Archive pour août 2010

TVA, taxe Google, ISF : Baroin jette les bases d’une convergence fiscale avec l’Allemagne – Les Echos – 25 août 2010.

Le ministre du Budget, François Baroin, s’est rendu hier à Berlin pour rencontrer le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, et dégager des axes de convergence fiscale entre les deux pays.

Réduire les écarts de compétitivité en Europe, en commençant d’abord par la France et l’Allemagne : c’est le voeu exprimé par Nicolas Sarkozy le mois dernier, et qui s’est traduit hier par un premier déplacement du ministre du Budget, François Baroin, à Berlin. Celui-ci a multiplié les rencontres, à gauche comme à droite, prouvant ainsi qu’après avoir émis des réserves sur la stratégie allemande jugée trop « égoïste », la France semble plus que jamais décidée à coller à son puissant partenaire. Un pays qui, en matière budgétaire, fait toujours office de modèle : « Quelle que soit leur sensibilité politique, tous les Allemands sont d’accord, ou presque, pour affecter les surplus de recettes [dus à la révision de la croissance à 3 % cette année, NDLR] au désendettement. En France, non », a résumé François Baroin à l’issue de son entretien avec la députée de gauche Petra Merkel (SPD), présidente de la commission budgétaire. « L’Allemagne est un modèle dont nous devons nous inspirer, a-t-il insisté à l’issue de ses entretiens, devant la presse. Le consensus politique sur la réduction des déficits dans la société allemande est assez spectaculaire. »

A plus long terme, le gouvernement espère bien obtenir le soutien de l’Allemagne sur plusieurs sujets fiscaux de première importance. Le calendrier n’a rien d’anodin : la Cour des comptes vient d’entamer un état des lieux sur les systèmes fiscaux des deux pays. Le niveau de prélèvements est certes proche, 42,8 % pour la France et 39,5 % pour l’Allemagne. « Mais ces chiffres globaux recouvrent des réalités différentes », indique Nicolas Sarkozy dans sa lettre de mission (lire ci-dessous). L’Allemagne, par exemple, ne dispose ni de l’impôt de solidarité sur la fortune… ni du bouclier fiscal ! Cela est évidemment regardé de près par l’Elysée.

Arracher un accord européen

France et Allemagne promettent aussi d’oeuvrer de concert pour avancer à Bruxelles une proposition de taxation des activités numériques (Google, eBay, etc.), imposées dans le pays où se situe leur siège social (Irlande, Luxembourg, etc.), et non là où sont générées les richesses. La France avait envisagé d’agir seule en début d’année, en vain. Elle espère que son rapprochement avec l’Allemagne lui permettra d’arracher un accord européen, et de récupérer les milliards d’euros de recettes qui lui échappent chaque année. « C’est un enjeu primordial pour la France et l’Allemagne », insiste François Baroin. A plus long terme, le gouvernement veut également réfléchir à une convergence des taux de TVA : les taux réduits (appliqués à l’hôtellerie et à l’alimentation) sont plus élevés en Allemagne qu’en France, mais le taux normal y est plus bas (19 % au lieu de 19,6 %).

François Baroin s’est également rendu en Allemagne pour chercher un soutien face au Parlement européen, qui souhaite augmenter le budget de l’Union jusqu’à 4,9 %, à contre-courant des efforts budgétaires entrepris dans chacun des pays. Un état de fait inacceptable du point de vue de la France, qui refuse de voir sa contribution augmenter (de 1,5 milliard à compter de 2013). Il se rendra à Londres à la mi-septembre dans le même objectif.

LUCIE ROBEQUAIN, Les Echos.

Pilier incontournable de la cohésion sociale : la Prévention.

Le sentiment d’insécurité des populations en France, est devenu une réalité omniprésente dont le développement s’est progressivement détaché de celui de l’insécurité à proprement parler.

Ainsi la perception qu’ont nos citoyens de l’insécurité, tant qualitativement que quantitativement, ne coïncide que peu ou prou avec la réalité des risques en la matière. Cependant, cette perception agit sur la réalité quotidienne et a contribué à la faire évoluer telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Le développement de ce différentiel entre perception et réalité a, depuis plusieurs années, contraint les acteurs locaux à envisager différemment les actions à mettre en place pour répondre, avec cohérence à ces deux aspects de l’insécurité.

Il ne s’agit plus aujourd’hui de se limiter à ne traiter que les faits et leurs origines mais également de gérer les perceptions des individus se sentant concernés.

Pour s’en convaincre, il suffit, de prendre en considération différents diagnostics qui ont fait apparaître un constat et une méthode d’action :

·      un effet ciseaux produit par le resserrement de deux tendances que sont l’accroissement des faits générateurs d’insécurité et la diminution du seuil de tolérance des populations ;

·      la nécessité d’engager un processus de partenariat opérationnel impliquant tous les acteurs et créant une nouvelle dynamique sur le territoire de la commune.

Ainsi, comme je pouvais l’écrire dans un précédent « article », en matière de sécurité, il nous faut travailler sur le triptyque : Prévention – Dissuasion – Répression

Triptyque, indissociable, garant de  cohésion sociale, d’harmonie et d’équilibre dans notre vie quotidienne ;

Un des piliers incontournable de ce triptyque s’avère être la Prévention.  Pour lutter contre l’augmentation de la petite délinquance,

Toutefois, la prévention se trouve au centre de moult réflexions, attentes, voire exigences. Aujourd’hui, la prévention ne peut plus se contenter d’une pseudo « thérapie compensatoire » colmatant tant bien que mal, au « coup par coup », les « situations critiques ». Elle se doit d’agir en amont, en ayant une approche transversale et systémique permettant ainsi d’éviter l’aggravation des risques sociaux, environnementaux et psychologiques, et de mettre en œuvre des interventions visant la résolution des processus d’exclusion sociale.

Et, nous assistons souvent, trop souvent, à une tendance qui consiste à minorer la notion de prévention en l’assignant à un sens simple et équivoque – « délinquance » – évitant ainsi de prendre en considération les champs multiples de son intervention, sa dimension globale et limitant parfois son rôle.

Toutefois, force est de constater que définir la prévention n’est pas chose facile. C’est pourquoi, afin d’avoir un langage « commun » permettant de définir ce qu’est la prévention, j’ai retenu, synthétiquement et schématiquement, trois approches admises et appropriées par l’ensemble des acteurs  de la prévention :

-   La prévention primaire (générale) : qui tend à s’attaquer aux innombrables facteurs d’inadaptation,

-    La prévention secondaire (ciblée – partielle) : dont l’objectif est la lutte contre l’aggravation et l’extension des troubles,

-    La prévention tertiaire (curative) : dont l’objectif est la réinsertion, la lutte contre la récidive, le soin thérapeutique…

Les acteurs locaux, selon la population concernée (en difficulté, « à risque », sans symptômes apparents,…) mettent dès lors en œuvre :

-       soit un accompagnement social, souple et ponctuel, favorisant l’insertion dans la vie de la cité,

-       soit des actions s’appuyant sur l’accompagnement, l’orientation, la guidance visant à faciliter le lien social et, par là même, le maintien dans la « vie sociale »,

-       soit un suivi socio-éducatif nécessitant une mobilisation massive, à court, moyen et long termes, permettant la réinsertion au sein de la « communauté urbaine ».

La prévention se doit être le résultat d’une démarche volontaire qui repose sur la prise en compte de  la mixité sociale qui a toujours été une caractéristique essentielle de notre pays(n’en déplaise à certains) , et ce , en faisant en sorte que cette mixité soit un facteur d’harmonie et non de fracture sociale.

L’objectif d’une politique de prévention adaptée, à chaque commune, consiste ; à lutter contre le sentiment d’insécurité, à renforcer le lien social, urbain et économique, à résorber les déficits enregistrés (citoyenneté, morale, autorité, etc.) sur le terrain, à lutter contre l’exclusion sociale et urbaine, à développer  des actions en faveur de la vie citoyenne et de l’accès au droit…

Pour ce faire, la prévention doit s’appuyer   sur des diagnostics, des analyses, des suivis concrets et des évaluations systématiques et ce, en cohérence avec l’ensemble de ses orientations tant locales que nationales .

Il faut également, que l’ensemble de nos « politiques » conscientisent que la prévention s’inscrit dans un espace temps plus long que celui du temps électoral . Et qu’il ne s’agit plus  de faire des déclarations intempestives mais d’expliciter que les évolutions de notre société, de répondre aux besoins (en matière de sécurité et d’insécurité) de nos concitoyens.

Oui, nous avons besoin de réformes. Alors, faisons en sorte que ces réformes soient justes pour tous et chacun.

Jean-Loup DUJARDIN

Heures supplémentaires : l’accélérateur de relance.

L’activité enregistre des signaux positifs dans plusieurs secteurs. Les entreprises doivent pouvoir s’ajuster aux variations de la demande pour transformer l’essai en reprise. Elles disposent pour cela d’un outil efficace : les heures supplémentaires. Leur nombre a augmenté de 4,5% au deuxième trimestre 2010 par rapport à la même période l’année dernière et de 4,8% par rapport au trimestre précédent. Les heures supplémentaires sont bien reparties à la hausse même si le volume reste en dessous du début de l’année 2008. Ces chiffres confirment surtout qu’un certain nombre d’entreprises font face à une amélioration de leur carnet de commandes.

Le Cerf, à l’origine de la réforme sur les heures supplémentaires mise en oeuvre le 1er octobre 2007, a défendu la pertinence de ce dispositif y compris pendant la crise quand tous les syndicats réclamaient sa suppression pure et simple. Les Créateurs considèrent en effet que cette réforme a deux vertus : elle permet aux petites entreprises de s’adapter rapidement et facilement aux variations d’activité à la hausse comme à la baisse, et donc de satisfaire au mieux leurs clients. La réforme confirme son rôle de formidable levier de relance. Seconde vertu, les heures supplémentaires permettent de distribuer du pouvoir d’achat aux salariés : les grands bénéficiaires de la réforme restent les bas salaires et plus particulièrement, les salariés des TPE restés aux 39 heures qui ont vu leur revenu mécaniquement augmenter.

Malgré les effets bénéfiques évidents des heures supplémentaires, les syndicats continuent de faire un mauvais procès à cette réforme. Ils lui reprochent son coût : entre 3 et 4 milliards d’euros en année pleine – 1,391 milliard sur le premier semestre 2010 – versés par l’Etat à la Sécurité sociale pour compenser les exonérations de charges salariales mais ils omettent de préciser que ce sont eux qui ont exigé ces compensations qui n’étaient pas dues. De plus, il faut rapporter ce chiffre aux 24 milliards d’allègements de cotisations sociales dont la moitié est consacré à la mise en oeuvre des 35 heures ! Les syndicats considèrent également que les heures supplémentaires se font au détriment de l’embauche : il savent pourtant qu’il n’est ni envisageable, ni souhaitable d’un point de vue pratique que les petites entreprises embauchent des « extras » pour effectuer quelques heures par-ci par-là sans savoir si celles-ci auront besoin de cette main d’oeuvre la semaine suivante. Que diraient alors ces mêmes syndicats enfermés dans des postures populistes ? Que les patrons organisent la précarité !

Il est fort dommageable que les syndicats continuent de prendre les Français pour des idiots et d’agiter des chiffons rouges. La suppression de la loi TEPA ne permettrait pas de faire baisser le chômage, pas plus que les atermoiements sur la réforme des retraites n’améliorent les finances publiques et le pouvoir d’achat des Français.

Le Cerf

RSA plus efficace que le RMI – AFP 26 août 2010.

Le Revenu de solidarité active (RSA) devrait davantage inciter les ménages à reprendre un emploi que le RMI, qu’il a remplacé en 2009, selon des simulations de l’Insee publiées jeudi.

Le RSA comporte deux volets: le RSA « socle », qui n’a fait que remplacer automatiquement le RMI, et le RSA « complément d’activité », qui apporte un complément de revenus aux personnes qui ont de petits salaires.
Il est touché par près de 1,8 million de foyers.

Le RSA est conçu pour que chaque heure travaillée apporte un complément de revenu au bénéficiaire, tandis que dans certains cas, reprendre un travail faisait perdre de l’argent aux Rmistes.

Certains perdaient en effet des droits dits connexes, comme l’exonération de la redevance télé ou les tarifs réduits dans les transports.
L’Insee a cherché à savoir si le principe du RSA était toujours respecté, en simulant sept situations familiales différentes (nombre d’enfants, couple ou personne isolée…) dans 13 villes tests (dont Paris, Lyon et Marseille).

Selon ces simulations, « l’efficacité du RSA en termes de gains du retour à l’emploi apparaît spectaculaire »: « en moyenne, sur notre échantillon de 13 villes, le RSA fait disparaître » les situations où reprendre un travail fait perdre de l’argent, selon l’étude.
Car désormais, avec le nouveau système du RSA, « les droits connexes diminuent de façon progressive lorsque les revenus d’activité s’accroissent » alors qu’ils chutaient « de manière brutale lors de la sortie du RMI ».

Toutefois, nuance l’Insee, ces simulations partent du principe que les droits connexes, en particulier ceux qui sont accordés localement par les collectivités, restent en l’état.

Or, certaines pourraient bien vouloir les modifier pour éviter une explosion des dépenses.

Pour éviter de pénaliser financièrement des ménages tout en conservant l’effet incitatif du RSA, l’Insee prône de modifier les critères d’attribution de ces aides, en les conditionnant aux ressources (je gagne moins de telle somme) plutôt qu’au statut (je touche le RSA donc j’ai automatiquement droit à d’autres aides).

Le RSA sera étendu aux jeunes actifs le 1er septembre – Marc Landré

Cette mesure, annoncée le 29 septembre par Nicolas Sarkozy, pourrait toucher moins de personnes que prévu.

Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse et des solidarités actives, a confirmé ce mercredi l’extension au 1er septembre du revenu de solidarité active (RSA) aux jeunes actifs de moins de 25 ans. «Cela veut dire concrètement que les premiers bénéficiaires recevront leur allocation le 5 octobre», a précisé le ministre de la Jeunesse et des solidarités actives. Cette disposition du plan «Agir pour la jeunesse» avait été annoncée le 29 septembre dernier par Nicolas Sarkozy lors d’un déplacement à Avignon et est censée «accélérer le retour à l’emploi des jeunes actifs». Elle est destinée aux jeunes de 18-25 ans ayant travaillé au moins 3214 heures sur trois ans. Soit deux années à temps plein dans les trois dernières précédant la demande.

«Toutes les périodes d’activité salariées ou non salariées sont prises en compte», a précisé Marc-Philippe Daubresse. A savoir les contrats en alternance, en apprentissage, les CDD, CDI ou encore missions d’intérim. Les périodes de stages, de volontariat, de service civil ne sont en revanche pas intégrées. Quant aux périodes de chômage indemnisé, mais aussi celles sous convention de reclassement personnalisé (CRP) et sous contrat de transition professionnelle (CTP), elles sont neutralisées dans la limite de six mois, augmentant ainsi la période de référence à 3,5 ans, au plus.

460 euros par mois

Le montant du «RSA jeune» est établi sur les mêmes bases que le RSA et donc calculé en fonction des revenus et de la situation familiale. Concrètement, un jeune de moins de 25 ans sans activité et sans autre ressource ayant travaillé deux ans et épuisé ses droits à l’allocation chômage percevra une allocation de 460 euros par mois. Quant à un jeune en activité ayant deux ans d’expérience et qui perçoit 500 euros de revenus par mois sans autre ressource, il percevra de l’État un chèque de 215 euros par mois.

Une campagne de communication (affichettes, spots radio, bannières internet, dépliants…) – avec, comme slogan, «le RSA, aujourd’hui, c’est aussi pour les jeunes» – sera lancé début septembre pour toucher la cible. Reste toutefois une énorme incertitude sur le nombre de bénéficiaires et le coût global du dispositif. L’Élysée tablait sur 160 000 jeunes éligibles et un coût de 250 millions en année pleine. Mais le ministre a refusé de confirmer ces chiffres.

«Je récuse les objectifs qu’on ne peut pas atteindre car je suis un scientifique», a-t-il indiqué, qualifiant le chiffre de 160 000, réaffirmé publiquement le 24 février par François Fillon, de «prévisions au doigt mouillé.» Ses services avouent toutefois que le RSA jeune devrait coûter 80 millions en année pleine et bénéficier donc au final à beaucoup moins de 100 000 jeunes.

Retraites : Woerth prêt à des « éclairages supplémentaires » avec les syndicats. Les Echos – 24 août 2010.

Le ministre du Travail a adressé un courrier aux syndicats où il se dit prêt à les recevoir s’ils le souhaitent. Le projet de réforme sera amendé sur trois points : la pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés.

Eric Woerth s’est dit prêt à recevoir les syndicats s’ils le souhaitent, pour d’ultimes réunions sur la réforme des retraites avant le début du débat parlementaire le 7 septembre, dans une lettre adressée mardi à leurs dirigeants. Dans ce courrier, le ministre du Travail indique que le « gouvernement déposera plusieurs amendements ou annoncera des modifications de nature réglementaire » sur trois volets de la réforme: la prise en compte de la pénibilité, des carrières longues et de la situation des polypensionnés.

Il s’agit des trois dossiers sur lesquels Nicolas Sarkozy avait demandé la poursuite de la concertation avec les syndicats, après la présentation du projet de réforme gouvernemental. Eric Woerth souligne dans son courrier que « plusieurs réunions sur ces sujets » ont eu lieu en juillet, après les « nombreuses rencontres » du premier semestre. Il estime ainsi disposer « de tous les éléments nécessaires à la préparation d’amendements ». « Néanmoins, si vous souhaitez apporter des éclairages complémentaires sur les trois sujets qui feront l’objet d’amendements, ou sur tout autre, mon équipe et moi-même sommes évidemment à votre entière disposition pour vous rencontrer d’ici au début de la phase parlementaire », écrit-il.

Lundi, les syndicats ont renouvelé leur appel « à faire du 7 septembre prochain une journée massive de grèves et de manifestations » face à un projet de réforme jugé « inacceptable ». Seule FO n’a pas signé ce texte commun, même si le syndicat participera également à cette journée de mobilisation.

Bockel se veut toujours utile au gouvernement – Anne Rovan, Le Figaro – 24 août 2010.

Le secrétaire d’État à la Justice et président de la Gauche moderne pense être maintenu au gouvernement suite au remaniement d’octobre.

Jeudi, dans le centre éducatif fermé de Brignoles (Var). Jean-Marie Bockel s’entretient avec des mineurs délinquants et multirécidivistes accueillis ici. Au cours de la visite de cet établissement, situé à une heure de voiture des Issambres où il passe alors ses vacances, le secrétaire d’État à la Justice tombe aussi sur un punching-ball. Et lâche: «C’est Besson qui fait de la boxe. Moi, je n’en ai pas besoin.»

Pas besoin? Le secrétaire d’État à la Justice et président de la Gauche moderne fait pourtant partie des ministres qui pourraient faire les frais du remaniement d’octobre. Lui ne croit pas à son départ. «Je ne suis pas inquiet», confie-t-il.

Bockel évoque tout de même au passage les marques d’attention que lui aurait témoigné Nicolas Sarkozy ces dernières semaines: un entretien d’«une petite demi-heure» le 2 août et la mission sur la prévention de la délinquance des mineurs qu’il lui a confié dans la foulée. «J’ai aussi accompagné le président à Grenoble le 30 juillet, lorsqu’il a fait son discours sur la sécurité. C’est un signal que je ne qualifierais pas de négatif», poursuit Jean-Marie Bockel.

Celui qui a grogné en juin 2009 d’avoir été nommé à la tête d’un secrétariat d’État sans réelle attribution pense donc être maintenu au gouvernement. Mais pas au même poste. «Je n’ai pas vocation à rester secrétaire d’État à la Justice et je ne m’en suis jamais caché», explique-t-il.

La Gauche moderne

En fait, l’ex-ministre de François Mitterrand, l’ancien maire de Mulhouse qui a donné les clés de sa ville à son adjoint UMP début mai, estime être le dernier ministre d’ouverture du gouvernement Fillon.

Jean-Marie Bockel pense aussi que le président aura besoin de la Gauche moderne en 2012. Oubliant un peu vite que, sur le flan droit de l’UMP, Christine Boutin, qui croyait elle aussi que Nicolas Sarkozy ne pouvait pas se priver de sa sensibilité, a été remerciée après les européennes. «On peut considérer qu’il faudra donner des signaux au second tour de la présidentielle», espère-t-il en admettant que le virage sécuritaire du gouvernement a déplu à certains des adhérents de son parti.

En attendant d’être fixé sur son sort, Bockel tente de se rapprocher de celui qui, à ses yeux, incarne «l’aile gauche de l’UMP», Jean-Louis Borloo. Le ministre du Développement durable et président du Parti radical participera aux rencontres annuelles de la Gauche moderne, le 18 septembre, à Mulhouse. Bockel parie-t-il sur Borloo à Matignon? «J’ai de la sympathie pour lui.» .

Insécurité : attention aux raccourcis faciles – Bernard Debré – Le Monde -18 août 2010.

Bernard Debré explique qu’il faut « manier le concept de déchéance de la nationalité française avec beaucoup de précautions ».

Depuis quelques années, les Français en ont assez de l’insécurité qui mine leur vie quotidienne et fait la « une » des journaux télévisés et des quotidiens. Ce ne sont plus des incivilités mais c’est une véritable guérilla qui ravage certaines parties du territoire français.

Hold-up sanglants, braquages, affrontements entre bandes rivales ou avec la police. On ne compte plus les tirs à balles réelles sur les voitures de policiers… Dans quelle France vivons-nous ? Le mal est profond, les lois de la République ne sont plus appliquées ; certains quartiers, certaines banlieues, des villages entiers vivent avec d’autres lois. Faut-il pour autant n’incriminer que les étrangers ou une religion?

De tout temps, ils ont été des boucs émissaires. Juifs à Babylone ou plus récemment, pendant la seconde guerre mondiale, massacrés pendant la Shoah. Chrétiens aujourd’hui dans certains pays musulmans. Musulmans et juifs en Espagne jusqu’en 1492. Il faut donc manier avec une extrême prudence le concept étranger-religion-délinquance.

Mais faut-il pour autant nier certains faits ? La France a été de tout temps une terre d’immigration ; venus de l’est pendant l’Empire romain, plus récemment Espagnols et Italiens au XXe siècle, aujourd’hui venus du sud et de l’est, des pays maghrébins et de l’Europe anciennement communiste. A une certaine époque, ces immigrations ont été intégrées par assimilation. Aujourd’hui, l’assimilation est en panne. Il y a plusieurs explications.

La crise économique majeure entraîne un chômage massif des nouveaux arrivants et ces temps de crise sont propices à la désignation de boucs émissaires et au racisme. Comme la crise, la ghettoïsation dans certaines villes ou banlieues conduit au repli identitaire et à l’exclusion réciproque des Français contre les étrangers et des étrangers contre les Français.

Ensuite, la perte des valeurs de la République. Qui peut nier que la France soit déboussolée ? Et je m’interroge sur la levée de boucliers qu’a entraînée le débat sur l’identité nationale. Est-ce un gros mot, une incongruité de parler de la France ? Ce ne sont pas les étrangers qui ont critiqué ce débat, mais des Français de gauche, des altermondialistes, des philosophes coupés des réalités. Que n’a-t-on entendu pendant ce court débat avorté ? Et pourtant il eût été salutaire s’il n’avait pas été pollué par la démagogie.

Si nous voulons que l’intégration se passe sans trop de heurts, ne faut-il pas que les étrangers sachent en arrivant à quelles valeurs ils doivent obéir, à quelles lois ils doivent se plier ? Une nouvelle fois, la droite libérale, sociale, humaniste a plié devant les diktats d’une gauche rêveuse et méprisante de notre pays.

Le président de la République menace certains de déchéance de la nationalité française. Il faut manier ce concept avec beaucoup de précautions. C’est d’intégration qu’il faut parler d’abord ; et pour parler d’intégration, il faut en définir les valeurs ; ensuite il faut faire apprendre ces valeurs de la République dès l’école.

Notre école est en panne, elle aussi, l’illettrisme gagne du terrain, laissant sur le bas-côté des millions d’enfants et d’adolescents qui vont se faire happer par des bandes de malfrats ; n’êtes-vous pas surpris en voyant des voyous attaquer une banque ou tirer sur la police alors qu’ils ont à peine 15 ans ? Notre école doit former tous les Français et pas uniquement ceux dont les familles viennent de l’étranger.

Il faut évidemment lutter contre l’immigration clandestine, qui, par définition, est hors la loi, mais n’oublions pas ceux et celles, Français, qui emploient cette main-d’œuvre bon marché et non déclarée ! Comment accepter que dans des restaurants, des usines, des ateliers, des patrons voyous embauchent ces hommes et ces femmes arrivés ou restés en France illégalement ?

Comment accepte-t-on la « régularisation » de centaines de milliers de clandestins ? Quel exemple désastreux pour ceux et celles qui, eux, sont intégrés et travaillent régulièrement chez nous ! Réduisons le flux migratoire et punissons les employeurs illégaux.

Enfin, il faut sans cesse aider les pays pauvres à se développer. Facile à dire, mais comment faire ? C’est toute notre politique de coopération qui doit être revue. J’ai proposé, il y a quelques années, des contrats internationaux d’aide au développement qui entraîneraient des devoirs réciproques entre les signataires, et même des délégations internationales de service public. Comment accepter, par exemple, que dans tant de pays l’équipement sanitaire soit inexistant alors que tant d’argent y est déversé ?

Alors, déchoir de la nationalité française certains criminels, pourquoi pas ? Mais après avoir fait notre examen de conscience. Il ne serait pas acceptable de tout lier : intégration, religion, terrorisme et étrangers venus en France. Il y a des terroristes français, il y a des criminels français. Il faut évidemment une politique de l’immigration et une politique d’intégration raisonnée. Méfions-nous cependant des raccourcis faciles à faire, surtout en période de crise internationale.

Bayrou prêt à voter la réforme des retraites sous conditions – lesechos.fr – 18 août 2010.

Le président du MoDem, François Bayrou, s’est dit prêt mercredi à voter la réforme des retraites à condition que le gouvernement renonce à reporter de deux ans l’âge auquel les retraités peuvent faire valoir leurs droits.

Pour le dirigeant centriste, qui s’exprimait sur RTL, cette réforme est « indispensable et tous ceux qui prétendent,affirment ou laissent entendre qu’on pourrait se passer de cette réforme, ceux-là ne disent pas la vérité ».Il juge ainsi « raisonnable et d’une certaine manière inéluctable » le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, que le gouvernement veut faire passer de 60 à 62 ans.

« Mais en profiter pour reporter de 65 à 67 ans l’âge où l’on peut faire valoir les droits que l’on a acquis à la retraite,même si c’est peu, c’est cibler les gens qui ont des carrières incomplètes », a ajouté l’ancien candidat à la présidentielle.

« Et c’est vraiment d’une profonde injustice par exemple à l’égard des femmes qui ont eu des enfants ou de ceux qui ont galéré au cours de leur carrière professionnelle », a-t-il dit.

“Il faut débureaucratiser l’État” – Henri Guaino dans « Acteurs Publics ».

Le conseiller spécial du président de la République se pose en défenseur des services publics et de la protection sociale. Il appelle toutefois à diminuer les dépenses courantes au profit de l’investissement public. Pour Henri Guaino, la crise a pour vertu d’avoir disqualifié l’idéologie du “moins d’État” dans l’économie.

Trois ans après le lancement de la Révision générale des politiques publiques, quel bilan en tirez-vous ?

Depuis longtemps, la modernisation de l’État s’accomplissait dans le désordre, sans vue d’ensemble et sans continuité. Une révision générale et systématique était donc devenue nécessaire. Depuis trois ans, des réorganisations qui attendaient depuis plusieurs décennies ont enfin été menées à bien et la gestion de notre fonction publique a été profondément rénovée avec la suppression de tous les obstacles à la mobilité, l’évaluation, la rémunération au mérite.

100 000 emplois ont été supprimés et la moitié des économies réalisées ont été utilisées pour revaloriser les carrières. Dans les deux ans qui viennent, l’effort se poursuivra avec trente opérateurs de l’État inclus dans le processus, 150 audits hospitaliers, un grand programme de simplification des formalités administratives, un plan de lutte contre la précarité des agents non titulaires… En 2012, c’est la plus grande entreprise de modernisation de l’État depuis 1958 qui aura été accomplie.

Les critiques sur une détérioration des services publics semblent trouver un écho dans la population. Comment expliquez-vous ce décalage entre le discours et la perception ?

La crise a masqué les progrès en obligeant les services publics à faire face à un surcroît de difficultés économiques et de souffrances sociales, mais ils l’ont fait avec beaucoup de sens des responsabilités et beaucoup d’efficacité, ce qui a permis, comparé à beaucoup d’autres pays, d’atténuer considérablement les effets de la récession.

En période de crise justement, la demande de services publics est plus forte. Comment y répondre en période de disette budgétaire ?

À côté du nécessaire effort de productivité des services publics, c’est dans les réformes structurelles pour réduire la fracture sociale, faire reculer le chômage, améliorer la compétitivité que nous trouverons les plus grandes marges de manœuvre financières, car l’état des finances publiques ne peut pas être séparé de ceux de la société et de l’économie.

Cette demande de plus de services publics n’est-elle pas en contradiction avec la politique menée depuis plusieurs années en France et en Europe ? Pendant trente ans, l’idéologie dominante dans le monde et particulièrement en Europe n’a pas été favorable au rôle de l’État dans l’économie, à la protection sociale, aux services publics. La crise a disqualifié cette idéologie. On va vers un rééquilibrage entre l’État et le marché et je suis convaincu que le modèle français sera plus à l’aise dans le monde de demain que dans celui d’hier.

Cette prise de conscience se heurte pourtant à la nécessité de réduire fortement les dépenses publiques…

Croire que c’est en détériorant la qualité du service public que nous pourrions résoudre nos difficultés serait une erreur. La remise en ordre de nos finances publiques passe par notre capacité à faire du service public un levier du développement économique et de la compétitivité globale et à distinguer l’investissement public et les dépenses courantes.

Il faut diminuer nos dépenses courantes, mais accroître l’investissement, car l’on ne remboursera les dettes d’hier qu’avec les revenus de demain et les revenus de demain, ce sont les investissements d’aujourd’hui. C’est la philosophie partagée par le grand emprunt et le Fonds stratégique d’investissement.

N’avez-vous pas l’impression d’un retour de balancier aujourd’hui, avec une pression très forte pour réduire les déficits publics ? On ne peut pas supporter durablement un déficit à 8 % du PIB. Il faut le réduire, en supprimant les mesures de soutien à l’activité, au fur et à mesure du retour de la croissance, sans l’étouffer ni sacrifier l’avenir. Plus les marchés sont fébriles, plus il faut garder son sang-froid. C’est l’attitude de la France.

N’y a-t-il pas un risque de voir la réduction des dépenses affaiblir structurellement les services publics ?

Je ne vois pas pourquoi les services publics seraient le seul secteur où les gains de productivité seraient impossibles ni pourquoi ils ne seraient pas, comme partout ailleurs, compatibles avec davantage de qualité.

Les attaques de la gauche sur le thème de l’affaiblissement des services publics seront pourtant un thème de campagne fort en 2012…

La gauche serait plus crédible si elle soutenait la logique du grand emprunt ou si elle appelait l’Europe à tirer les leçons de la crise. Si la politique européenne de la concurrence reste la même, nous aurons bien du mal à préserver nos services publics. C’est un gouvernement de gauche qui a négocié et signé l’Acte unique. C’est encore un gouvernement de gauche qui a négocié et signé la directive qui introduit la concurrence dans le marché du gaz.

C’est la gauche encore qui a voté, en 1998, la loi de transposition et la première directive sur la concurrence dans l’électricité. C’est Nicolas Sarkozy qui a fait inscrire dans le traité de Lisbonne que la concurrence ne devait plus être une finalité, mais seulement un moyen.

Inscrire dans la Constitution l’obligation de s’engager sur une trajectoire de déficits budgétaires pour cinq ans ne revient-il pas à éteindre tout débat sur les finances publiques ?

C’est tout le contraire. Ce qui est proposé, c’est que le gouvernement s’engage devant le Parlement en début de législature sur sa stratégie en matière de finances publiques sur la durée du mandat, qu’il y ait chaque année un débat et un vote sur les engagements pluriannuels communiqués à Bruxelles et que toutes les mesures fiscales soient réservées à la loi de finance. Donc, il y aura davantage de débats et davantage de clarté.

Trajectoire budgétaire, cela veut dire, à l’extrême, que les gouvernements pourront envisager de creuser encore les déficits, à condition de le dire…

Cela veut dire que la majorité se fixe une stratégie pour la durée de son mandat, car rien ne peut se faire de sérieux en matière de finances publiques qui ne s’inscrive dans la durée.

Pourquoi n’êtes-vous pas favorable à l’interdiction de présenter un budget en déséquilibre, comme certains le réclament dans la majorité ?

Il est toujours délicat d’enfermer la réalité économique dans une stricte règle de droit qui, par définition, est indifférente aux conjonctures. Ne pas pouvoir déroger à une règle d’équilibre peut, dans des circonstances de crise, conduire à la catastrophe. Et si l’on peut y déroger, que reste-t-il de la règle ? Si elle est contraignante, qui décide ? Le juge constitutionnel ? Un comité d’experts ? Et que fait-on des investissements publics ?

La réforme des services déconcentrés et des préfectures a abouti à une concentration des directions et des services sur le territoire. N’est-ce pas un recul de l’État ?

C’est tout le contraire. La réforme des services déconcentrés renforce la cohérence de l’action locale de l’État. On renforce aussi le rôle du préfet de région. C’est logique, compte tenu de l’importance prise par la région.

La gauche, majoritaire dans les conseils généraux et régionaux, dénonce une recentralisation. Assumez-vous ce retour de l’autorité et du pouvoir de l’État sur le territoire ?

La condition d’une décentralisation réussie, c’est un État fort. Et un État fort, ce n’est pas un État qui disperse ses moyens, mais qui les concentre pour agir efficacement. On est allé trop loin dans l’abaissement de l’autorité et de la responsabilité de l’État, et plus on a abaissé l’État, plus il s’est bureaucratisé. L’enjeu, aujourd’hui, est de “débureaucratiser” et de recréer un État entrepreneur, qui assume les grands risques, qui desserre l’étreinte du court terme, qui organise la péréquation.

Comment peut-on consolider ce nouvel État et le modèle français alors que le poids de la dette et des déficits contraint la dépense publique ? Le socle, c’est l’État, la nation et la République. En le détruisant, on ne prépare pas l’avènement de l’individu, mais celui des féodalités et du communautarisme, de l’enfermement dans le local, dans le clan ou dans la tribu. À cette fragmentation de la société, le service public oppose la logique de la solidarité, du partage, de l’égalité des chances, du long terme.

Le desserrement de la contrainte financière ne viendra pas du démantèlement du service public ou de la protection sociale, mais de notre capacité collective à faire en sorte qu’un nombre de personnes toujours plus grand ne soit pas à la charge d’un nombre toujours plus réduit d’actifs.

Êtes-vous toujours persuadé que la crise financière a marqué la fin d’un monde ? Plus que jamais. Même si tous ceux qui ont beaucoup profité des dérives du capitalisme financier n’en ont pas – ou ne veulent pas – en avoir encore conscience, la crise a prouvé que ce système n’était tout simplement pas viable et la société qu’il a engendrée non plus. Le capitalisme financier a imposé à toute l’économie et toute la société ses rythmes et ses critères. Mais c’est une voie sans issue. Ou bien nous changerons dans la concertation, la coopération. Ou bien ce seront des catastrophes économiques, sociales et politiques qui nous y forceront. Mais le monde changera. Et dans ce monde à venir, il y aura plus d’État, plus de services publics, plus de régulation. Mais quel État, quels services publics, quelle régulation ? Voilà les questions auxquelles nous devrons répondre.

Propos recueillis par Bruno Botella et Laurent Fargues