Archive pour août 2010
Quel projet pour Europe Ecologie ? Le Monde – 18 août 2010.
La situation se résume en une phrase : l’économie mondiale se contracte tendanciellement, mais personne ne pense ou ne gère cette décroissance-là. Ou en une autre phrase : aucun gouvernement, aucune organisation internationale (FMI, OCDE…), aucun institut universitaire établi ne publie d’étude qui ne prévoit pas un retour à une croissance économique continue. Comment expliquer cet aveuglement général autrement que par l’attachement irrationnel des dirigeants économiques et politiques à la croissance comme panacée universelle ? Bien que l’hypothèse de la décroissance objective – correspondant fidèlement aux faits matériels (déplétion des ressources, catastrophes écologiques) – soit plus explicative du mouvement réel du monde que toute théorie de la reprise possible, les responsables de droite comme de gauche continuent d’imaginer des plans à l’ancienne pour retrouver la croissance perdue.
L’unique politique publique mise en œuvre partout, de type keynésien, est de gagner du temps en imprimant plus de monnaie ou en empruntant plus pour quelque relance, en espérant qu’une nouvelle croissance future permettra de rembourser les dettes présentes. Cela marchait jadis, ça ne marche plus aujourd’hui : nous vivons l’époque où la croissance rencontre les limites de la planète.
Les évolutions aux Etats-Unis illustrent notre propos. La récession promet une fin d’année difficile pour le peuple américain, alors même que la « relance » du président Obama est censée être à son apogée. Malgré le maquillage des statistiques par Washington, la dégradation de la situation des ménages se poursuit : le chômage réel est de l’ordre de 20 %, les saisies immobilières continuent, le surendettement s’accroît, le déficit fédéral et celui des Etats se creusent. Comme en Grèce, mais avec un tout autre retentissement international, le gouvernement Obama sera bientôt contraint à un plan d’austérité budgétaire et à une hausse de la pression fiscale. Le mythe de l’indestructible croissance américaine s’effondrera et, avec lui, la majeure partie du système financier international.
C’est dans ce paysage de décroissance que doit s’élaborer le projet d’Europe Ecologie pour la décennie 2010-2020, autour de trois exigences : dire la vérité, garantir la justice, proposer une vision.
Nous n’aimons pas la vérité. Mais les faits n’ont que faire de notre déni. Les sombres perspectives économiques et, surtout, l’immensité du désastre écologique et géologique qui s’avance doivent être reconnues, partagées et diffusées par toute formation politique sérieuse, c’est-à-dire débarrassée de l’hypocrisie de programmes qui se résument tous à : « Votez pour nous, ça ira mieux demain. » S’il est une « politique autrement », sa première qualité est d’annoncer le plus probable – une longue récession -, non de vendre une illusion – la croissance retrouvée.
Dans cette optique, on ne pourra éviter le chaos social que par un effort inédit de justice basé sur deux objectifs : un travail pour tous, un revenu pour tous. Pour atteindre le premier, il nous faut reprendre les attributs qui ont permis le succès de la réduction du temps de travail en 1998 : qu’elle soit massive, rapide et générale. La proposition d’une semaine de 28 heures en quatre jours est la plus adaptée à la situation actuelle. Pour s’avancer vers le second objectif, la proposition d’un revenu d’existence élevé, universel, inconditionnel et individuel répond à la question des discontinuités dans les carrières professionnelles et organise la sécurité économique à partir de la personne et non du statut social. Une société écologiquement sobre est aussi une société plus solidaire, dans laquelle chacun est libéré de la crainte d’être exclu.
C’est dans la critique de la centralité du travail rémunéré que nous trouverons les bases d’une nouvelle vision du devenir humain. La propagande contemporaine ne cesse de rabâcher que« travailler plus, pour gagner plus, pour consommer plus » est la voie vers le bonheur. Le productivisme travailliste et consumériste serait jouissif, tandis que l’écologie décroissantiste serait synonyme de frustration, de renoncement, de mortification.
Le contraire est vrai, assurément. Les activités qui ne relèvent pas du travail, du calcul en vue de l’accomplissement d’une tâche, de l’obtention d’un résultat, bref de l’esprit productiviste, ces activités sont les plus épanouissantes parce qu’elles sont effectuées pour elles-mêmes, non comme moyens en vue d’une fin. Ce sont des dépenses qui ne mènent nulle part, n’ont aucune utilité, ne sont pas conditionnées par une demande quelconque : ce sont des dépenses souveraines, improductives, insubordonnées. C’est par cette réorientation du désir que nous sortirons du travaillisme. On peut vivre mieux en travaillant et en consommant moins.
Quelle est l’amorce, la motivation, l’excitation qui détrônera les valeurs du productivisme au profit de celles de l’écologie ? Notre réponse, après George Bataille, est : la propension à la dépense libre. Disqualifier ainsi la puissance, l’utilitarisme et la surconsommation pour faire de l’écologie, de la sobriété et de la décroissance une mode, un esprit du temps, un nouvel imaginaire collectif, telle est notre vision.
La gravité et l’imminence des bouleversements incitent à penser que le temps d’une transition douce par des solutions graduelles est loin derrière nous, lorsque des scientifiques ont commencé à sonner l’alarme au sujet des folies financières, de la dérive de l’effet de serre et du pic pétrolier. Cependant, nous pouvons encore construire une décroissance prospère. Si vous pensez qu’une telle réorientation de civilisation est difficile en période de récession économique, imaginez à quel point ce le sera plus tard, après la dislocation du système financier, la raréfaction de l’énergie disponible et les perturbations liées au changement climatique.
Durs avec les délinquants, durs avec les causes de la délinquance – Jean-Marie Bockel, dans le quotidien « Les Echos » du 16 août 2010.
Tirs à balle réelle contre les forces de l’ordre, voitures et commerces incendiés, conflits armés entre bandes rivales sur fond d’économie souterraine, telle est la triste litanie des scènes de violence urbaines qui se succèdent à la une de l’actualité. Notre pays, qui souffre encore des conséquences de la crise financière, n’en peut plus de ces débordements qui impliquent des délinquants de plus en plus jeunes.
En me confiant une mission concernant la prévention de la délinquance, thème qui me mobilise depuis longtemps, le président de la République apporte un cinglant démenti à ses contempteurs qui voudraient l’enfermer dans l’image du tout répressif. La fermeté des réponses qu’il convient d’apporter pour faire prévaloir la loi républicaine est une priorité absolue que nul ne peut contester.
Mais il faut parallèlement tout mettre en oeuvre avec la même détermination pour traiter le plus en amont possible cette délinquance en associant élus locaux, acteurs associatifs, travailleurs sociaux, policiers, représentants de l’autorité judiciaire et de l’Education nationale. C’est la feuille de route fixée par le président de la République et je souhaite apporter ma contribution à cette politique d’ensemble, loin des anathèmes et des caricatures avec un souci d’efficacité et de dépassement des faux clivages.
Tel sera l’enjeu des assises nationales de la prévention de la délinquance que je me propose d’organiser en octobre prochain à Paris. Il est urgent de faire un inventaire des besoins, des moyens et des actions à mettre en oeuvre pour consolider les efforts entrepris depuis 2002 en matière de prévention de la délinquance.
Je crois nécessaire, à cet égard, d’en appeler à la responsabilité de l’ensemble des décideurs politiques locaux et nationaux. Les événements récents de Grenoble ou ceux survenus en banlieue parisienne ont profondément meurtri l’opinion. La loi de groupes violents régnant par l’intimidation et la terreur tant dans nos quartiers que dans les transports publics, ou dans l’enceinte de nos établissements scolaires ne peut l’emporter sur celle de la République. De tels actes visent la destruction de toutes formes d’autorité légale et l’anéantissement de notre conception du vivre ensemble. Face à une telle dérive, il est tout à fait salutaire que le président de la République ait été à l’unisson de l’émotion et de l’indignation exprimées par la majorité de nos concitoyens.
Pourtant de belles âmes ont cru devoir gloser sur une manoeuvre électoraliste, prétendument ourdie par le président de la République afin de ramener le thème de la sécurité au centre du débat politique. Je ferai simplement remarquer que ce sont les faits de délinquance et de violence qui se sont eux-mêmes invités au coeur de l’espace public. Le déni du réel n’est pas seulement une faiblesse de l’esprit, c’est aussi une faute contre l’exigence républicaine qui devrait transcender les passions partisanes.
Personne ne peut nier le volontarisme mis en oeuvre depuis l’élection présidentielle pour reconquérir des territoires qui semblaient avoir été délaissés par la République et répondre ainsi aux attentes des couches populaires. La gauche d’opposition, qui invoque la police de proximité comme une panacée, feint d’oublier que Lionel Jospin, quand il était Premier ministre, avait cédé aux pressions de l’aile angélique de sa majorité en refusant d’allouer à ce dispositif les moyens budgétaires demandés par le ministre de l’Intérieur de l’époque. Le Parti socialiste, qui porte en raison de ses atermoiements d’hier une lourde responsabilité dans l’aggravation des violences urbaines, se trouve à contretemps en refusant de voir que la donne a changé.
Les menaces qui mettent en danger le contrat social appellent des réponses novatrices.
Les mesures relatives à la sécurité intérieure mises en oeuvre avec un volontarisme exemplaire par le gouvernement ne constituent pas à elles seules le contenu de toute la politique de sécurité qu’il importe de mener. A l’évidence, la prévention de la délinquance ne peut plus être conçue comme une sorte de substitut aux politiques qualifiées péjorativement de sécuritaires, qui longtemps ont constitué le socle intellectuel d’une « culture de l’excuse » conduisant au délitement des politiques de sécurité. Pour autant, celles-ci ne peuvent se résumer aux seuls aspects répressifs.
Dur avec la délinquance, dur avec ses causes, disait Tony Blair. C’est exactement le sens de l’action gouvernementale et le sens de mon action dans le domaine de la prévention de la délinquance.
Il me paraît aujourd’hui en effet essentiel d’affiner nos propositions autour de trois axes fondamentaux : la responsabilité des parents, la lutte contre la récidive et le renforcement de la coordination des acteurs engagés dans les politiques de prévention de la délinquance, tant au niveau local que national.
Il existe à cet égard un vivier d’innovations locales et de bonnes pratiques qu’il convient de mieux articuler avec les politiques nationales et de généraliser.
Cette démarche ne saurait évidemment se concevoir sans concertation avec l’ensemble des partenaires engagés dans la lutte contre la délinquance juvénile, et notamment les élus locaux. Tel est l’enjeu des assises nationales de prévention de la délinquance qui seront suivies d’un rapport que je remettrai au président de la République.
J’entends ainsi apporter - avec pragmatisme et humanisme -ma contribution à la mise en oeuvre d’une politique équilibrée visant autant à restaurer l’autorité de l’Etat qu’à casser la spirale de la délinquance des mineurs, qui hypothèque l’avenir de notre société.
Jean-Marie Bockel, dans Les Echos
Salaire ou retraite : les infirmières choisiront à partir de septembre – lesechos.fr – 17 août 2010
Les 200.000 infirmiers de l’hôpital public auront six mois pour choisir entre catégories A et B, ce qui aura des implications sur leur rémunération et leur date de départ en retraite.
C’est finalement à partir de septembre que les 200.000 infirmiers et infirmières de l’hôpital public devront choisir. Ils auront six mois pour prendre une décision cruciale. Première option, ils décident de rester en catégorie B. Ils bénéficieront alors d’une revalorisation salariale limitée (434 euros par an en début de carrière), mais conserveront la possibilité de partir à la retraite plus tôt. L’âge d’ouverture des droits pour cette catégorie de fonctionnaires est actuellement de 55 ans. Il sera progressivement décalé à 57 ans avec la réforme des retraites qui doit entrer en vigueur l’an prochain, mais restera inférieur de cinq ans à la norme (qui passera de 60 à 62 ans d’ici à 2018).
Deuxième option, les infirmiers décident de passer en catégorie A. La revalorisation salariale est alors plus importante : au moins 2.100 euros par an d’ici à 2015. Revers de la médaille, ces salariés renoncent à la « catégorie active », et ne pourront prendre leur retraite qu’à partir de 60 ans. Aucun infirmier en poste aujourd’hui ne sera concerné par le passage à 62 ans, qui ne sera appliqué qu’aux nouveaux infirmiers diplômés à partir de 2012.
Le droit d’option devait initialement démarrer en août, mais le gouvernement a finalement décidé d’attendre la rentrée pour faire paraître le décret nécessaire et la circulaire à destination des directions d’hôpitaux. Le droit d’option prendrait donc fin en février ou mars 2011. Ce léger retard n’aura pas d’impact sur les revalorisations salariales, qui entreront en vigueur quoi qu’il arrive au 1er décembre 2010, et seront donc imputées rétroactivement sur les fi ches de paie.
Quelle proportion d’infirmières optera pour la catégorie A ? Le gouvernement espère un taux d’adhésion compris entre 60 % et 80 %. Les syndicats se gardent de faire des pronostics. « Pour l’instant, le droit d’option reste nébuleux, estime Cécile Marchand (CGT). Les agents prendront leur décision à partir de septembre, lorsque le processus sera clairement défini. » « Cela dépendra de leur âge et de leur parcours professionnel, pronostique Denis Basset (FO). Les infirmiers de moins de 45 ans devraient opter très majoritairement pour la catégorie A. Au-delà de l’intérêt financier, non négligeable, c’est une reconnaissance de la profession. Les salariés plus proches de la retraite seront probablement nombreux à rester e n catégorie B. » « Le problème, c’est que le passage en catégorie A ne résout en rien le problème de la pénibilité, qui est largement liée aux conditions de travail », regrette Dominique Coiffard (CFDT).
La réforme aura un impact financier important. D’une part, elle fera faire des économies à la CNRACL, la caisse de retraite de la fonction publique territoriale. D’autre part, elle coûtera cher aux hôpitaux en hausses de salaires. Si les trois quarts des infirmières choisissent la catégorie A, les plus et les moins s’équilibreront à peu près dans un premier temps (voir graphique). A l’horizon de 2030 en revanche, les économies pour la CNRACL seront réduites à néant, puis se transformeront en coût supplémentaire, car les nouvelles générations d’infirmières retraitées, mieux payées, toucheront aussi des pensions plus élevées.
Salaire ou retraite : les infirmières choisiront à partir de septembre Les 200.000 infirmiers de l’hôpital public auront six mois pour choisir entre catégories A et B, ce qui aura des implications sur leur rémunération et leur date de départ en retraite.
VINCENT COLLEN, LES ECHOS
Bockel: la classe politique doit se rassembler sur la sécurité – La Croix – 06 août 2010.
Jean-Marie Bockel approuve la fermeté affichée par Nicolas Sarkozy sur les questions de sécurité
La Croix : Le président de la République vous a confié, mercredi 4 août, une mission sur la prévention de la délinquance juvénile. Comment avez-vous accueilli cette initiative ?
Jean-Marie Bockel : Comme un geste fort. À charge pour moi, et j’y mettrai un point d’honneur, à ce qu’il y ait une suite sous forme de décisions concrètes. Le président de la République m’avait convié à l’accompagner en fin de semaine dernière à Grenoble, où il a fait ses dernières annonces en matière de sécurité. Puis je l’ai rencontré lundi pour un entretien politique, qui était prévu de longue date.
Lors de cette rencontre, nous avons abordé la question de la délinquance et je lui ai dit mon accord sur une politique de fermeté autant que sur les actions de prévention, comme elles ont déjà pu être engagées par une loi de 2007. Pour être efficace en la matière, la réponse doit être équilibrée.
Cette double approche répression-prévention m’a beaucoup mobilisé durant vingt ans comme maire de Mulhouse. La réponse doit être équilibrée, surtout en direction de la délinquance juvénile, qui a considérablement augmenté ces dernières années. Un jeune se construit par l’amour et par la loi.
Comme secrétaire d’État à la justice, je me suis saisi de cette réalité en confiant en 2009 au spécialiste Jean-Yves Ruetsch un rapport, dont les premières conclusions m’ont été remises en février dernier, et en projetant pour le 14 octobre prochain la tenue d’assises, dont le principe vient d’être aussi validé par le chef de l’État. Je rendrai mon rapport après ces assises.
Cela signifie-t-il, alors que vos anciens amis socialistes protestent, que vous êtes d’accord avec les dernières propositions de Nicolas Sarkozy, notamment avec la déchéance de la nationalité française pour les personnes d’origine étrangère ayant porté atteinte à la vie d’un policier ou gendarme ?
Je n’ai pas de problème avec ces propos de fermeté du président. Sur la déchéance de la nationalité, il se réfère à une législation qui existe déjà, et les critiques de la gauche sur ce point sont dérisoires par leur caractère excessif. J’ai d’autant moins de problème que, avec cette nouvelle mission sur la prévention de la délinquance juvénile, nous allons pouvoir apporter une réponse complète. La classe politique doit, sur la sécurité, dépasser le clivage gauche-droite et se rassembler.
Que faire pour prévenir la délinquance juvénile ?
Il ne s’agit pas de réinventer l’eau chaude, mais de partir des initiatives locales existantes, tant en France qu’à l’étranger. Dans les communes et les départements, des expériences très intéressantes sont menées et apportent des réponses en matière d’aide à l’exercice des responsabilités parentales, l’éducation à la citoyenneté, la réinsertion des jeunes exclus ou la professionnalisation des intervenants.
Sur le terrain, des élus de droite et de gauche font du bon travail. La première piste est de mieux connaître ces bonnes pratiques et de voir comment on peut les développer, voire les généraliser. Une seconde piste est de favoriser la coordination, d’une part, entre les différents niveaux territoriaux et, d’autre part, entre les divers acteurs, magistrats, policiers, enseignants, éducateurs….
Quelles bonnes pratiques ?
Concernant l’incitation à la responsabilité parentale, il existe par exemple des « écoles de parents ». Mais, là encore, pour que l’innovation marche, elle doit concilier l’aide et la fermeté, à savoir l’application d’une sanction si les stages parentaux ne sont pas effectués après avoir été décidés par l’autorité judiciaire.
Comment concevez-vous le rôle des éducateurs ?
Les éducateurs spécialisés ont fait un travail remarquable et difficile avec beaucoup d’engagement et de compétence. Dans certains quartiers, il n’y a plus d’éducateurs de rue depuis plusieurs années. Il faut qu’ils puissent retourner sur le terrain avec le soutien des autorités et avec des missions redéfinies.
Recueilli par Antoine FOUCHET
Où va la France? Une tribune de Max Gallo, dans Le Figaro du 5 août 2010…
Est-elle entraînée par la « dérive antirépublicaine » d’un « président aux abois » qui « donne un coup de poignard dans le dos de la République », qui annonce des lois qui nous renverraient « aux heures les plus sombres de notre histoire » (le régime de Vichy) ? L’opposition le clame après les déclarations du président de la République sur les problèmes de sécurité.
La France dirigée par ce président qui « abîme la fonction présidentielle » est-elle désormais vouée, par le pouvoir politique, à ce « populisme xénophobe » et de surcroît soumise au règne injuste et indécent de l’argent ? L’opposition l’affirme.
L’opposition oublie qu’elle a salué les dernières décisions du Conseil constitutionnel comme un progrès important du droit qui protège les libertés. Or, c’est ce même président de la République qui a proposé la réforme constitutionnelle – refusée par l’opposition – qui a ouvert ce nouveau champ au droit. Quant à l’argent, au libéralisme, au capitalisme financier, faut-il rappeler que le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce sont présidés par d’éminents socialistes ? Et personne n’ose dire que le FMI et l’OMC dénoncent le pouvoir de l’Argent dans la mondialisation et sont deux redoutables machines de guerre anticapitalistes ! Il est vrai qu’il y a quelques décennies les opposants qualifiaient de Gaulle de fasciste, maître d’oeuvre d’un « coup d’État permanent », selon la formule de François Mitterrand.
Entre l’homme du 18 Juin et le vichysto-résistant, l’histoire a tranché. Réduisons donc les outrances polémiques à leur objet : délégitimer le président et son gouvernement, engranger des suffrages de républicains inquiets pour les droits de l’homme, et attiser le feu social afin de créer une fin de quinquennat chaotique et de permettre en 2012 l’élection d’un leader de l’opposition.
Mais conduite de cette manière, la confrontation politique n’aide pas à éclairer la question majeure du moment : où va la France ?
Pour en dégager les enjeux, il faut changer de perspective, rappeler que le XXe siècle a été pour la France une crise nationale de longue durée (saignée de 1914-1918, crise des années 1930, fascisme, nazisme, abîme de 1940, collaboration, guerres coloniales). Pour s’en tenir à la deuxième moitié du siècle, on peut distinguer le temps des années pleines (1945-1980) – restauration de l’État par de Gaulle, reconstruction du pays après la guerre, grands projets, énergie, nucléaire, etc. – et le temps des années creuses (1980-2007), où aucune grande réforme n’est entreprise – sinon la décentralisation, dont le bilan doit être discuté.
Mais, de 1945 à 2000, les élites françaises qui sont aux affaires ont en commun d’avoir joué la carte européenne. Vision juste, grand projet français, mais qui s’est bâti sur la conviction que la forme nationale était un archaïsme, et qu’il fallait dissoudre les souverainetés nationales dans une Europe fédérale. Or, cette grande utopie européenne se brise à la fin du siècle. L’Union soviétique s’effondre. Le carcan qui tenait l’Europe centrale saute. La révolution démocratique se double d’une révolution « nationale ». C’est le début du retour des nations, symbolisé par la réunification de l’Allemagne, qui désormais trace son « chemin »en fonction de ses intérêts, de son identité, de sa souveraineté.
Il n’est pas un pays d’Europe – et, au-delà, des autres continents – qui ne soit concerné par ce mouvement qui désagrège, recompose. Nos « élites » avaient parié sur l’effacement des nations. Elles ressurgissent partout. Comment la France pourraitelle échapper à ce courant ? Mais nous n’osons pas aborder les problèmes que cette nouvelle donne comporte. Parler de l’identité nationale est tabou. Parler de civilisation française est une incongruité. On évite même de parler « France ». On préfère, quand un problème se pose, invoquer la « République » comme un « ensoi », oubliant qu’elle est française ! C’est-à-dire issue de cet Ancien Régime qui a fait la France durant plusieurs siècles. Car la France commence à naître au Moyen Âge – Clovis, roi des Francs… –, la République française est fille naturelle de la monarchie. Et ce millénaire est présent dans chacun de nos villages et de nos villes. Il est abbaye, cathédrale, château, modeste église, il est notre langue façonnée au fil des siècles comme notre paysage et l’implantation de notre habitat.
Faire surgir cette histoire, la rappeler, c’est s’interroger sur ce que signifie être, devenir français. Dire seulement République c’est répondre qu’il suffit d’une carte d’identité. Dire France, c’est reconnaître qu’il existe une identité nationale, en permanente évolution, certes, mais selon des lignes de forces que notre histoire millénaire a commencé de tracer bien avant le 14 juillet 1789 ou le 20 septembre 1792. La Bastille et Valmy sont des événements décisifs de notre histoire, mais la France ne commence pas avec eux.
Quand on employait jadis le mot assimilation, on osait penser et dire que devenir français, pour un émigré – et la France a toujours été une terre d’immigration –, c’était assimiler les éléments de cette civilisation française. Poser le problème de la nationalité française en ces termes est difficile, ambitieux, et soulève de lourds problèmes juridiques. Mais rester dans le non-dit, c’est comme marcher dans un champ de mines. Nous y piétinons depuis près d’un demi-siècle.
Il faut ouvrir le débat. Importer le concept de « care » – prendre soin de l’autre – pour éviter l’émiettement communautaire est illusoire.
Le ciment d’une communauté nationale, c’est le patriotisme, c’est-à-dire l’amour de la France qui relègue à l’arrière-plan les choix politiques. Parmi les premiers Français libres qui ont rejoint de Gaulle, il y avait des républicains et des monarchistes adversaires de la Gueuse. Mais ils venaient tous donner leur vie pour la patrie, pour la France. Ce patriotisme français n’est pas un patriotisme d’exclusion. Il est, dans sa genèse même, partie prenante de la civilisation européenne, qui n’efface pas les nations mais les célèbre, les reconnaît comme fondatrices, créatrices de cette civilisation. Où va la France ? Vers les autres, à condition qu’ils en respectent et assimilent l’histoire, la civilisation et les lois.
Max Gallo dans Le Figaro du 5 août
La réforme des retraites ne réduira pas le fossé entre l es générations – Le point de vue de MEHDI BENCHOUFI ET ALAIN VILLEMEUR – lesechos.fr – 13 août 2010
Craignant d’être la dernière génération à fortement cotiser pour une faible retraite, connaissant un taux de chômage élevé et anticipant le poids d’une dette croissante, les jeunes actifs d’aujourd’hui ont de moins en moins confiance dans notre système de retraite. Face à la réforme envisagée par le gouvernement, deux préoccupations légitimes agitent les générations de jeunes actifs, la prise en compte de leurs nouveaux parcours professionnels et le retour à un système soutenable. Cette contribution est celle d’un jeune actif et d’un senior actif, convaincus que la force des fils qui se tissent entre les générations est une garantie de la solidité de notre pacte social.
Cette réforme des retraites prend-elle suffisamment en compte les nouveaux parcours professionnels des actifs, notamment des plus jeunes ?
Tout d’abord, la flexibilité croissante du travail faisant, les actifs changent bien plus fréquemment d’emplois tandis qu’ils connaissent un chômage intermittent. Ces « polypensionnés », c’est-à-dire ces assurés ayant cotisé à plusieurs régimes de base (déjà la moitié des assurés âgés de 40 ans), sont pénalisés par le système actuel compte tenu de l’absence de règles d’harmonisation entre les régimes. La réforme projetée ignore ce fait, alors que ces actifs seront de plus en plus nombreux.
Aussi, les femmes se trouvent clairement pénalisées du fait de carrières souvent interrompues par la naissance et l’éducation des enfants. La réforme actuelle ne prévoit aucune mesure pour réduire l’important écart entre les niveaux de retraites des femmes et des hommes. Au contraire, le recul de 65 à 67 ans de l’âge de la retraite sans pénalité les touchera tout particulièrement.
Restreignant le champ de la pénibilité aux personnes victimes d’une invalidité, la réforme passe à côté d’un élément essentiel si l’on considère que les jeunes aux métiers pénibles ne peuvent que ressentir une profonde injustice, dès lors qu’ils devront cotiser autant que leurs congénères malgré une durée prévisible de retraite bien raccourcie. C’est ici qu’il convient d’affirmer qu’il appartient à notre système de formation continue d’assurer à chacun des trajectoires professionnelles plurielles et ascendantes, sachant faire évoluer les carrières dans le sens d’une moindre pénibilité et à notre système de santé au travail de réduire la pénibilité.
MEHDI BENCHOUFI, INTERNE EN MÉDECINE, EST PRÉSIDENT DU CLUB DES JEUNES ACTIFS DÉMOCRATES. ALAIN VILLEMEUR EST PROFESSEUR ASSOCIÉ À LA CHAIRE TRANSITIONS DÉMOGRAPHIQUES, TRANSITIONS ÉCONOMIQUES DE L’UNIVERSITÉ DE PARIS-DAUPHINE.
Ces endroits sans droits.
Un homme en a tué deux autres, le soir du 14 juillet, dans une cité HLM de Gentilly (Val-de-Marne). Le tueur présumé n’en pouvait plus de supporter le bruit des pétards jusqu’à une heure indue. On peut lire ce dramatique fait divers de diverses manières. Le présumé coupable, c’est l’auteur des coups de couteau. La question ne se pose même pas. C’est la seule certitude juridique dans un contexte où le droit n’existe plus. Et mêmes les circonstances atténuantes ne changent rien : dans une société qui entend garder un mince espoir de civilisation, tuer ne se justifie pas. C’est ce qui empêche l’américanisation de notre société, le « faire justice soi-même » ramenant l’époque à celle du western, où le plus fort, ou le mieux armé, se chargeait de nettoyer l’injustice avant d’être lui-même nettoyé par mieux armé que lui. L’horreur absolue. L’absence de droit interpelle fortement : les rodomontades sarkozystes, proférées par ces élus qui osent, toute honte bue, assurer que l’action du chef de l’Etat a fait reculer la délinquance, n’y changeront rien. Il existe des zones de non-droit en France, des endroits où la police n’intervient plus sur les querelles de voisinage mais tentent, par à-coups spectaculaires, de changer la donne en donnant un grand coup de pied dans la fourmilière. L’attitude de la police n’est pas condamnable en elle-même : c’est un fait que certaines interventions méritent d’être mûrement réfléchies. Mais elle pose une difficulté croissante : comment la régulation sociale s’installe-t-elle dans le face-à-face musclé entre une population excédée et des jeunes ou des moins jeunes conscients jusqu’à la provocation de leur impunité ? Comment garder le contact républicain avec cette population des cités, dont le seul crime est de vouloir vivre en paix ? Qui peut agir en amont pour « dealer », si j’ose dire, les modalités d’une paix sociale ?
On a dit et répété que les grands frères ne servaient à rien, si ce n’est à couvrir des actes délictueux. Cette médiation sociale n’est même plus dans les tuyaux de la conceptualisation. C’est dommage : elle incarne une des rares solutions de compréhension de la situation, de rapprochement entre les enfants et les adultes des cités. On a dit et répété que la police de proximité était avant tout douée pour jouer au foot avec ces délinquants potentiels. C’est dommage : les unités territoriales de quartiers (UTEQ), depuis leur déploiement en 2008, semblent dégager quelques perspectives positives. Ce ne sont pas des intellos fumeurs de pétards et boboïsables à souhait qu’ils le disent mais un rapport officiel du ministère de l’Intérieur gardé sous le coude de peur qu’il contredise les certitudes circulaires de N. Sarkozy.
Donc, entre les jeteurs de pétards, les petits cons qui se foutent de la tranquillité des populations, et des policiers qui ne peuvent intervenir comme ils le souhaitent dans des cités potentiellement éruptives, il n’y a plus rien. Le vide sidéral, celui où la violence se déploie avec des bottes de sept lieux. Ou plutôt si : le passage à l’acte d’un adulte un peu plus courageux qu’un autre et qui règle le problème de la plus mauvaise des manières, plusieurs coups de couteau et deux morts au final. La médiation sociale est l’art de désamorcer les conflits potentiels dans l’espace public ; c’est un métier difficile, réalisé par des femmes et des hommes d’une immense qualité humaine, un métier irremplaçable dans le sens où il ne peut évoluer dans la caricature idéologique. Nous évoluons malheureusement dans un cadre politique où les émetteurs symboliques relèvent d’une forte idéologisation. Il faudrait donc complètement isoler la prévention de la délinquance de la surenchère politique pour ne la renforcer que dans ce qu’elle a de plus pragmatique, à savoir sa technicité de terrain, son approche méthodologique. La prévention de la délinquance se heurte à de nombreux échecs, mais pas plus que la police, métier lui aussi ô combien estimable. Inutile d’appeler ici à un Grenelle gadget de la prévention de la délinquance. Mais les deux hommes morts le 14 juillet et l’auteur des coups mortels qui passera une bonne partie de sa vie derrière les barreaux sont les victimes collatérales de ce jusqu’au-boutisme idéologique qui ampute la prévention de la délinquance de son hyper-technicité professionnelle.
Par jean-loup DUJARDIN
Les mesures de sécurité, voulues par Nicolas Sarkozy, largement approuvées.
Un sondage IFOP, pour le Figaro, montre que les mesures proposées par Nicolas Sarkozy, le gouvernement ou l’UMP sont très largement approuvées par les Français.
Parmi ces mesures, le démantèlement de camps illégaux de Roms ou de gens du voyage recueille l’assentiment de 79% des sondés.
70% approuvent le retrait de la nationalité française aux individus qui auront attentés à la vie d’un policier ou d’un gendarme.
67% approuvent l’installation de 60.000 caméras de video surveillance d’ici 2012….
Il faut rappeler que le parti socialiste est violemment opposé à toutes ces mesures.
Banques : « Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Nous y voilà, l’été qui n’en finit pas d’arriver nous apporte une nouvelle étude sur les banques. D’après la Fédération des centres de gestion agréés, 65% des entreprises seraient satisfaites de leur relation avec leur banque. Conclusion : tout irait bien.
S’il est vrai qu’en politique, 65% d’opinions favorables ressemblent à un satisfecit (50% suffisants à se faire élire), il n’en est pourtant rien en matière commerciale et économique. Car si le marché n’est pas faussé, 35% de clients mécontents représentent un taux catastrophique en termes d’image et de résultat, sans parler du plan actionnarial s’il s’agit d’une entreprise cotée en bourse. Heureusement pour les banques, l’oligopole bancaire bénéficie d’une clientèle captive qui lui permet de ne pas modifier ses pratiques pour maintenir son niveau de résultat, lequel, pour le coup, est effectivement excellent. Tant mieux pour les banques, tant pis pour leurs clients. Et tant pis pour l’économie et les emplois.
Car la réalité est bien là : 35% d’entreprises insatisfaites, ce sont 35% des créateurs d’emplois et de richesse du pays dont les besoins ne sont pas satisfaits. Pour le dire autrement, ce serait 35% d’une équipe sportive qui ferait la compétition en étant sous-oxygénée. On comprend alors sans mal le nombre des abandons, les difficultés à se maintenir en tête du classement et l’impossibilité d’avoir le niveau de performance collectif dont notre économie a besoin pour assurer la croissance nécessaire à la relance et aux financements divers et variés de la solidarité, des soins, de l’éducation, de la culture…
Il faut bien comprendre que la politique des banques en matière de frais, lesquels augmentaient les besoins de financement des entreprises au fur et à mesure que celles-ci rencontraient des difficultés, a eu un effet amplificateur de la crise économique. C’est pourquoi le Cerf n’a eu de cesse d’appeler à un changement de comportement de la part des banques, et de proposer autant des mesures incitatives, de régulation, qu’un encadrement légal, notamment grâce à lapétition contre les abus bancaires. De nombreux députés et sénateurs ont manifesté leur inquiétude sur ce plan, sans que cela n’aboutisse à des propositions ou des mesures concrètes. Le Ministre de l’économie a commandé un rapport sur les frais bancaires, dont l’auteur, un banquier, a rendu les conclusions qui ne sont pas à la hauteur du problème ! Aujourd’hui, enfin, timidement, d’autres organisations patronales commencent à reprendre les positions du Cerf sur un dossier qui reste majeur et qui ne permet aucune impasse.
Les choses avancent, mais trop lentement au regard de l’ampleur des difficultés quotidiennes rencontrées par les entreprises, des enjeux économiques et, il ne faut pas se tromper, politiques. 35% d’entreprises insatisfaites, ce sont près d’1 million de patrons et leur conjoint. Sans parler de leurs salariés qui se sentent menacés.
Par jean-loup DUJARDIN
Jean-Marie Bockel chargé d’une mission sur la prévention de la délinquance.
Publié le 04 Aout 2010
Secrétaire d’Etat à la Justice
Communiqué de presse
Mission sur la prévention de la délinquance des jeunes confiée à Jean Marie BOCKEL
Le Président de la République a confié une mission sur la prévention de la délinquance des jeunes à Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’Etat à la Justice.
Cette mission s’intéressera notamment à la prévention sociale et éducative de la délinquance des jeunes, à la recherche tant en France qu’à l’international des bonnes pratiques et à la formulation de propositions innovantes en la matière.
Elle s’inscrit dans la continuité du rapport, demandé par le Secrétaire d’Etat à la justice au mois de novembre 2009 à monsieur Jean Yves Ruestch et intitulé « prévenir la délinquance des jeunes, un enjeu pour demain », qui lui a été remis le 18 février dernier.
Jean Marie Bockel remettra son rapport de mission avant la fin du mois d’octobre.