Archive pour septembre 2010
Mulhouse 2010 : Des rencontres studieuses mais pas ennuyeuses.
Des rencontres studieuses mais pas ennuyeuses. Alors que la situation politique française dérape parfois dans l’invective, les fausses interprétations, les provocations et les procès d’intention, les membres de La Gauche Moderne ont voulu faire le point sur les questions de l’heure. Elles ne sont pas toujours celles que les médias, parfois avides de sensationnel, mettent en une, mais tous les sujets ont été abordés franchement et librement par les participants de ces Journées de Mulhouse, édition 2010. Cette année, La Gauche Moderne accueillait Jean-Louis Borloo, dans le cadre des débats nécessaires à la création d’un pôle qui pourrait regrouper, dans la majorité, les radicaux, les centristes et l’aile gauche que représente La Gauche Moderne. La grande qualité et la hauteur de vue de son intervention ont permis d’aller plus loin dans la réflexion sur ce que devrait être un programme politique moderne pour les années qui viennent, enjeu majeur de l’échéance de 2012. Jean-Marie Bockel, dans un discours très complet, a tracé les horizons et les perspective de La Gauche Moderne pour l’année qui vient et au delà, jusqu’à l’élection présidentielle. Aussi bien en séance plénière que dans les commissions qui se sont tenue dans l’après-midi, les participants ont pu largement, dans un climat de grande liberté et de franchise, développer leur point de vue ou leur ressenti face aux évolutions politiques de ces derniers mois et aux problèmes concrets que se posent nos concitoyens. Enfin un Conseil Politique national a conclu cette journée, prenant les décisions nécessaires pour passer immédiatement à l’action, pour défendre les intérêts de nos concitoyens, pour renforcer la majorité, pour servir notre pays, pour construire et développer La Gauche Moderne.
Gilles Casanova
Borloo séduit la Gauche moderne – L’Alsace.fr – 19 septembre 2010.
Jean-Louis Borloo, accueilli par Jean-Marie Bockel, en présence de Patricia Kliber, présidente régionale du Parti radical, et de la députée européenne Michèle Striffler. Photo Jean-François Frey
Le président du Parti radical, Jean-Louis Borloo, a été accueilli en « cousin », hier, aux Rencontres de La Gauche moderne à Mulhouse.
Il n’est pas facile d’être un jeune parti, comme l’a reconnu son secrétaire général, Michel Suchod. « Nous sommes au milieu du gué. La Gauche moderne a été créée il y a 20 mois, et dans 20 mois se déroulera l’élection du président de la République », a résumé l’ancien député chevènementiste qui a choisi d’accompagner Jean-Marie Bockel dans son parcours atypique.
Les responsables de cette formation qui s’affirme toujours comme l’aile gauche de la majorité présidentielle, même si Nicolas Sarkozy a donné un coup de barre à droite, n’ont pas manqué, tout au long de la matinée, de s’interroger. « Avons-nous réellement pesé sur les débats ? Sommes-nous suffisamment écoutés dans la majorité ? » Poser la question, c’est déjà y répondre. D’autres se sont interrogés sur l’avenir de leur formation, si Jean-Marie Bockel ne siégeait plus au gouvernement… Mais la mission sur la prévention de la délinquance des mineurs que lui a confiée Nicolas Sarkozy a semblé les rassurer sur ce point.
Yves Urieta, l’ancien maire de Pau, a tenté de rasséréner ses camarades. « J’ai occupé au PS presque tous les postes. Qu’est-ce qu’on est bien à Gauche moderne ! Nous sommes libres », a-t-il lancé, tout en appelant la salle à « porter les valeurs d’une gauche ouverte ». Évoquant l’apport de son parti à « la refondation du pacte républicain », le sénateur de la Guadeloupe, Daniel Marsin, s’est fait fort de proposer « quelques amendements pour rendre la réforme des retraites acceptable ».
Bâtir un projet
Autant dire que Jean-Louis Borloo, ministre d’État et président du Parti radical, invité par Jean-Marie Bockel, a été chaleureusement applaudi, lui qui a proposé, comme il l’avait fait à Lyon, de « rassembler toutes les familles historiques du centrisme français ». S’adressant aux militants, il leur a expliqué : « Vous êtes un parti jeune, mais vous représentez une famille politique ancienne et très importante, la social-démocratie ». Après avoir fait le parallélisme avec le Parti radical qui « s’inscrit également dans une vieille famille de pensée », il a souhaité élargir son rassemblement aux démocrates-chrétiens et aux libéraux. « Ces familles éparpillées, qui ensemble ont bâti la République, la décentralisation et l’Europe, doivent bâtir un projet ensemble », a-t-il plaidé, en souhaitant ancrer ce projet dans le XXIe siècle. En conclusion, tout en répétant qu’il y a « toujours eu deux gauches françaises », Jean-Louis Borloo a observé : « Nous sommes dans la même situation. Les radicaux ne peuvent peser qu’en acceptant de grandir et on ne grandit pas tout seul… » En partant, il évoquera la création d’ « un comité de liaison » pour rassembler le pôle centriste.
Jean-Marie Bockel — qui avait accueilli les grands élus alsaciens, de la majorité, les présidents Philippe Richert et Charles Buttner, les députés Arlette Grosskost et Francis Hillmeyer, la sénatrice Fabienne Keller — s’est félicité de ce « cousinage avec les radicaux », prônant « une France rassemblée, riche de sa diversité, forte de son unité retrouvée, qui sait adapter le modèle républicain qui est le bien le plus précieux ».
Faire bouger les lignes
Le président de La Gauche moderne a « assuré aussi le président de la République de son soutien, quelle que soit sa situation au gouvernement », affirmant qu’il est plus que jamais persuadé de la nécessité de « faire bouger les lignes et pour faire accepter les réformes justes ».
Yolande Baldeweck
Bockel : «L’ouverture reste d’actualité pour 2012» – Jean-Baptiste Garat –Le Figaro.fr – 17 septembre 2010.
INTERVIEW – Pour Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la Justice et président de La Gauche Moderne.
Le président de Gauche moderne organise aujourd’hui les Rencontres de son parti à Mulhouse, à l’occasion desquelles il recevra son collègue Jean-Louis Borloo.
LE FIGARO. – Comment vivez-vous les tensions entre majorité et opposition ?
Jean-Marie BOCKEL. - Tout cela me conforte encore dans mon choix d’avoir rejoint la majorité et d’en représenter l’aile gauche. Il est très difficile pour moi de voir mes anciens camarades du PS se fourvoyer dans cette fuite en avant virulente. Les mises en cause personnelles et quotidiennes à l’encontre d’Éric Woerth, pour qui j’ai la plus grande estime, sont scandaleuses. J’ai connu bien des débats houleux par le passé où l’invective servait d’argument. Et même venant de la droite. Mais rien qui ne ressemble à ce que nous vivons.
Qu’en est-il des accusations du Monde et de l’opposition dans l’affaire Woerth-Bettencourt ?
Je ne veux pas préjuger des enquêtes en cours. Néanmoins, je considère légitime que l’État prenne les dispositions nécessaires dès lors que des documents couverts par le secret de l’enquête sont régulièrement rendus publics. Et cela n’a rien à voir avec la liberté de la presse : il est normal que la presse essaye d’avoir un maximum d’informations dans le respect de la déontologie. Et en France, elle est très protégée dans cette démarche.
Partagez-vous les doutes de certains ministres d’ouverture sur la question sécuritaire ?
Absolument pas. Après l’avoir accompagné à Grenoble, Nicolas Sarkozy m’a reçu en tant que président de la Gauche moderne et m’a confirmé que dans son esprit une politique de sécurité ne pouvait réussir qu’à la condition d’être étroitement articulée avec une politique de prévention. Du temps de Lionel Jospin, la gauche parlait beaucoup de prévention sans rien mettre en œuvre. Sécuritaire de gauche depuis toujours, j’ai vécu avec une très grande sérénité ces échanges. Et ce d’autant plus que depuis le 3 août, je suis dans l’action avec la mission sur la prévention de la délinquance juvénile que le président m’a confiée.
À l’approche du remaniement, l’ouverture a-t-elle un avenir ?
Je fais partie de la grande famille de la majorité et à ce titre je suis fier d’appartenir au gouvernement de François Fillon qui a toute mon admiration. En 2007, le président avait souhaité faire bouger les lignes, rassembler le plus grand nombre autour de l’impérieuse modernisation du pays. Depuis les régionales, une nouvelle phase conduit le président à rassembler son camp autour de certains fondamentaux dans la perspective du premier tour de 2012. Mais pour gagner le second tour, nous devrons être rejoints par des électeurs venant du centre et de gauche. Pour cet électorat, la Gauche moderne est un signal, un marqueur : on peut être de gauche, ne pas se renier, et se retrouver avec la droite et le centre autour d’un programme auquel on aura contribué. C’est pourquoi notre présence au gouvernement reste d’actualité.
L’arrivée de Jean-Louis Borloo à Matignon aurait-elle aussi valeur de marqueur ?
La participation de Jean-Louis à nos Rencontres n’est pas tout à fait un hasard : l’aile gauche de la majorité que je représente se sent proche de ce qu’il symbolise et incarne. Par son expérience, par sa réussite en tant que maire de Valenciennes, par sa ténacité dans des dossiers aussi délicats que celui du Grenelle de l’environnement, par sa sensibilité radicale, par sa stature d’homme d’État acquise au fil des années, Jean-Louis Borloo a toutes qualités et capacités pour exercer une responsabilité de premier plan. Au delà, c’est le choix du président de la République et de lui seul.
Les milliards de l’UE pour les Roms sous-employés –Claire Gallen – Le Figaro – 17 septembre 2010.
Sur la période 2007-2013, 17,5 milliards d’euros ont été affectés à des mesures en faveur des Roms et des autres populations défavorisées. Avec des résultats plus que mitigés.
Au-delà des tensions diplomatiques, la polémique entre Bruxelles et Paris aura mis en lumière les difficultés récurrentes de l’intégration des Roms en Europe. Un problème qui mobilise des sommes et une énergie considérables, pour un résultat jugé décevant.
Les Roms sont aujourd’hui la première minorité ethnique en Europe, avec une population estimée entre 10 et 12 millions de personnes. Leur intégration est l’un des grands chantiers de la Commission qui, depuis 2008, organise tous les deux ans des «sommets sur les Roms». Et s’inquiète régulièrement de la discrimination dont ils sont l’objet.
Les efforts de l’Espagne
Les anciens pays de l’Est sont abonnés aux critiques. En 2009, Bruxelles s’était déclarée «très inquiète» de violences ciblant les minorités roms en Hongrie, entre autres pays. La Roumanie, qui accueille la plus forte population en Europe avec 1,8 million de personnes, est régulièrement accusée par les associations de vouloir se débarrasser de ses Roms. En 2007, la Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la République tchèque pour discrimination envers les Roms, dont elle envoyait les enfants dans des écoles destinées aux handicapés mentaux.
«Derrière les petits jeux polémiques, il y a le sort de 11 millions de personnes dont on ne s’est pas occupé depuis la chute du mur de Berlin», tonnait en début de semaine le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche. «La France se retrouve en accusation parce qu’elle est la première à en parler.»
Pour favoriser leur intégration, ce n’est – en théorie – pas l’argent qui manque. Sur la période 2007-2013, quelque 17,5 milliards d’euros ont été affectés dans 12 États membres à des mesures en faveur des Roms et des autres populations défavorisées. Avec des résultats plus que mitigés au regard de l’ampleur de l’effort demandé aux fonds communautaires (Fonds social européen, Fonds agricole pour le développement rural, Fonds de développement régional). «L’argent est là, le problème est qu’il est très peu utilisé», note une source diplomatique.
Selon une récente analyse interne de la Commission, l’Espagne est le pays qui a prévu de débloquer les sommes les plus importantes pour les Roms, alors qu’ils ne représentent que 1,6 % de sa population. La Roumanie n’aurait pour sa part budgété que 38 millions d’euros pour des programmes visant spécifiquement cette minorité, alors que les montants prévus au titre du Fonds social européen atteignent 2,2 milliards d’euros. En Pologne, les sommes prévues uniquement pour les Roms sont de 22 millions, alors que les fonds européens dépassent 1,7 milliard.
Pour tenter d’y voir plus clair, la Commission a créé le 7 septembre une «task force» chargée d’évaluer l’utilisation des fonds et d’identifier les moyens d’améliorer leur efficacité. L’idée est notamment de vérifier «que les fonds sont vraiment dépensés dans des programmes pour les Roms», note-t-on à la Commission. Les premiers résultats doivent être présentés avant la fin de l’année.
Négociations bilatérales
En attendant, ce manque de visibilité fait grincer des dents. «Des transferts de fonds massifs ont été mis en place entre l’Ouest et l’Est. Si maintenant on dit que c’est l’Ouest qui doit encore payer, alors l’Europe est en danger», tonne Pierre Lellouche. Pour le ministre français, «ces pays feraient mieux de s’occuper de ces gens plutôt que de les laisser s’installer dans des conditions épouvantables dans d’autres pays».
Mais, à moins de violer les textes européens, aucun pays ne peut refuser d’intégrer les Roms sur son sol. S’il veut convaincre un autre État de garder ses ressortissants, il doit passer par des négociations bilatérales. C’est ce que fait la France avec la Roumanie, qui ont convenu la semaine dernière d’un plan d’action commun. Concrètement, outre les moyens alloués par l’Union européenne, Bucarest va établir un nouveau plan d’inclusion sociale pour les Roms, avec le soutien technique de Paris.
Pénibilité : encore un effort, s-v-p !!!
Il apparaît que si ces manifestations portant sur la réforme des retraites recueillent un certain succès populaire, il n’en est pas moins vrai que les français attendent du gouvernement qu’il fasse des « concessions » (pour 71% des personnes selon une enquête)
Ce dernier a déjà annoncé qu’il ne reviendrait pas sur l’âge auquel on pourra prétendre à la retraite (62 ans), mais qu’il était disposé à apporter des modifications au texte pour ce qui concerne « la pénibilité au travail ». Nous sommes là dans un domaine qui concerne directement les personnes en situation de handicap
D’ailleurs, la FNATH (association des accidentés du travail) n’a pas attendu pour réagir. Son secrétaire général, Arnaud De Broca, s’est fendu d’une tribune dans « les Echos », dont le titre est très explicite : Pénibilité : une succession d’injustices ». Il y dénonce ces injustices, commençant ainsi : « La première injustice réside dans le fait que ce dispositif repose uniquement sur l’incapacité physique de travail. Il écarte de fait les salariés qui ont été exposés à des produits cancérogènes et qui ont une espérance de vie réduite, mais pas de traces physiques de cette atteinte ». A. de Broca de poursuivre sur le même ton
Je pense qu’il ne faudrait pas que le gouvernement et les partenaires sociaux manquent ce rendez-vous avec la prise en compte de la pénibilité au travail.
On peut d’ailleurs être satisfait que ce sujet ait (enfin) trouvé une occasion d’être évoqué. Evoqué, mais pas « solutionné » pour autant.
En effet le dispositif ne serait ouvert qu’aux salariés reconnus atteints d’une maladie professionnelle, ou victimes d’un accident du travail, entraînant une incapacité permanente partielle (IPP) d’au moins 20%. Cela est sans conteste injuste, surtout quand l’on sait qu’avec une incapacité permanente comprise entre 10 et 20% les salariés bénéficient de la loi sur l’emploi des travailleurs handicapés… Ce seuil de 20% « n’a aucune pertinence médicale, sociale ou professionnelle » selon le Professeur Guillon
La loi ne prend pas en compte les nouvelles pathologies qui peuvent rendre l’exercice d’un travail pénible : troubles musculo-squelletiques, stress, etc. Les conditions de travail ne sont pas prises en compte, non plus.
S’il est important que soient répertoriés les métiers les plus exposés à la pénibilité, il faut que cela se fasse avec des critères « objectifs ». Bénéficier, à l’heure actuelle, de « régimes spéciaux » de retraite n’en est pas un. La justice sociale impose que ces régimes soient concernés, aussi, par la réforme en cours. « Vaste programme » et manque de volonté politique sur ce sujet.
Le fait que soit établie une liste des métiers reconnus comme « pénibles » ne doit pas interdire à certains salariés d’accéder à la reconnaissance de la dite pénibilité pour eux personnellement dans l’exercice d’une profession ne figurant pas dans la liste. Il s’avère que, à qualification égale, nous ne sommes pas égaux dans l’exercice d’un emploi.
En ce sens permettre le départ à 60 ans au cas par cas offre des possibilités intéressantes si le législateur veut bien aller plus loin que le texte proposé. Rejeter en bloc cette notion du « cas par cas » va à l’encontre de tout ce qui concerne l’approche de la « situation de handicap » tel que le permet la loi du 11 février 2005. Dans celle-ci, il y a un souci permanent de prise en charge « personnalisée » de la personne handicapée. Cette logique devrait-elle être écartée pour la prise en compte de la pénibilité au travail ?
Le problème est que cela oblige, une fois de plus, à « bousculer les habitudes » et à définir les critères concernant la définition de la pénibilité, en se donnant les moyens de faire appliquer une nouvelle législation au centre de laquelle le salarié est individuellement pris en considération
Par jean-loup DUJARDIN
La santé déterminant de l’âge de la retraite. Quotimed.com -15 septembre 2010.
L’espérance de vie, l’espérance de vie en bonne santé et l’âge de départ en retraite varient de manière importante et inégalitaire selon les professions en France, selon une analyse publiée dans « Retraite et Société », la revue de la Caisse nationale d’assurance vieillesse.
En France, l’espérance de vie est l’une des plus élevées au monde et dépasse les 80 ans depuis le début des années 2000. Mais les différences d’espérance de vie entre catégories socio-professionnelles sont également « très fortes, parmi les plus grandes en Europe », expliquent Emmanuel Cambois (INED), Thomas Barnay (CNRS) et Jean-Marie Robine (INSERM) dans ce numéro consacré à l’état de santé des travailleurs âgés (n° 59, août 2010).
À 50 ans, en 2003, l’espérance de vie des professions les plus qualifiées atteignait 32 ans pour les hommes, près de 5 ans de plus que celle des ouvriers. Chez les femmes, l’écart était de 2 ans, avec une espérance de vie de 36 ans pour les plus qualifiées. Les différences sont encore plus sensibles quand on parle de bonne santé perçue : l’espérance de vie à 50 ans est alors de 23 ans pour les hommes les plus qualifiés, contre 14 ans à peine pour les ouvriers.
Ces inégalités se retrouvent à la retraite, puisque, à 65 ans, l’espérance de vie en bonne santé est de 11,1 ans pour les professions les plus qualifiées (11,6 pour les femmes) et de 6,5 ans pour les ouvriers (7). Les auteurs relèvent qu’à partir de 50 ans, les ouvriers vont passer plus de la moitié de leur vie en mauvaise santé, contre un tiers pour les plus qualifiés.
Les inégalités sont aussi liées à l’occupation : de 25 à 28 % des quinquagénaires qui ont un emploi s’estiment en mauvaise santé, contre 40 % des chômeurs qui recherchent un emploi et 75 % des inactifs. Pour les chercheurs, l’état de santé est l’un des déterminants les plus importants de l’âge de cessation d’activité. C’est particulièrement le cas des ouvriers, dont la dégradation des conditions de santé est plus élevée que pour les autres catégories, mais pour qui le choix de partir en préretraite est particulièrement coûteux. Pour eux, l’arbitrage est davantage lié à l’état de santé qu’à des raisons personnelles, contrairement aux cadres.
Ces inégalités se retrouvent dans l’ensemble des pays européens, précisent les auteurs, qui concluent que, « au-delà des statuts administratifs d’activité ou d’état de santé se pose la question des possibilités réelles de poursuite d’activité professionnelle de certaines catégories compte tenu de leur état fonctionnel, de leurs conditions de vie et des conditions d’exercice de leur emploi ». Une contribution au débat sur les retraites, si tant est qu’il soit encore ouvert.
R. C.
La retraite à 60 ans pour pénibilité, un travers français – Jean-François Pécresse – Les Echos – 14 septembre 2010.
En dédaignant les amendements apportés par l’exécutif à la réforme des retraites, les syndicats font la fine bouche. Mesurent-ils bien ce qu’ils ont obtenu ? Certes rien sur le recul des âges légaux de la retraite. Mais rien de moins que l’introduction d’un nouveau droit social : celui de pouvoir partir en retraite anticipée, dès 60 ans, pour cause de travail pénible. Un droit que l’Etat français, décidément jamais en retard d’une providence, s’apprête à consacrer alors qu’il est sans équivalent dans les pays de l’OCDE.
Le principe était affirmé dans le projet initial sous la forme d’un maintien de l’âge légal de départ à 60 ans pour les travailleurs ayant eu un métier pénible au point d’être reconnus en incapacité physique pour au moins 20 %. De cette mesure assez restreinte au départ, Nicolas Sarkozy a fait un dispositif plus large en décidant, la semaine dernière, d’abaisser à 10 % le seuil d’incapacité pris en compte, et de l’étendre aux agriculteurs. Cette seule décision a déjà triplé la cible théorique de départ, passée en une nuit de 10.000 à 30.000 personnes.
D’un point de vue financier, l’enjeu n’est pas anecdotique. Il en coûtera, en effet, plus d’un demi-milliard d’euros par an à la branche d’indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles de la Sécurité sociale. Une branche dont le déficit cumulé 2009-2010 devrait être compris entre 1 milliard et 1,5 milliard d’euros. Même si cela paraît peu de chose en comparaison du déficit colossal que s’apprête à connaître l’ensemble du régime général de Sécurité sociale cette année (27 milliards d’euros), la « mise de départ » est loin d’être négligeable.
Elle représente le tiers de celle du revenu de solidarité active (RSA), lancé voici tout juste deux ans. Manifestement réticent à ouvrir une nouvelle boîte de Pandore sociale, le gouvernement a pris la précaution d’encadrer ce nouveau droit de trois manières, en veillant à ce qu’il soit attribué de façon individuelle et non pas collective, conditionnelle et non pas automatique, et enfin à partir d’éléments constatés et non pas présumés - comme c’est d’ailleurs, naturellement, la règle en matière de réparation d’un dommage. La solution prisée par les organisations syndicales, soutenue par une partie de la gauche et des éléments de l’aile sociale de la droite consistait, au contraire, à arrêter des critères de pénibilité applicables à tous sans que chacun ait à devoir soumettre son cas à une commission d’experts.
Ainsi, aurait-il dû suffire d’avoir été exposé un certain temps à des conditions de travail particulières. La liste des facteurs de pénibilité est du reste assez consensuelle : travail à des horaires décalés, fractionnés ou nocturnes, exposition au bruit, aux vibrations ou au port de charges lourdes, manipulation de substances toxiques, cancérigènes, travail dans des conditions extrêmes - de froid, par exemple, comme dans les abattoirs.
Pour certains, le seul fait de justifier d’un ou plusieurs de ces éléments devrait suffire à qualifier la pénibilité, donc sa réparation sous forme de droit à la retraite anticipée. « Des dizaines d’années de marteau-piqueur ont sur l’organisme humain des incidences délétères que ne peuvent compenser ni la gratuité des soins ni le système de retraite actuel », écrit ainsi, dans « Le Figaro » du jeudi 9 septembre, l’ancien député Jean-Frédéric Poisson (UMP), auteur d’un rapport sur le sujet. L’approche gouvernementale consiste, au contraire, à objectiver l’effet de la pénibilité, par la reconnaissance d’une incapacité.
C’est cette précaution qui passe mal, y compris au sein de la majorité. Ainsi, le président du Sénat n’est-il pas loin, lui non plus, de réclamer une reconnaissance a priori de la pénibilité lorsqu’il se demande si l’on ne devrait pas, tout simplement, parvenir, à des listes de métiers pénibles. Cette approche « verticale » plutôt que « transversale » (par le biais des professions plutôt que par celui des conditions de travail) trouve cependant peu de partisans, car elle reviendrait à rebâtir des régimes spéciaux.
Préalable à l’obtention du droit à une retraite dès 60 ans, le passage de chaque demandeur devant une commission mixte, composée de médecins et de partenaires sociaux, devrait apporter enfin une protection face aux abus comme il y en a eu, et en grand nombre, dans l’attribution - parfois sur la base d’une simple attestation de travail -du droit au départ anticipé pour carrières longues. Il n’est pas certain, toutefois, que cette sage précaution suffise à empêcher ce dro it social nouveau de gagner du terrain. La présence dans ces commissions de représentants syndicaux accrédite ce risque.
Et ce ne sont pas les précédents qui manquent, à commencer par celui de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), instituée le 1er janvier 2002 par le gouvernement Jospin. Attribuée elle aussi après examen par une commission médico-sociale, l’APA devait couvrir une population potentielle de 800.000 personnes âgées dépendantes. Elle est versée aujourd’hui à près de 1,2 million et son coût global - à la charge des départements -a doublé en sept ans.
Même si le nombre de Français théoriquement concernés par la retraite anticipée pour pénibilité est sans commune mesure, il n’est pas négligeable. Ce sont quelque 115.000 personnes de tous âges qui arrêtent de travailler, chaque année, au titre de l’inaptitude au travail. Et le montant total de ren tes permanentes pour incapacité versées par la Sécurité sociale dépasse pour la première fois, depuis la fin de 2009, 4 milliards d’euros.
A nouveau, l’Etat providence s’apprête à ajouter une couche au mille-feuille social plutôt qu’à en retirer, à réparer un dommage collectif plutôt qu’à le prévenir et à payer pour en compenser le résultat -une espérance de vie réduite -plutôt que pour éviter d’en arriver là.
La retraite à 60 ans pour pénibilité, un travers français DE JEAN-FRANCIS PÉCRESSE Jean-Francis Pécresse est éditorialis
Retour à la retraite à 60 ans les ambiguïtés du projet PS – Le Figaro – 13 septembre 2010.
S’ils affirment refuser le passage de l’âge légal à 62 ans, les socialistes ne souhaitent pas revenir sur la réforme Fillon de 2003, celle qui allonge la durée de cotisation.
La ligne officielle du Parti socialiste est claire : l’âge légal du départ à la retraite doit rester à 60 ans. Pas question de passer à 62 ans en 2018 comme le veut le gouvernement. En théorie, la proposition socialiste est plus avantageuse pour les salariés. En effet, l’âge légal désigne l’âge à partir duquel chaque Français est autorisé à prendre sa retraite. Concrètement aujourd’hui, un salarié qui a acquis dès ses 59 ans le nombre de trimestres de cotisations nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein doit tout de même travailler jusqu’à 60 ans avant de partir à la retraite. Avecla réforme, il devra patienter jusqu’à 62 ans. Le PS propose de ne pas rajouter ses deux années supplémentaires, pénalisantes pour ceux qui ont commencé jeune une activité.
Mais il y a un hic. Car les socialistes ne souhaitent pas revenir sur la réforme Fillon de 2003, celle qui allonge la durée de cotisation. Ils acceptent donc que le nombre d’années de cotisations nécessaires pour avoir une retraite complète passe de 40,5 ans aujourd’hui à 41 ans en 2012 et à 41,5 ans en 2020.
Hausse des taxes
Or à l’avenir, allongement des études oblige, de plus en plus de salariés n’auront pas, à 60 ans, cotisé 41 ou 41,5 ans. Pour tous ceux-là, le maintien de l’âge de départ à 60 ans est un peu virtuel : ils auront le droit de partir à 60 ans, mais avec une pension incomplète. À eux donc de choisir. Beaucoup pourraient préférer travailler plus longtemps pour s’assurer une retraite complète. Les communistes sont eux plus radicaux mais moins ambigus : ils veulent que l’âge de la retraite reste à 60 ans et que la durée de cotisation soit maintenue à 40 ans.
Par ailleurs, le projet socialiste comprend près de 40 milliards de hausses d’impôts et de cotisations sociales d’ici à 2025, ce que le gouvernement dénonce comme une hérésie économique.
Locale ou nationale? La Voix du Nord 02 septembre 2010.
Assister à la conférence de presse de Martine Aubry vous livre ce premier enseignement : la première dame lilloise brandit clairement sa stature nationale. Dans les échanges entre les (nombreux) journalistes et la mairie de Lille, difficile de trouver trace de sujets bien locaux. Hier, des Roms à Hortefeux, la rentrée de l’élue avait des allures de rentrée parisienne. Si les médias régionaux ont, au détour des questions, pu aborder les sujets qui leur tenaient à cœur, on se met à rêver d’une rentrée purement dédiée aux journalistes locaux. La demande est lancée. Vu l’agenda de la première concernée et des échéances ( nationales elles aussi), pas sûr que suite lui soit donnée….
Fillon tacle le PS sur la réforme des retraites – Lepoint.fr et Reuters – 11 septembre 2010.
François Fillon s’en est vivement pris samedi aux socialistes qui ont promis de revenir sur la réforme des retraites si la gauche l’emporte en 2012.
Lors de la fête départementale de l’UMP des Bouches-du-Rhône, en Camargue, le Premier ministre a appelé les dirigeants de la majorité à « l’union absolue » pour faire passer le texte actuellement débattu à l’Assemblée.
« J’invite tous nos concitoyens à bien réfléchir avant de faire confiance à ceux qui prétendent qu’ils abrogeront les lois que nous sommes en train de faire voter », a fait valoir François Fillon devant quelque 1.500 militants réunis à Méjanes, sur les rives de l’étang de Vaccarès. « Je le dis aux Français solennellement : ne croyez pas ceux qui vous promettent aujourd’hui qu’ils reviendront sur les lois que nous sommes en train de faire voter parce que cette loi, demain, sera la loi de la République et de tous les Français », a-t-il ajouté.
François Fillon faisait directement allusion aux déclarations de Ségolène Royal, qui a pris « solennellement » l’engagement jeudi que le Parti socialiste réinstaurerait l’âge légal de la retraite à 60 ans.
Les députés ont voté vendredi soir le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans et le report de 65 à 67 ans de l’âge de la retraite à taux plein quel que soit le nombre de trimestres cotisés, les deux mesures phares du projet de loi du gouvernement. « Ce n’est pas défendre l’intérêt de notre pays que de mentir », a poursuivi François Fillon. « Nous savons bien sûr qu’il est plus facile de proposer des lendemains qui chantent plutôt que d’engager nos concitoyens à travailler deux années de plus. (…) Quand on prétend vouloir servir la France, on ne cale pas sa conduite sur les sondages, on cale sa conduite sur l’idée qu’on se fait de ses devoirs. »
Fillon raille le silence d’Aubry
François Fillon a poursuivi son exercice de pédagogie sur la réforme, prenant de nouveau l’exemple des pays voisins de la France, comme l’Allemagne ou l’Espagne, où l’âge de départ à la retraite est supérieur à 62 ans. « Tous les pays ont pris acte du vieillissement de leur population », a-t-il assuré. Et, « comme pour les 35 heures, nos socialistes français prétendent que l’on peut avoir raison contre le reste du monde », a-t-il raillé. « On ne peut pas prétendre faire l’Europe, faire un grand espace où circulent les marchandises et les personnes si dans un pays on travaille 35 heures, dans l’autre 40, si dans un pays on prend sa retraite à 60 ans et dans l’autre à 67 ans », a-t-il asséné.
À l’unisson avec les dirigeants de l’UMP qui ont pris pour cible Ségolène Royal vendredi, le Premier ministre a estimé que les propos de l’ancienne candidate à l’Élysée embarrassaient davantage le PS que la majorité. « Mme Aubry qui ne dit rien, M. Strauss-Kahn qui dit qu’il faut évidemment allonger la durée du travail et repousser l’âge légal, M. Rocard qui a dit à plusieurs reprises que cette réforme était une réforme de bon sens et puis tous les socialistes des autres pays européens qui ont engagé cette réforme », a-t-il égrené.
Après l’affichage de dissensions entre les chefs de la majorité, François Fillon a rappelé tout le monde à l’ordre. « J’en appelle, devant la difficulté de cette réforme, à l’union absolue de tous les responsables de l’UMP. Les querelles de personnes et les états d’âme doivent s’effacer devant la cause de l’intérêt général », a dit le chef du gouvernement.