » interne à destination des chauffeurs. « Ils appellent pour savoir où trouver du gasoil, connaître les points de blocage ou réserver un hôtel s’ils sont bloqués pour une nuit ». Il s’inquiète des conséquences à moyen terme, jugeant que « la désorganisation de nos structures, cette semaine, aura un impact encore pendant plusieurs jours ». Concrètement, le coût est difficile à mesurer. Antoine Senecaut cite, pêle-mêle : les heures supplémentaires, les kilomètres parcourus en quête d’essence, les nuits d’hôtel, et « le prix du carburant qui a augmenté. »
« Les plus fragiles
vont payer les premiers »
Patron des patrons de la région, Jean-Pierre Guillon juge que ce conflit tombe au plus mauvais moment. Encore groggy par la crise, « l’économie présentait depuis trois mois un début de reprise », qui « serait remis en cause si les perturbations devaient perdurer.
(…) Ce sont les plus faibles qui vont payer en premier », soit les secteurs industriels déjà fragilisés. J.-P. Guillon n’hésite pas à avancer la possibilité du « chômage technique dans certaines entreprises ». C’est l’impact en terme d’image qui l’inquiète. « On crée des images négatives » qui, ajoutées aux blocages, « aggravent le problème de la compétitivité des entreprises. Il y a des gens qui hésitent à passer commande à des entreprises françaises ». La Confédération générale des PME, elle aussi, tire la sonnette d’alarme : « des centaines de milliers de PME tournent au ralenti tandis que d’autres sont sur le point de cesser leur activité ».
L’organisation patronale rejoint Jean-Pierre Guillon sur un autre point : le durcissement du rapport de force « se traduira en perte de chiffre d’affaires et les entreprises les plus fragiles risquent de disparaître entraînant des pertes d’emplois. » La FNTR Nord (Fédération nationale du transport routier) insistait également, jeudi, sur les perturbations dans le secteur du transport.
« Sans carburant, le transport routier ne peut plus assurer sa mission d’approvisionnement des usines et des magasins. » Une perspective qui, pour l’instant, n’est encore qu’une crainte en cas de maintien des actions de blocages sur les réseaux routiers et ferroviaires.
Côté grévistes, comme côté commerces : les comptes ne seront pas bons
Ce matin-là, devant le MIN de Lomme, c’est un peu « la France qui se lève tôt » face à « la France qui grève tôt », l’envie de faire son boulot ou de défendre sa retraite. Avec une question, partagée : combien tout ça va coûter, au final ? Il est 5 h30, dehors, un froid de gueux. 12 jours de grève dans les jambes pour certains, la fatigue de la lutte contre la réforme. De l’autre côté des braseros, des camions à l’arrêt, des petits pains en stand-by et des côtes de boeuf sur le flanc. Mélange de sympathie mutuelle et de tension. Chacun a ses motivations. Et s’il est difficile de prédire la tournure du conflit, une chose est acquise, il va laisser des traces sur les comptes en banques et sur les bons de commandes. Olivier est logisticien au port de Lille. « J’en suis à mon 4e jour de grève. À 65 E par jour, sur un salaire de 1 300, vous savez compter. Je vais arriver à 1 000 E. Là, la prochaine fois je vais peut-être m’abstenir, quitte à revenir après dans le mouvement ». Il y a des traites à payer, des besoins auxquels subvenir, faire bouillir la marmite. « Plus rien à perdre » « C’est clair qu’il va falloir se serrer la ceinture », témoigne pour sa part Nathalie, salariée d’une société de nettoyage à Seclin. Elle travaille à temps partiel, pour 960 E par mois et vient d’enchaîner 5 jours de grève. Pas des jours gâchés pour autant. « On doit le faire. On doit aller jusqu’au bout. On gagne pas lourd. Mais c’est pour notre avenir et celui de nos enfants qu’on se bat ». Le coeur militant bat fort, mais le coeur de maman n’est pas loin. « On dort pas beaucoup, c’est sûr. On préférera se priver nous, manger des pâtes ou du riz, mais nos gosses ne manqueront de rien. Mais il faut qu’on gagne. De toute façon, on n’a plus rien à perdre ». Christiane, cheminote à son 9e jour de grève, reconnaît que le sacrifice financier n’est pas mince. « En avril, j’ai déjà fait grève 15 jours. Ca m’a coûté 750 E et j’ai mis trois mois à m’en remettre. Bon là, c’est l’automne, il y a les impôts locaux. On va devoir s’arranger avec la banque ». « Ou on paiera plus tard ! On sait qu’on va prendre 10 %. Mais on s’en fout. C’est la galère toute l’année de toute façon… », lance un autre salarié, bravache. « Risque de perte sèche » De l’autre côté, dans son petit bureau, Gérard Masse, patron de Lille Volailles, jongle avec son téléphone. « On est obligé de dire à nos clients de retarder leur venue, nos livreurs font des détours pour éviter le blocage… On perd du temps et de l’argent. Mais honnêtement c’est plus nos nerfs que ça enquiquine ». Yannick, de Lomme Boulangerie, est plus inquiet. « On accumule des retards de livraison et nos matières premières n’arrivent pas. Or c’est pour le week-end qu’on produit le plus. Le risque, c’est la perte sèche. Or notre situation économique n’est pas brillante. On n’a pas beaucoup de trésorerie ». Didier Delmotte, élu PS de Lomme et directeur du MIN est pris entre deux feux. « Je comprends les manifestants. Mais je comprends aussi mes commerçants. Le contexte n’est pas brillant, et on sait que la nourriture est devenue une variable d’ajustement pour les gens. La perte occasionnée par ce genre d’action est difficile à chiffrer. Mais notre chiffre d’affaires de 2009 (1,8 milliard d’euros) devrait être en baisse ». Et les blocages n’arrangent rien, selon le responsable du MIN. Ce matin-là, à Lomme, la France qui se lève tôt et la France qui grève tôt pouvaient s’entendre sur une chose : les actions « coups de poings » ont un coût qui tombe tout sauf à point.
Pour les syndicats aussi, la grève a un coût
Les organisations syndicales sont mobilisées depuis plusieurs mois contre le projet de réforme des retraites. Et l’action commence à peser aussi sur le budget revendicatif de celles-ci. Du coup, de ce côté-ci aussi, on compte… «On a explosé notre compte revendicatif ». Pour Pascal Catto, le responsable régional de la CFDT, comme pour tous ses alter ego syndicaux de la région, le constat est le même : la mobilisation a généré, depuis le mois de mai, des coûts non-négligeables. Difficile d’obtenir des chiffres précis en la matière toutefois. « Je ne sais pas dire combien, mais entre les bus, 600-700 E, pour les manifestations, les tracts, oui, ça fait des sommes importantes. Mais on a le budget prévu pour cela et s’il le faut, on s’organise différemment », témoigne Vincent Delbar de la CGT Nord. « La seule chose qu’on a bien rentabilisée, c’est la banderole intersyndicale », sourirait presque Pascal Catto. « Le matériel de manif, les drapeaux, ça, on les a depuis un moment, explique Fabian Tosolini, de la CFDT-Cheminots. Après, pour ce qui est tracts, environ 2 500 par parution, on s’organise… C’est pas la mer à boire non plus. Et puis il y a Internet, et énormément de bénévolat ». À Sud-Solidaires, on commence aussi à ressentir les effets de la mobilisation. « C’est énorme à notre niveau. Du coup, on va sans doute être obligé de serrer le budget prévu pour les campagnes d’élections professionnelles à venir », témoigne Éric Santinelli, de Sud Rail. Le troisième syndicat de cheminot indique aussi avoir mis en place une caisse de grève, « pour venir en soutien, le cas échéant, aux camarades grévistes, les plus précaires ». « Mais l’idée n’est pas du tout de compenser toutes les journées perdues. Ça laisserait croire aux gens qu’ils peuvent faire grève par procuration, puisque les grévistes sont quand même payés ». Le responsable de Sud Rail dans la région parle plutôt d’une somme de 100 à 150 euros, forfaitisée « parfois pour finir le mois ». Quand la grève… grève les budgets.
SÉBASTIEN LEROY
1 jeune sur 2 en difficulté psychologique – lefigaro.fr – 23 octobre 2010.
Un jeune sur deux en formation (lycéen, étudiant, apprenti) déclare des difficultés d’ordre psychologique, mais peu ont recours à un professionnel de santé, selon une enquête OpinionWay pour la Fondation Pierre Deniker (recherche et prévention en santé mentale).
La Fondation Pierre Deniker, présidée par le Pr Jean-Pierre Olié (hôpital Sainte-Anne, Paris), a lancé cette semaine le programme « Bien dans ses études, bien dans sa vie ! », pour tenter d’améliorer l’accès des jeunes en souffrance psychologique à une prise en charge adaptée.
L’enquête OpinionWay montre que pour 9% des jeunes interrogés, les difficultés exprimées peuvent évoquer un diagnostic psychopathologique et en particulier, pour 7% d’entre eux, des signes d’allure dépressive. Or parmi ces 9%, 60% n’ont eu recours à aucun professionnel de santé. Seulement 11% ont consulté un psychiatre ou un psychologue.
L’enquête a été réalisée en juin sur un échantillon représentatif de 1.217 jeunes âgés de 18 à 25 ans (585 lycéens et étudiants, 551 jeunes en apprentissage ou ayant un travail, 81 en recherche d’emploi).
La gaffe de Hamon, le flou du PS – Guillaume Tabard – Les Echos – 21 octobre 2010.
On comprend l’embarras des dirigeants socialistes. En plaidant ouvertement pour une renégociation de l’allongement de la durée de cotisation, Benoît Hamon a jeté le trouble sur la lisibilité et la crédibilité de la position du PS sur les retraites. Alors qu’il en est le porte-parole ! C’est comme si Frédéric Lefebvre demandait de revenir sur les barrières d’âge inscrites dans le projet du gouvernement…
Il est commode de juger simplement « regrettable » la sortie de Hamon, mardi sur RTL, comme l’a fait la députée Marisol Touraine, auteure du projet PS. Il est facile de reprocher à ce proche d’Henri Emmanuelli de vouloir faire fructifier son capital personnel à la gauche du PS. Bref, il est plus simple de pointer une gaffe que de s’interroger sur la signification et la portée d’une telle position, plus proche d’Olivier Besancenot que de Dominique Strauss-Kahn.
Si la position du PS avait été énoncée avec plus de clarté, le porte-parole du parti n’aurait pas pu s’en démarquer officiellement.
Sur les huit pages du projet en faveur d’un « système universel et personnalisé », adopté le 18 mai, il est glissé d’une simple phrase : « Jusqu’à 2020, des dispositions sont prévues concernant la durée de cotisation. » Avant d’envisager, au conditionnel et de manière restrictive, un nouvel allongement ultérieur. Autrement dit, le PS entérine le passage aux 41,5 ans de cotisation en 2020 prévu par la loi de Fillon de 2003, et qu’il avait alors promis de corriger. C’est un ralliement important mais pas suffisamment assumé. Même si, la semaine dernière dans « A vous de juger », Martine Aubry a confirmé prendre acte de ces 41,5 ans. Benoît Hamon s’est engouffré dans cette timidité pour faire entendre sa singularité.
Cette timidité s’explique aussi par la volonté du PS d’apparaître en phase avec la contestation sociale. Et dans les cortèges de rue, il est plus facile d’être accueilli en défendant le symbole du droit au départ à 60 ans, qu’en avouant qu’une retraite à taux plein ne sera pas envisageable à cet âge. Là encore, Hamon n’a fait que s’appuyer sur l’engagement de Martine Aubry, sur France 2, d’ouvrir une vraie négociation de six mois avec les syndicats. D’autant que la première secrétaire du PS n’a pas précisé si l’allongement de la durée de cotisation faisait partie ou non des sujets à négocier. Ce qui supposerait des financements supplémentaires, alors que le projet prévoit déjà des prélèvements nouveaux.
Mépris et Démagogie : de l’indécence du syndicalisme à la française – CERF – 19 octobre 2010.
Lorsque les arguments manquent, c’est bien connu, les attaques sont basses. Ainsi, les syndicats CGT et CFDT– membres à part entière du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) depuis 10 ans, est-il utile de le rappeler – se cachent derrière leur petit doigt et leurs gros pavés taxant tout réfractaire à la grève de soumis au gouvernement, au pire de fasciste. En effet, nul n’a le droit d’être en opposition avec ceux-là même qui revendiquent le droit d’être contre tout. « Pourquoi traite-t-on le privé avec autant de mépris alors que c’est nous qui finançons leur insouciance » nous lance un patron de TPE ? On pourrait croire la réponse dans la question. Mais que penser de la vindicte d’un représentant CGT SNCF, émargeant grassement à 1200 euros au CESR du Tarn en plus de son salaire, mais se masquant derrière son écharpe d’élu local aboyant : « vous êtes un syndicat patronal, et non pas « un créateur d’emploi et de richesse de France » (quelle immodestie !) ». Les patrons ne créeraient donc pas de richesses. Un marginal ? Malheureusement non.
Il faut savoir notamment que Didier Le Reste, délégué CGT SNCF (lui aussi), en pointe sur la question des blocages, criait à la France entière sur l’antenne de RTL, son indignation quant au salaire qu’il touche après 34 ans à la SNCF. Et nous ne sommes pas loin de partager son indignation. Car il est vrai qu’avec un revenu de 2300€ euros net par mois, pour moins de 35 heures, ce « partenaire social » touche plus que la moyenne des patrons (1850€/mois) qui travaillent près de 70 heures par semaine pour tenter de sauver leurs entreprises et les emplois qu’ils ont créés. Monsieur Le Reste, qui trouve qu’une journée de grève non payée coûte chère, n’imagine certainement pas, lui qui retrouvera son travail quelle que soit l’issue de la grève, ce que coûte une vie de travail à créer une entreprise, y maintenir les emplois qui la font tourner et, ce faisant, financer la solidarité. Il se moque aujourd’hui, de concert avec les autres leaders syndicaux, de ce que c’est que de tout perdre à l’occasion d’une grève, car des règlements sont bloqués dans des sacs postaux, les camions de livraison immobilisés faute de carburant, quand ce n’est pas tout simplement le rideau de fer tiré pour se protéger des casseurs !
Alors, oui ! Aujourd’hui il convient de crier à l’indécence de certains propos. A l’irresponsabilité de certaines actions. A l’hypocrisie crasse, devant l’absence de tout mea culpa, de ceux qui n’ont rien fait depuis des décennies pour préserver ce qu’ils prétendent défendre en descendant dans la rue. Et de dénoncer le manque de réel travail syndical, lequel est inversement proportionnel au bidonnage par ces organisations, des chiffres des manifestations dévoilé par les médias.
Oui, il convient de saluer les réquisitions des personnels pour assurer que l’économie puisse tourner. Car la violence est à l’œuvre depuis trop longtemps entre les mains de ceux qui se parent de vertus dont ils sont loin d’avoir fait la démonstration. Nous l’écrivions déjà en novembre 2007, à l’occasion du blocage des transports : « Si nous affirmons que le droit de grève est un droit fondamental et constitutionnel, il n’en est pas de même du droit de blocage que s’octroient quelques catégories privilégiées. Nous dénonçons donc l’abus de position dominante et l’attaque portée par les bloqueurs contre les revenus des actifs en position de dépendance et de faiblesse. » Or les leaders syndicaux participent aujourd’hui activement à la destruction de la valeur et du travail en France, sans lesquels il ne peut y avoir de solidarité et de redistribution.
Face à des actes qui s’apparentent au terrorisme économique, le Cerf demande que le gouvernement exige la clémence de l’URSSAF et des organismes sociaux, gérés par ces syndicats irresponsables, pour limiter l’hécatombe de défaillances qui risque de suivre les difficultés de règlement des charges et de TVA ce mois-ci.
Par jean-loup DUJARDIN