Archive pour avril 2010
Retraites : le PS remet ses propositions à plus tard
Sous la plume d’Elsa Freyssenet, les Echos du 28 avril 2010, publient le document suivant.
Reçue aujourd’hui par Eric Woerth, Martine Aubry refuse pour le moment de dévoiler les propositions de son parti.
Le ministre du Travail, Eric Woerth, reçoit aujourd’hui Martine Aubry dans le cadre de ses consultations sur la réforme des retraites, mais la rencontre pourrait bien tourner au dialogue de sourds. Avec d’un côté un gouvernement qui n’entend pas détailler son projet avant d’avoir fini ses discussions avec les partenaires sociaux ; et de l’autre une première secrétaire du PS qui ne veut pas dévoiler les propositions de son parti avant que le gouvernement « nous explique ce qu’il a en tête ». « Nous ne céderons pas aux injonctions », a réaffirmé hier Martine Aubry, estimant que la droite « caricature, démantèle et détourne chacune de nos propositions » et « cherche à diviser les syndicats et la gauche ». La première secrétaire a même qualifié de « faux débat » sa valse-hésitation du début de l’année sur le report d e l’âge légal de la retraite. Dans son préprojet, le PS s’engage désormais à « défendre » la retraite à 60 ans, souhaite la prise en compte de la pénibilité et des carrières longues et insiste sur la nécessité de trouver de « nouvelles ressources » de financement telles l’élargissement de l’assiette des cotisations à la valeur ajoutée ou une « contribution accrue » sur les revenus financiers.
Un flou tactique
La première secrétaire n’est pas allée au-delà de ces pistes, hier, tout en promettant que « le PS sera au rendez-vous des propositions sur les retraites » et présentera « une réforme structurelle d’ensemble » d’ici 2012. Il y a bien sûr dans ce flou un aspect tactique. Le PS veut donner le moins de prise possible au gouvernement, qui affronte une réforme difficile. Mais Martine Aubry cherche aussi à limi ter les divisions de ses troupes sur ce sujet sensible que les socialistes n’ont jamais tranché. La semaine dernière encore, le sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb, s’est prononcé pour le report de l’âge légal de la retraite. Le député-maire d’Evry, Manuel Valls, et l’ex-premier secrétaire François Hollande sont eux ouvert à un allongement de la durée de cotisation, que refuse la gauche du PS.
En dehors des dictatures, la répression a toujours échoué
Stéphane Menu m’adresse ce billet plein de désarroi, que je vous relaye, en ce qu’il me semble dresser précisément le constat de l’impéritie de notre société, en matière de cohésion sociale :
Il est presque triste d’écouter les propos des chauffeurs de bus de Tremblay, invités ce 20 avril sur le plateau de l’émission de Canal Plus, le Grand Journal. Nicolas Sarkozy est allé leur serrer la pogne et cette reconnaissance « républicaine » les émeut, à juste titre d’ailleurs.
Mais savent-ils qu’en matière de délinquance, le bilan est désastreux ?
Savent-ils qu’à force de donner des coups de menton comminatoires dans tous les sens, le seul résultat tangible a été l’augmentation des violences de voie publique, celles qui touchent les petites gens ?
Savent-ils que quand bien même la seule politique répressive aurait un effet positif, la diminution des effectifs policiers tue dans l’œuf l’exploration de cette piste ?
Savent-ils que le répressif ne mène à rien si l’éducatif ne vient pas à sa rescousse ?
Savent-ils que la politique de réinsertion sociale après la prison est si indigente en France que les taux de récidive y sont forcément plus élevés ?
Savent-ils que dans les zones d’éducation prioritaire, les conditions d’enseignement sont plus difficiles qu’ailleurs ?
Savent-ils que les premiers utilisateurs de drogue sont les nantis dont certains fréquentent les coteries de la République ?
Savent-ils que dans certains pays scandinaves, les difficultés scolaires liées aux conditions sociales (immigration, logement inapproprié, etc.) font l’objet d’une telle mobilisation du droit commun que le « prétendant » potentiel à l’activité délinquante doit faire preuve de beaucoup de déshonnêteté pour en vouloir « à la société » ?
Non, les chauffeurs de bus ne le savent pas.
Toutes les politiques exclusivement répressives ont échoué. Sauf dans les dictatures mais le ressort en est simple : tout le monde y est potentiellement délinquant…
L’angélisme de gauche est une vieillerie.
La modernité progressiste constate très simplement que la répression est un cul-de-sac. Reste un terrible vide dans ce combat pour crédibiliser une alternative : la gauche, terrée dans un silence glacial, incapable de modéliser un discours tout aussi crédible, repoussoir de démagogie.
Rapport du Conseil d’Orientation des Retraites : Quand des syndicats pourtant bien informés nient la réalité
Le désormais très conversé 8e rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a été adopté à l’unanimité de ses membres. Il n’a donc fait l’objet d’aucune réserve, d’aucun droit de retrait des signataires. Cela signifie que les huit parlementaires de droite et de gauche, les experts, ainsi que les seize représentants des syndicats patronaux et de salariés qui composent ce conseil, ont validé les hypothèses économiques et les projections de déficit contenues dans ce rapport. En clair, ceux qui rejettent aujourd’hui ce rapport à corps et à cris dans les médias, l’ont approuvé la veille en petit comité ! Un double langage qui révèle que ni l’opposition, ni les syndicats qui connaissent les chiffres et l’ampleur des déficits à venir, ne sont prêts à assumer leur responsabilités et à dire la vérité aux Français.
Le dernier rapport du COR tente de prendre en compte les effets de la crise sur les régimes de retraites. Trois scénarios sont ainsi envisagés : le plus optimiste fait l’hypothèse que la crise financière et économique n’aura aucun effet à long terme sur la croissance et que la France parviendrait à l’horizon 2021 au plein emploi. Le précédent rapport de novembre 2007 faisait l’hypothèse d’un retour au plein emploi dès 2015… Le scénario le plus pessimiste envisagé prévoit une réduction de la croissance à 1,6% par an contre 2,1% pour le scénario optimiste sur la période 2014-2020 ; 1,6% par an contre 1,9% sur 2021-2050. Le taux de chômage structurel serait, dans ce cas, de 7% de la population active à partir de 2021. Un scénario que les opposants au gouvernement jugent exagéré, l’exécutif étant accusé de « dramatiser » la situation : aucun syndicat ne peut pourtant ignorer qu’en dessous de 2% de croissance, la France détruit ses entreprises et donc des emplois. Malgré l’optimisme des hypothèses officielles, à l’horizon 2015, les déficits annuels s’élèveraient de 38,3 à 40,3 milliards d’euros selon le scénario retenu ; 40,7 à 48,8 milliards à l’horizon 2020. La réforme du financement de notre système de retraite s’impose, le statu quo défendu par des syndicats n’est pas tenable. Ce faisant, les partenaires sociaux qui ont la responsabilité d’assurer la pérennité du système par répartition, s’apprêtent à le faire imploser par les déficits. Et, comme d’habitude, ce sont les politiques qui seront considérés comme responsables. Ce dossier des retraites n’est pourtant pas nouveau et chacun a eu largement le temps de réfléchir à des solutions. En effet, il y a près de vingt ans, Michel Rocard alors Premier ministre, avait commandé un livre blanc qui posait déjà l’équation du problème : le vieillissement de la population accentue le déséquilibre entre actifs et inactifs, et met de fait en péril le système par répartition. Mais là encore, les syndicats qui avaient déjà déclenché les grèves de décembre 1995 pour que rien ne change, continuent de faire croire aux Français à la pérennité d’un système qu’ils savent condamné. Refusant de faire tomber ce tabou, ils annoncent déjà un grand soir le 1er mai prochain. Les Français sont pourtant en droit d’exiger de syndicats qui prétendent les représenter et qui sont pour cela largement subventionnés, des propositions concrètes et réalistes pour sauver leurs
Par Jean-loup DUJARDIN
Retraites: le PS ne sait pas compter par Marc Landré, sur son blog, le 21 avril 2010…
« REFORMER LES RETRAITES suppose d’introduire sans tarder de nouvelles ressources dans le système », a expliqué Martine Aubry dans une tribune très remarquée au Monde, il y a une semaine, intitulée Réussir notre révolution par l’âge. Et la première secrétaire du PS de lister un certain nombre de pistes qui permettraient de trouver ces nouvelles recettes censées rééquilibrer à terme les régimes de retraite.
Quitte, en passant, à énoncer quelques contre-vérités, et surtout à mettre en avant des solutions qui auraient des effets pervers sur l’économie et ne suffiraient pas à résoudre nos problèmes. La Madone du PS est d’ailleurs en ligne sur ce dossier avec Bernard Thibault, le patron de la CGT, comme les deux l’ont déclaré à l’issue de leur rencontre au siège du PS ce mercredi. Démonstration.
Les contre-vérités d’abord. Martine Aubry propose notamment de mettre des « cotisations sur les stock-options et d’autres rémunérations non assujetties ». Comme si ce n’était pas le cas aujourd’hui. Or c’est faux. Outre l’imposition sur le revenu de 30 à 40% des plus-values (d’acquisition et de cession) réalisées, les stocks-options subissent 11% de prélèvements sociaux (CSG et CRDS), 1,1% de taxe RSA et surtout ne sont pas exemptes de cotisations sociales : 10% pour l’employeur et 2,5% pour le salarié. C’est peut-être trop peu, mais cela existe et le PS ne peut pas faire comme si ce n’était pas le cas. Idem pour les « autres rémunérations non assujetties », comprenez l’épargne salariale, l’intéressement et la participation.
Là encore, le PS ment en affirmant que ces dispositifs ne supportent aucun prélèvement social. Les sommes versées au titre de la participation, de l’intéressement et de l’abondement aux plans d’épargne subissent 8% de prélèvements sociaux. Les gains et les plus-values réalisés sont taxées socialement à hauteur de 11% (CSG et CRDS) ainsi que de 1,1% (taxe RSA). Mieux, depuis 2009, une nouvelle cotisation sociale a été instaurée sur l’épargne salariale à hauteur de 2%, et doublée à 4% cette année.
Voilà pour les contre-vérités. Les enjeux maintenant et les effets pervers. Le PS envisage notamment de passer à 50% la taxation des plus-values réalisées sur les cessions de stocks-options. Gain estimé ? 1 milliard d’euros, voire moins car les entreprises réduiraient à coup sur leur distribution de stock-options si elles étaient plus taxées. Pourquoi ne pas doubler les prélèvements sur l’épargne salariale, suggèrent aussi quelques cadres socialistes ? Le gain serait là encore minime, de l’ordre de 400 millions d’euros. Autre piste soulevée par la rue de Solférino : rogner sur les 20 milliards et quelque d’allégements de charges sur les bas salaires accordés chaque année aux entreprises. Faire passer le plafond des exonérations de 1,6 à 1,5 SMIC ramènerait ainsi 2 à 3 milliards d’euros par an, selon Bercy, mais aurait le désavantage de supprimer… 100 000 emplois peu qualifiés.
Le PS propose encore de surtaxer de 10% l’impôt sur les sociétés des banques et d’affecter cette ressource au fonds de réserve des retraites. Pourquoi pas mais là aussi on est loin du compte. L’IS rapportera cette année 20 milliards d’euros (contre 50 en année normale, hors crise du siècle). Appliquer la solution du PS permettrait donc de récupérer quelques centaines de millions, au plus. Le tout pour abonder le F2R dont les réserves se montent aujourd’hui à 34,5 milliards, soit un cinquième des 150 milliards attendus en 2020. Autre piste du PS : « l’abolition des privilèges fiscaux qui minent la cohésion sociale ». Comprenez le bouclier fiscal et ses 600 millions de rendement en 2009. Là encore, pourquoi pas mais on est loin des 40 milliards de besoin de financement estimés par le COR en 2015 ou des 100 milliards dans le scénario moyen en 2050. Par an, et non cumulé !
Reste l’élargissement de l’assiette de cotisation à la valeur ajoutée, non chiffré à ce jour. Sauf à ce que cette mesure permette de ramener 10 milliards d’un coup – ce qui en passant ne manquerait pas de peser sur la compétitivité des entreprises et se répercuterait forcément dans le prix de vente des produits, donc sur le pouvoir d’achat des Français -, on devrait là encore être loin du compte.
Certes, diront les plus septiques, le PS a déjà trouvé quelques milliards pour financer les déficits. C’est vrai mais à quel prix : 100 000 emplois par ci, quelques points de compétitivité par là. Surtout, les « contre-propositions » avancées par le PS ne suffiront pas à elles seules à combler le besoin de financement des régimes de retraite. Au mieux peuvent-elles permettre de réduire la douloureuse d’une augmentation de la durée de cotisation ou d’un recul de l’âge de départ légal à la retraite, inéluctables. D’autant plus que les syndicats et le PS demandent de nouveaux droits pour les salariés qui rallongeront encore un peu plus l’ardoise.
Par Marc Landré
Principales propositions du projet socialiste
lefigaro.fr du 20 04 analyse le rapport de la Convention nationale emmenée par Pierre Moscovici, qui détaille le projet socialiste en matière de fiscalité, d’industrie ou encore d’environnement.
Mercredi soir en bureau national, les socialistes vont débattre du rapport de Pierre Moscovici sur le «nouveau modèle économique, social et écologique». À mi-chemin entre la déclaration de principes et le programme du PS pour 2012, ce texte représente la première étape dans la préparation du projet de la gauche
Voici les principales propositions de ce rapport :
• Industrie
Le rapport affirme son attachement à une «industrie forte» et insiste sur la nécessité «de repenser notre stratégie industrielle». Pour cela, «la France doit se doter d’un pôle public d’investissement industriel», écrivent les auteurs, qui doit être «financé massivement, mobilisable rapidement, adossé à la Caisse des dépôts et Consignations, à la Banque de France, à la Banque postale et à Oséo (établissement public chargé de soutenir l’innovation et la croissance des PME, NDLR)». Le PS veut dans le même temps «développer sa politique industrielle en liaison étroite avec les collectivités locales» et appelle de ses vœux la création de l’équivalent américain d’un «Small business Act», c’est-à-dire la possibilité de réserver certains marchés publics aux entreprises de petites tailles.
Le rapport préconise aussi de s’appuyer sur les sites industriels existants en évitant leur fermeture et en facilitant leur reconversion. Le groupe de travail emmenée par Pierre Moscovici veut ainsi «augmenter le coût des licenciements économiques dans les entreprises florissantes et instaurer une obligation de remboursement préalable des aides publiques reçues moins de cinq ans avant toute ouverture des procédures de licenciements ou de fermeture de sites».
• Travail
La convention nationale du parti demande l’instauration d’une sécurité sociale professionnelle. Celle-ci devra être «financée par une majoration des cotisations sociales des entreprises employant un quota trop élevé de travailleurs précaires et par une révision des exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires». Le texte pose aussi la question du partage des richesses et propose que «les salaires soient compris dans une échelle de l’ordre de 1 à 20 au sein des entreprises qui ont une participation publique dans leur capital».
• Finance
Le texte plaide pour «une finance au service de l’économie réelle», ce qui passe par «une réforme d’ensemble du système financier». «Pour y parvenir, les produits dérivés devront être limités, la régulation du secteur bancaire devra être renforcée ; les organes de contrôle et de supervision étoffés» recommandent les auteurs. Ils voudraient aussi créer à l’échelle européenne «une agence publique de notation sous l’égide de l’Eurogroupe».
• Europe
Au niveau européen, le PS demande un «véritable gouvernement économique européen». Le texte préconise que le rôle politique de l’Eurogroupe soit renforcé «face à la Banque centrale européenne (BCE) pour assurer une gestion plus démocratique de l’euro plus favorable à la croissance et à l’emploi» et que l’UE se dote d’un «Fonds Monétaire européen». Pour lutter contre le «dumping social et environnemental», les auteurs demandent la mise en place d’ «écluses» qui favoriseront «les productions respectueuses des normes» en la matière.
• Agriculture
Pour Pierre Moscovici et son équipe, «la juste rémunération des agriculteurs est un préalable à l’agriculture durable et une condition du maintien de l’activité agricole sur l’ensemble de nos territoires». Le rapport conseille aussi de s’appuyer sur la «contractualisation entre agriculteurs et consommateurs», selon laquelle des acheteurs se fourniraient régulièrement chez un groupe d’agriculteurs donné pour stabiliser les revenus de ces derniers. Cette «contractualisation» permettra de «relocaliser nos productions», plus près des consommateurs français.
• Environnement
Les auteurs comptent s’appuyer principalement sur la fiscalité pour favoriser une production «économe en ressources naturelles épuisables». Le rapport propose ainsi de «généraliser le principe de l’éco-conditionnalité au plus grand nombre de financements ou de soutiens publics». Cette règle conditionnerait notamment «les allègements de charges pour les entreprises». Dans le même esprit, les auteurs recommandent la création d’une «TVA éco-modulable, (qui) pourra faire l’objet de baisses ciblées en fonction de critères environnementaux».
Le comité demande aussi la mise en place d’une «contribution climat-énergie efficace et englobant l’électricité» qui serait «compensée par une ‘prime pour l’environnement’ plus élevée réservée aux ménages modestes et aux revenus moyens». En revanche, le texte n’aborde pas la question des OGM, qui divise le PS, et reste laconique sur le nucléaire, «inévitable à ce stade, (qui) devra s’accompagner d’un renforcement de la sûreté nucléaire».
• Services publics
Emboîtant le pas à leur première secrétaire Martine Aubry, chantre au PS du concept de «société du bien-être», la convention nationale appelle «à consacrer davantage à l’essentiel l’éducation, la santé, la culture…- et moins à l’accessoire, à l’immédiat». Cela passe par un retour de la «confiance dans l’action publique, dans l’Etat providence» qui doit faire «contribuer tout le monde équitablement à l’effort de solidarité». Dans une optique «d’égalité», le texte recommande entre autres la mise en place d’un «bouclier de services publics» pour les territoires ruraux et périurbains.
• Fiscalité
Le rapport prône une «révolution fiscale» qui passe par la suppression de «l’ensemble des mesures injustes de la droite (…), à commencer par le bouclier fiscal». Pour les entreprises, le PS propose notamment de moduler le taux d’impôt (IS) sur les sociétés en fonction du réinvestissement et la redistribution des bénéfices. En ce qui concerne les particuliers, pour que «la redistribution s’opère par la progressivité», le document reprend l’idée d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG.
lefigaro.fr
Billet n°9 : Spécificités des retraites de la fonction publique
Pour compléter le billet n°6, voici présentées Les principales spécificités du régime de la fonction publique, mais cette fois dans lesechos.fr, n° 20662 du 22 avril 2010 (sous la plume de V. C. ET D. P., Les Echos).
Si les règles d’âge et de durée de cotisation s’appliquent à l’ensemble des assurés, le régime de la fonction publique conserve des spécificités. Souvent montrées du doigt, elles ne sont pas toujours plus avantageuses que les règles en vigueur dans le privé.
Si les règles d’âge et de durée de cotisation s’appliquent à l’ensemble des assurés, le régime de la fonction publique conserve des spécificités. Souvent montrées du doigt, elles ne sont pas toujours plus avantageuses que les règles en vigueur dans le privé.
· Pension : un mode de calcul différent
Les pensions des fonctionnaires sont calculées sur la base de 75 % de leurs six derniers mois de salaire, contre 50 % de la moyenne des 25 meilleures années dans le privé. C’est en apparence un avantage, mais la réalité est plus complexe : ce calcul exclut, contrairement au privé, les p rimes, qui représentent en moyenne 20 % de la rémunération des agents. Il n’est pas pertinent de comparer le niveau moyen des pensions, car les fonctionnaires sont en moyenne plus diplômés et mieux rémunérés (à l’Education nationale notamment). Si on compare les taux de remplacement (le niveau de pension en pourcentage du dernier salaire), en tenant compte des primes, certaines études montrent qu’ils sont très proches.
· Un taux de cotisation plus faible
Le taux de cotisation retraite des fonctionnaires s’élève à 7,85 % de leur traitement, contre 10,55 % du salaire dans le privé. Le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Georges Tron, estime qu’il y a là « un vrai sujet ». L’augmentation de 1 point de cotisation rapporterait 600 millions d’euros par an. Certains syndicats sont ouverts à une hausse… à condition que la politique salariale vienne compenser cette évolution, ce qui annulerait les économies réalisées.
· Les mères de trois enfants peuvent s’arrêter plus tôt
Les fonctionnaires mères de trois enfants ou plus peuvent partir en retraite après 15 ans de service. Le dispositif a été étendu, pour les enfants nés à partir de 2005, aux pères qui se sont arrêtés de travailler pendant deux mois lors de la naissance. En 2008, 11.300 personnes en ont bénéficié dans les fonctions publiques d’Etat, territoriale et hospitalière (soit 10,5 % des départs à la retraite). Le coût de ce dispositif est de 1,2 milliard d’euros par an, estime l’OFCE. Comme le remarque Georges Tron, « le sujet est politique, mais aussi juridique » car la Commission européenne juge le dispositif contraire à l’égalité hommes-femmes pour les enfants nés avant 2005.
Les autres avantages familiaux des fonctionnaires sont très proches de ceux du privé, mais il y a tout de même des différences. Les fonctionnaires parents de trois enfants bénéficient d’une majoration de pension de 10 %, comme dans le privé, mais ils ont aussi un avantage spécifique, de 5 % par enfant supplémentaire. Les majorations de durée d’assurance accordées aux parents sont également différentes dans le public et dans le privé.
· Certaines professions peuvent partir avant 60 ans
Les fonctionnaires qui ont travaillé au moins 15 ans dans des emplois dits « en catégorie active » peuvent partir à 55 ans : les douaniers, les policiers municipaux, les pompiers ou les égoutiers. L’âge d’ouverture des droits descend à 50 ans pour les personnels des services actifs de la police nationale, les gardiens de prison et les contrôleurs aériens. Pour les militair es, les droits sont ouverts après 25 ans de service pour un officier et 15 ans pour un non-gradé. Les instituteurs et les infirmières peuvent également partir à 55 ans, mais la loi prévoit l’extinction progressive de ce droit.
· Des pensions de réversion plus faibles mais automatiques
Les veuves et veufs d’agents de l’Etat bénéficient de pensions de réversion de 50 % de la retraite du conjoint décédé, contre 54 % dans le privé. Mais cette pension est versée sans conditions de ressources ni d’âge, contrairement au privé, où un plafond est instauré et où il faut avoir au moins 55 ans.
· Décote : une convergence en cours
Comme les salariés du privé, les fonctionnaires subissent une décote sur leur pension lorsqu’ils partent avant d’avoir obtenu tous leurs trimestres. Mais la montée en puissance de cette décote est très progressive, jusqu’en 2020.
· Les « retraites cocotiers » d’outre-mer
Les anciens fonctionnaires qui résident dans certaines collectivités d’outre-mer bénéficient d’une majoration de pension. Elle est de 35 % à La Réunion et Mayotte, 40 % à Saint-Pierre-et-Miquelon et 75 % à Wallis-et-Futuna, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie. Environ 33.000 personnes en bénéficient, ce qui coûte plus de 300 millions d’euros par an. La loi prévoit néanmoins l’extinction progressive de ce dispositif.
· Des minima de retraite plus avantageux
Le minimum garanti, qui assure un niveau plancher pour les plus petites retraites dans le public, est plus avantageux que le disp ositif du minimum contributif dans le privé.
· La règle des 15 ans
Les agents qui ont travaillé moins de 15 ans dans la fonction publique ne bénéficient pas des règles du régime de retraite des fonctionnaires : leurs droits sont transférés au régime général et alignés sur les règles du privé.
Les principales spécificités du régime de la fonction publique Si les règles d’âge et de durée de cotisation s’appliquent à l’ensemble des assurés, le régime de la fonction publique conserve des spécificités. Souvent montrées du doigt, elles ne sont pas toujours plus avantageuses que les règles en vigueur dans le privé.
Le PS tente d’éviter la cacophonie sur les retraites (Agence Reuters)
PARIS (Reuters) – Le Parti socialiste a tenté mercredi d’aplanir ses divergences internes sur la réforme des retraites en France pour éviter toute cacophonie en pleine édification de son projet présidentiel pour 2012.
Après avoir manqué le coche en 1997 et en 2003, les dirigeants socialistes assurent qu’ils seront à la hauteur des attentes des Français, avec des contre-propositions dignes d’un parti de gouvernement, mais chacun a joué jusque-là sa propre partition, parfois aux antipodes les unes des autres.
L’aile gauche du parti, qui ne veut pas entendre parler de repousser l’âge légal au-delà de 60 ans, préconise de se concentrer sur la recherche de nouvelles ressources, en élargissant l’assiette des cotisations à la TVA.
« Nous ne pourrons pas éviter l’allongement de la durée de cotisations. Tout le monde le pense au PS, mais presque personne n’ose l’assumer », lui répond indirectement Manuel Valls dans un entretien publié mercredi par le quotidien Nord-Eclair.
L’ancien Premier secrétaire, François Hollande, est également partisan d’un allongement accompagné de la durée de cotisation mais uniquement pour les métiers les moins pénibles et à condition de revoir ce principe tous les cinq ans.
Jean-Marie Le Guen, qui juge également inéluctable de cotiser plus longtemps, va un cran plus loin.
Le député de Paris, interrogé sur Radio Classique, a jugé mercredi que « tout (était) discutable » même « faire évoluer les 60 ans si on protège les populations aux carrières plus longues ».
« NE PAS TROMPER LES GENS »
Dans l’espoir de mettre fin au brouhaha, le premier secrétaire du PS, Martine Aubry, a dirigé lundi après-midi une « réunion de calage » entre les différents courants internes avant un débat sans vote du Bureau national, l’exécutif du parti.
Mais l’ancienne ministre des Affaires sociales du gouvernement Jospin fait mine de ne pas entendre les voix discordantes. « Peut-être qu’ils ne connaissent pas leur sujet. Mieux vaut bosser avant de parler », persifle un proche.
De plus, à entendre Martine Aubry, le PS n’est pas si divisé que veut le dire la droite.
Il y a un « immense accord » entre socialistes pour ne pas revenir sur la réforme Fillon, qui doit faire passer la durée de cotisation à 41 ans en 2012, ce qui n’allait pas de soi il y a peu, fait valoir son entourage.
Pour le PS et Martine Aubry, l’unité retrouvée de ces derniers mois sur fond de victoire aux élections régionales est au moins autant en jeu que la crédibilité du parti et de sa dirigeante, à deux ans de la prochaine présidentielle.
« La question des retraites se pose d’abord au gouvernement, mais le PS doit être en capacité de proposer des choses concrètes et surtout ne pas tromper les gens » sur les sacrifices à venir, explique le député européen Stéphane Le Foll.
Les courants internes, dont plusieurs ténors étaient absents pour cause de vacances scolaires, ont travaillé mercredi sur une note de synthèse rédigée par la secrétaire nationale chargée de la protection sociale, Marisol Touraine.
LE PS SE VEUT « COURAGEUX »
On ignore pour l’instant quand le PS officialisera sa position. « On est dans un entre-deux tactique », dit un cadre.
Après avoir provoqué des remous en janvier – quand elle avait semblé ouvrir la porte à un report de l’âge légal – Martine Aubry a esquissé la « philosophie politique » d’une réforme estampillée PS la semaine dernière dans Le Monde, aussitôt sévèrement critiquée par le gouvernement.
Elle a accepté de rencontrer le ministre du Travail Eric Woerth mardi prochain « même si on ne sait pas s’il veut vraiment nous insulter ou nous consulter ».
Face au gouvernement, qui « veut passer en force pour pouvoir dire qu’il est courageux », la direction du PS estime que le réalisme est de son côté.
Repousser l’âge légal du départ à la retraite au-delà de 60 ans alors que seul un tiers des seniors travaille, « c’est juste absolument impossible », estime Martine Aubry.
Elle assure également qu’elle n’est pas opposée « plus tard » à l’allongement de la durée de cotisation mais « pour le monde du travail d’aujourd’hui, on ne peut pas le faire ».
Les jeunes entrant tard sur le marché du travail, avec 41 ans de cotisation, « on sort déjà à 66 ans, avec des gens usés », fait-elle valoir.
Laure Bretton, édité par Yves Clarisse
Bockel: les centres éducatifs fermés, une réussite
Les centres éducatifs fermés (CEF), petites structures réservées à des mineurs délinquants multirécidivistes créées en 2002, sont « d’ores et déjà une réussite », a estimé mardi le secrétaire d’Etat à la Justice, Jean-Marie Bockel.
« Il faut faire une évaluation en continu, mais personne ne les remet en question, y compris ceux qui les critiquaient au départ », a déclaré M. Bockel à la presse, à l’issue d’une visite au CEF de Savigny-sur-Orge (Essonne), qui accueille au maximum 11 jeunes de 16 à 18 ans.
Selon la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), plus de 61% des mineurs passés par des CEF « ne sont plus impliqués dans une affaire pénale dans l’année qui suit la fin du placement ».
Chaque CEF, ultime alternative à l’incarcération de ces mineurs au passé pénal chargé, héberge de 10 à 12 jeunes de 13 à 18 ans et compte une équipe de 25 personnes en moyenne. Selon la PJJ, 40 CEF, d’une capacité totale de 438 places, fonctionnent actuellement. D’ici à la fin 2011, il y en aura 49, pour 539 places.
En février, des violences avaient éclaté au CEF de Savigny-sur-Orge à la suite d’une dispute, lorsqu’un jeune avait introduit un pistolet dans l’établissement. Des syndicats d’éducateurs avaient alors dénoncé un manque de personnel spécialisé, évoquant « une structure d’enfermement avec un +habillage médico-social+ ».
A l’occasion de la visite de M. Bockel, le SNPES-PJJ a réitéré sa mise en garde face à la « dangerosité » de la situation, tant pour les jeunes que pour le personnel.
« On n’est pas avec des enfants de choeur, on le sait », a répondu une éducatrice sur place. « Il faut des gens volontaires, qui savent où ils mettent les pieds », a-t-elle ajouté.
« C’est un métier difficile », confirmait un de ses collègues.
Saluant le travail des équipes comme le concept de CEF, le secrétaire d’Etat à la Justice a également insisté sur la nécessaire prévention en amont de la délinquance des jeunes.
M. Bockel a rappelé avoir présenté en février un rapport préconisant une approche globale du problème, impliquant toutes les administrations concernées. Il a dit espérer organiser des « assises » à la fin de l’été ou au début de l’automne.
AFP et lepoint.fr
Histoire d’un jeune parti: La Gauche Moderne
La Gauche Moderne est le prolongement d’un club politique dénommé « Gauche Moderne » fondé en 1999 par Jean-Marie Bockel, maire de Mulhouse, à l’époque député socialiste du Haut-Rhin et aujourd’hui secrétaire d’État à la Justice.
Autour de lui, quelques amis pour la plupart aussi membres du Parti socialiste, proches de Michel Rocard, de Dominique Strauss-Kahn, voire de Laurent Fabius. Ce club, seul à gauche, revendiquait l’étiquette de « social-libéral », exprimant des valeurs comme la responsabilité et la solidarité, affirmant la complémentarité nécessaire entre droits et devoirs, entre concurrence et régulation, entre marché et rôle de l’État, un État qui devait être impérativement allégé et modernisé, sans perdre pour autant sa capacité à fixer les objectifs, à s’affirmer comme le garant du progrès et de la justice.
Sur ces thèmes, il organisa des débats publics, publia des articles, se livra à un important travail doctrinal et élabora des projets, engagea des relations suivies avec des clubs sociaux libéraux européens, et s’installa, modestement mais visiblement dans le paysage intellectuel et politique français. S’investissant aussi dans la vie du Parti socialiste, dont il représentait un courant, abusivement traité de droitier, le club « Gauche Moderne » fut à l’origine de contributions soumises au débat des militants socialistes et présenta une motion intitulée « pour un socialisme libéral » lors du congrès du Mans en novembre 2005. Motion dont le score fût modeste – moins de 1% – mais qui avait été remarquée à l’époque et signalée, notamment par Max Gallo, comme la plus charpentée, la plus cohérente et la plus novatrice des motions présentées.
Ce score confirmait qu’il était vain de poursuivre la tentative de rénover de l’intérieur ce parti ou de chercher à en modifier la trajectoire. Dès cette époque il était clair que ni la rénovation de la gauche, ni l’action pour la réforme ne pouvaient résulter d’une dynamique venue du Parti socialiste. C’est ailleurs qu’il fallait agir. Certains d’entre nous le quitteront dès la fin 2005, d’autres plus tardivement, pendant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy ou après son élection.
Quoique il en soit, pour nous tous, l’élection du nouveau président représenta un moment décisif de la vie politique, le moment où les lignes pouvaient bouger, où les anciennes frontières pouvaient éclater, où des chances nouvelles s’offraient, où de nouveaux choix s’avéraient possibles. Cette élection pouvait permettre de débloquer notre pays et d’ouvrir la voie du changement.
L’essentiel des membres du club « Gauche Moderne », approuvèrent la décision de Jean-Marie Bockel d’entrer dans le gouvernement de François Fillon et l’accompagnèrent, sans réserves dans sa démarche de soutien à la politique de réforme et de modernisation de la France, engagée par la nouvelle majorité. Avec d’autres, venus d’horizons différents, du centre aux chevènementistes, mais faisant une analyse comparable, avec des militants associatifs, avec des acteurs économiques et sociaux, ils décidèrent de créer un parti politique « La Gauche Moderne. »
Parmi les ministres de gauche nommés par Nicolas Sarkozy, seuls Éric Besson et Jean-Marie Bockel ont choisi de créer un mouvement politique. Mais alors qu’Éric Besson, après avoir hésité, choisissait (avant d’adhérer, à la surprise de beaucoup, à l’UMP !) de limiter « les Progressistes » à un club, se manifestant essentiellement par des conférences ou des débats – souvent de qualité – Jean-Marie Bockel transformait son propre club en un véritable parti politique. Celui-ci se constitua selon un processus qui vit se tenir un congrès fondateur, avec motion d’orientation soumise au vote des militants, une élection des organes dirigeants, une organisation en fédérations dans la quasi totalité des régions et des départements, des interventions publiques sur tous les sujets politiques d’actualité, des commissions qui travaillent – et publient – sur des thèmes tels que l’éducation, la sécurité, l’économie, des présentations de candidats aux élections.
Un site national (www.lagauchemoderne.org), et plus de 20 sites de fédérations relaient les activités, les points de vue et les prises de positions de La Gauche Moderne et permettent un contact et un dialogue avec militants et sympathisants. Ce parti, qui représente le pilier de gauche de la majorité présidentielle (aux côtés des deux autres piliers que sont l’UMP pour la droite et le Nouveau Centre), élément nécessaire à sa victoire et donc à la poursuite de sa politique de réforme, a commencé à se manifester publiquement dès le mois de novembre 2007, avant d’être officiellement fondé lors du Congrès tenu à Suresnes les 29 et 30 novembre 2008, avec la participation de 400 délégués et en présence du Premier ministre.
A ce jour, avec un ministre, un sénateur (Daniel Marsin), deux députés européens (Marielle Gallo et Michèle Striffler), plus d’une centaine d’élus municipaux (bientôt plus d’une dizaine de conseillers régionaux), près de 2 000 militants regroupés en plus de soixante fédérations, et de nombreux sympathisants, des interventions concrètes sur le terrain et une présence médiatique qui s’affirme, ce jeune parti commence à compter dans la vie politique de notre pays.
Marc d’Héré
Monsieur Dilain, j’ai honte aussi…
Stéphane Menu m’adresse cet éditorial, qui s’applique à Clichy sous Bois. Je lui trouve une résonance particulière dans toutes les villes d’où l’espoir a déserté les quartiers ghettoïsés.
Que penser de la tribune de Claude Dillain, maire de Clichy-sous-Bois, dans le Monde en date du 10 avril ? Cette impuissance détaillée, argumentée, face au submergement que provoque une misère généralisée : misère des gens, bien sûr, mais aussi des moyens financiers et humains face à la tâche himalayenne que représente le fait d’être le représentant symbolique des pouvoirs publics dans une ville comme Clichy.
Les mots témoignent, durement.
Les mots disent une réalité que l’on ne voit pas tant elle est de plus en plus éloignée de nous, de notre légitime désir de bien vivre. Cette logique collective du parcage n’est pas de ma faute, de la vôtre, de la nôtre.
Qui aimerait vivre auprès d’une si triste réalité ?
Qui aimerait en subir les conséquences, physiques (délinquance), morales, psychologiques ?
Personne !
Dès qu’ils le peuvent, les habitants s’en vont.
Dès qu’une inespérée amélioration de leur vie pointe, ils se tirent, loin de cet enfer. La balle est dans le camp des pouvoirs publics.
Il ne s’agit plus de faire partir les gamins les plus perturbateurs en vacances en Ardèche, de financer une kermesse du centre social, voire de démolir des tours honnies pour se faire croire que la disparition du béton fera fleurir l’existence des gens mal nés.
Non, il faut mettre le paquet, sortir les gens de cette misère noire, parier sur eux, y croire, ne pas s’arrêter à l’image que renvoient ceux qui tiennent les murs, dépasser le sentiment d’impuissance, sentir le souffle chaud de la République dans le cou de ceux qui veulent arracher ces cités à leur damnation.
A la guerre comme à la guerre, le sens moral chevillé au corps !
Monsieur Dillain, j’ai honte aussi.
Comme d’autres…
J’ai honte de constater que l’on a renoncé à traiter ce « ça » urbain, cette déchirure sociétale, où l’on considère qu’il n’y a plus rien à faire pour sortir les gens de cet accul, où l’on ne se rend plus, pour y faire quoi, d’ailleurs, il n’y a rien à y faire.
L’éducateur fait un métier merveilleux parce qu’il peut lui arriver de croiser des gens particulièrement bizarres, un peu braques, qui vous disent, tout simplement, au détour d’une conversation : « Il faut toujours garder intacte sa capacité d’indignation ».
D’où vient ce fait étrange que la capacité d’indignation politique, non contre un tel ou un autre, ne traverse plus les nuits de ceux qui vivent à l’extérieur des cités maudites ?
Jusqu’à quand dormirons-nous dans les lits douillets de notre nantissement ?
Stéphane Menu